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Que signifient les tensions entre gouvernement et enseignants et enseignés ?

Tensions sur l’éducation

Quelles priorités pour la formation de nos enfants ?

samedi 17 mai 2008, par Picospin

La racine latine d’éducation, ex-ducere (ducere signifie conduire) témoigne bien du fait que celui qui éduque conduit autrui " hors " de lui-même. Enseigner, c’est transmettre à la future génération un corpus de connaissances et de valeurs considérées comme faisant partie d’une culture commune. L’éducation correspond à la formation globale d’un individu, à divers niveaux, religieux, moral, social, technique, scientifique, médical. Le terme enseignement se réfère à un mode d’éducation précis, qui est celui de la transmission de connaissances à l’aide de signes qui sont utilisés pour la transmission de connaissances et se réfèrent au langage parlé et écrit.

Education, enseignement et instruction

L’éducation ne se limite pas à l’instruction qui serait relative seulement aux purs savoir et savoir-faire qui sont utiles à l’élève comme savoir se débrouiller dans le contexte social et technique qui sera le sien. Elle vise également à assurer à chaque individu le développement de toutes ses capacités physiques, intellectuelles et morales Ainsi, cette éducation lui permettra d’affronter sa vie personnelle, de la gérer en étant un citoyen responsable dans la société dans laquelle il évolue, capable de réfléchir pour pouvoir éventuellement construire une nouvelle société. Certains savoirs essentiels font partie du bagage minimum du citoyen, et inversement il n’est pas d’enseignement possible sans un minimum de pures conventions comme l’alphabet et de capacités relationnelles, dont d’éducation. Instruction et éducation sont souvent confondues. Au début du XXe siècle, la science de l’éducation désignait la pédagogie. Les problèmes d’éducation s’étudient en empruntant leur savoir à plusieurs disciplines des sciences humaines comme la sociologie, la psychologie, la biologie, l’économie, la philosophie de l’éducation. L’éducation est considérée comme un enjeu essentiel en tant que véhicule de transmission aux générations ultérieures et en tant que moyen de défense et de pouvoir des personnes. Certains considèrent que l’État doit surveiller étroitement l’éducation délivrée sur leur territoire et la formation des maîtres. John Stuart Mill, pense qu’il n’est pas tolérable qu’un gouvernement ait, de jure ou de facto, un contrôle complet sur l’éducation des gens. Pour lui, posséder ce contrôle et l’exercer est le propre d’un comportement despotique. Un gouvernement qui puisse mouler les opinions et les sentiments des gens depuis l’enfance jusqu’à la jeunesse peut faire avec eux ce qu’il veut.

Vérité et erreurs

Au XVIIIe siècle, Condorcet, affirmait q ue la vérité seule pouvait être la base d’une prospérité durable, et que les lumières croissant sans cesse ne permettent plus à l’erreur de se flatter d’un empire éternel, le but de l’éducation ne peut plus être de consacrer les opinions établies, mais, au contraire, de les soumettre à l’examen libre de générations successives, toujours de plus en plus éclairées. L’économie de l’éducation s’est développée dans les années 1960, pour étudier l’influence de l’éducation sur le développement économique. La théorie du capital humain de1964 (Gary Becker), associait l’éducation à un investissement pour l’individu, pour leurs employeurs et plus généralement pour la société. Il affirme que les savoirs transmis par l’éducation améliorent directement les performances des individus. Cet investissement est alors considéré comme avantageux si les gains de productivités futurs sont plus importants que les coûts de la formation. Elle peine cependant à expliquer l’attrait de filières éducatives privilégiant la culture générale par rapport à celle proposant une formation opérationnelle des individus, à priori plus mobilisable sur le marché du travail. Le savoir correspond aux connaissances intellectuelles. Les recherches en éducation relatives au savoir ont pour objectif de trouver les moyens pédagogiques permettant d’acquérir au mieux des connaissances : lecture, écriture, mathématiques, connaissances sur l’Homme et sur l’environnement écologique.

Quelles compétences en développement

Le savoir-faire correspond à des compétences pratiques, de l’expérience dans l’exercice d’une activité artisanale, artistique ou intellectuelle. Ces capacités s’acquièrent par la pratique régulière d’une activité et en partie par l’apprentissage d’automatismes moteurs. Les recherches en éducation relatives au savoir-faire ont pour objectif de trouver les moyens pédagogiques permettant aux apprenants d’acquérir au mieux des compétences et des habiletés pratiques. L’être correspond à l’état physique et psychique du sujet. Les recherches en éducation relatives à l’être ont pour objectif de trouver tous les moyens pédagogiques permettant, dans les situations éducatives, de favoriser voire d’atteindre l’état physique et psychique optimal tels que l’état de santé, de bien-être, de motivation, de confiance et de satisfaction des besoins psychiques primordiaux comme le plaisir, la liberté, la reconnaissance, la sécurité, la justice, l’authenticité, la diversité, le confort, la créativité, ou l’affection. Le savoir-être correspond à la capacité de produire des actions et des réactions adaptées à l’environnement humain et écologique. Cette capacité s’acquiert en partie par la connaissance de savoirs spécifiques. Les recherches en éducation relatives au savoir-être ont pour objectif de trouver les moyens pédagogiques permettant aux apprenants d’acquérir au mieux la maîtrise d’actions et de réactions adaptées à leur organisme et à leur environnement : préservation de l’environnement, hygiène, empathie, contrôle émotionnel, contrôle comportemental, responsabilisation, actions sociales, coopération, gestion des conflits. Face aux transformations dans la communication et à la multiplication du savoir, celui-ci devient de plus en plus difficile à transmettre dans un cadre traditionnel.

Construire le savoir

Il s’agit de développer des compétences clés chez l’élève pour lui permettre de construire - et non pas créer - son savoir lui-même à partir des informations qu’il trouve dans le cadre de l’école ou à l’extérieur d’elle comme l’Internet. Par exemple, il est plus important pour un de trouver le nom d’un département à partir d’une carte ou d’un dictionnaire plutôt que de connaître par cœur tous les départements sans avoir les moyens d’en retrouver les noms au cas où sa mémoire lui ferait défaut. Ce pourrait être un tournant dans les rapports entre le pouvoir politique et le monde enseignant. Au soir d’une journée d’action dans la fonction publique, marquée par une forte participation des enseignants aux mots d’ordre de grève, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’un projet de loi serait déposé pour instaurer dans les écoles primaires un "droit à l’accueil des enfants" les jours de grève. Le projet de loi prévoit qu’en cas de grève les professeurs grévistes doivent se faire connaître quarante-huit heures à l’avance, comme l’avait souhaité le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, et "que les communes devront proposer des solutions d’accueil", la charge financière en étant assurée par l’Etat. Ce projet reprend les principes du service minimum d’accueil dans les écoles, expérimenté par M. Darcos et consistant à faire assurer l’accueil des élèves les jours de grève par les communes. Les dépenses occasionnées par ces prestations notamment en rémunération de personnels municipaux, seront assumées par l’Etat, par l’utilisation des retenues effectuées sur les salaires des grévistes. Les syndicats d’enseignants ont été pris de court par cette initiative. Après avoir déclaré en décembre 2007 qu’il entendait engager une discussion sur ce thème en vue d’une application à la rentrée 2008, M. Darcos avait procédé unilatéralement à l’expérimentation du service minimum d’accueil le 24 janvier, lors d’une grève nationale des enseignants.

Qui veut garder des enfants ?

Sur les 22 492 communes dotées d’une école, à peine 10% (2023) étaient volontaires pour assurer la garde des enfants. M. Darcos avait alors indiqué qu’à défaut d’un accord il passerait par la loi. Dans un entretien au Parisien du 16 mai, M. Darcos a précisé qu’il entendait créer, à la rentrée 2009, une "agence nationale du remplacement" pour une meilleure gestion des absences dans l’éducation nationale, sans préciser le contenu des missions que cet organisme devrait avoir à assumer. "Je respecte le droit de grève, c’est une liberté fondamentale et garantie par la Constitution", a souligné M. Sarkozy lors de sa déclaration, tout en défendant "le droit au travail, pour les familles qui n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants les jours de grève". Le président a réitéré, sans plus de précision, son engagement de "revaloriser" la condition des enseignants, dont il a vanté le "dévouement". Les réactions syndicales ont été très vives. Si M.Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, a souligné que "le droit de grève était la ligne rouge à ne pas franchir, le syndicat du secondaire, du primaire et le SGEN-CFDT ont dénoncé une "provocation". Le SE-UNSA a parlé d’un "cinglant mépris" envers les enseignants et d’un projet très délicat juridiquement et constitutionnellement à mettre en oeuvre. Le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, a jugé l’obligation annoncée "contraire à la libre administration reconnue aux communes par la Constitution". Cette façon de signifier aux grévistes et à leurs syndicats qu’ils n’impressionnent guère le gouvernement risque de détériorer un peu plus le climat dans l’éducation et de compromettre les discussions sur d’autres sujets, comme la réforme du lycée ou l’évolution du métier d’enseignant. "C’est, estime Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA, un cadeau pour tous ceux qui considèrent par principe qu’il n’y a rien à discuter."

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la formation de la jeunesse doit constituer la priorité politique, éthique, sociétale sinon économique absolue de la budgétisation du gouvernement ?

2. Est-ce que les travaux des sociologues et des économistes ont suffisamment montré que le niveau de performance scolaire des élèves était directement proportionnel aux résultats économiques, sociétaux, civiques, de cohésion de la nation ?

3. Si c’est le cas et si les responsables gouvernementaux en sont persuadés, comment expliquer sinon admettre que tous les efforts de la nation ne doivent pas être consacrés aux missions d’éducation, d’enseignement, de formation, d’apprentissage pour faire de la jeunesse du pays un cadre d’excellence ?

4. Comment expliquer la discordance entre une nation exceptionnellement dévouée à la cause de la démographie et sa réticence ultérieure à consacrer des moyens appropriés à l’éducation des produits de cette démographie ?