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Que se passe-t-il dans les grandes entreprises ?

Télétravail intérimaire ? : une solution contre la dépression ?

Tout sauf une activité efficace ?

samedi 31 octobre 2009, par Picospin

Un député UMP a déposé, vendredi 30 octobre, un amendement proposant de faire "télé-travailler" les salariés à la suite d’un arrêt de travail, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2010.

Un bon amendement ?

Cet amendement serait "de bon sens" car il permettrait de réaliser "des économies que peut réaliser facilement l’assurance maladie" sur le budget des indemnités journalières. "Certains salariés se trouvant en arrêt de travail demeurent en effet pleinement en mesure d’effectuer certains types de travaux", assure le député. L’argument a été rejeté par la ministre de la santé pour qui "ce qui compte c’est la protection du salarié". Dans la foulée, elle a également rejeté un autre amendement demandant que le premier jour de carence des arrêts maladie soit à la charge des salariés pour éviter des abus, car il risquait "d’aggraver la situation des salariés les plus fragiles". Celui-ci a été retiré après que, en mai 2009, un autre amendement eut été déposé lors de l’examen du texte sur le prêt de main-d’œuvre sur fond de hausse du chômage en commission et qui visait à permettre aux salariés, via le télé-travail, de poursuivre leur activité professionnelle pendant leur congé maladie. Il avait ensuite retiré cet amendement, désavoué par le gouvernement et critiqué par la gauche, le Front national et une partie de la majorité.

Un épisode trop marquant ?

Cet épisode concernant le débat et les décisions éventuellement à proposer et à prendre pour rendre au travail une autre forme et un autre destin incite à poser d’autres questions et à susciter d’autres réponses. Pour des raisons évidentes qui tiennent plus aux tendances populistes et démagogiques qu’à la recherche d’une véritable solution humaine aux problèmes posés par la nouvelle configuration du travail, des propositions comme le comblement de temps de travail découpés par des périodes d’interruption éventuellement occupées par des activités intermittentes, ne peuvent guère trouver un accueil positif de la part des politiques qui craignent d’être accusés par leurs adversaires politiques de perversité et de vouloir fouler aux pieds leurs belles promesses de rétablir le plein emploi, rêve de tout membre d’un parti politique dont les promesses électorales se situent toujours au niveau de la lutte contre le chômage, fût-elle au prix d’une perte de démocratie, de l’instauration d’une dictature, de le reconversion du travail pacifique en activité de guerre comme on l’a vu malheureusement au cours de la reconversion des industries pacifiques en fabrications de guerre dans les pays où se sont installées des dictatures, sinon le totalitarisme qui a toujours besoin de conflits pour s’exprimer et résorber le déficit d’activités tournées vers la paix.

Télétravail : pour quoi faire ?

Dans cet ordre d’idées, il est étrange de constater avec quelle vigueur des propositions comme celles d’encourager ou de promouvoir le télétravail ont été vite vigoureusement rejetées sous prétexte de moindre protection du salarié ou d’aggravation de la situation des plus fragiles. Ces arguments ne sont pas tous totalement faux dans la mesure où dans ces projets d’innovation, l’homme n’est pas placé au centre du dispositif du travail dès lors qu’on le considère comme un pis aller plutôt que comme un complément de formation ou d’apprentissage susceptible d’aider le salarié en désarroi plus que d’en refaire un esclave comme au temps jadis. Pour que de telles propositions aient la moindre chance de réussir, toutes les garanties offertes par la loi doivent être rigoureusement respectées et rappelées pour éviter le risque d’un retour à l’esclavage dont l’humanité a mis si longtemps à se débarrasser sans pouvoir l’éradiquer en raison de récidives de cette pathologie endémique qui prend les formes les plus cachées et les plus secrètes, les plus déguisées pour refaire surface dans le monde dit libéral comme dans l’autre.

Prévenir ?

La prévention des formes extrêmes de la protestation des travailleurs ne saurait être assurée que par la reprise de la parole, du discours, de l’échange qui n’auront des chances de réussite que dans la mesure où ils seront assez intensément revendiquées pour vaincre tous les tabous, prenant ici la forme du silence toujours dangereux pour la cohésion des microsociétés, toujours susceptible de barrer la route à la reprise de la parole et de l’écoute, jusqu’à nouvel ordre, moyens les plus puissants de catalyser la pensée. C’est à ce carrefour que l’on remet en route l’éthique, un peu en perdition sinon jetées dans les boites de l’oubli, à l’occasion de ces discussions qui réveillent une éthique personnelle faite des principes de cohérence, de courage de l’affirmation de ses opinions, de respect de l’autre, de modestie, tous visant à éviter la manipulation dans le commandement des hommes et des femmes en entreprise, la discordance entre les paroles et les actes qui engagent la crédibilité des cadres, une affirmation molle ou déguisée de la vérité, la lâcheté qui sape la confiance et que l’on doit faire reculer au profit du courage de dire les choses et de ne pas tourner autour du pot.

Qualités du management

La franchise, la fermeté, le doigté, la droiture plus que la manipulation et la croyance en ce que l’on dit restent dès lors les moyens privilégiés d’une communication réussie, dont les corollaires sont d’éviter la familiarité et l’orgueil, le mépris de l’autre, tout en promulguant par l’exemple l’art de la décision, après consultation des collaborateurs, l’art du langage qui exprime la posture, la manière d’être, par une qualité d’expression qui détermine la clarté et la qualité des rapports avec ses responsables hiérarchiques et ses subordonnés, l’écoute, seul instrument efficace pour se situer à l’intérieur de l’univers où vivent ceux qui sont dirigés, pour reconnaître la différence avec autrui dans sa position, son activité, son environnement. La réussite de cette opération réside dans la reconnaissance de l’autre, le subordonné, par le respect de sa qualité d’être humain doté d’une intelligence, d’une compréhension qui passent toutes deux par l’information, l’explication, la vérification d’une pratique rationnelle de la connaissance récemment acquise et la montée en puissance de ces matériaux, faute de quoi on redescend comme Sisyphe quitte à recommencer sans cesse une ascension ou une élévation déjà moult fois tentée et échouée.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le privilège accordé par les entreprises à la gestion aux dépens de celui du travail peut être considéré comme responsable des dysfonctionnements constatés de plus en plus souvent sur les lieux de travail au niveau des articulations entre les membres des entreprises ?

2. Est-ce que l’on est en droit de considérer la vague des suicides constatée au sein des entreprises comme l’expression d’un mimétisme d’un désespoir mal contrôlé par des individus qui n’ont guère l’habitude des migrations, des déplacements, des changements d’atmosphère et qui vivent mal une intégration en voie d’échec ?

3. Est-ce que l’exigence de calme et de stabilité du personnel peut avoir été contrariée au point de conduire au suicide les éléments les plus fragiles du personnel, angoissés de plus par la perspective d’un chômage de plus en plus menaçant ?

4. Est-ce que les changements organisationnels et managériales peuvent être poussées jusqu’au point de menacer l’équilibre psychique des employés dans l’univers d’une entreprise dont on connaît mal l’avenir et qui ne se préoccupe pas suffisamment de rassurer son personnel ?

Sources :

Dejours C. Bègue F. Suicide et travail. Paris 2009, PUF
Le Goff JP. Les illusions du management. Paris, 2000, La découverte