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Tergiversations, attentes inutiles et délais de prises de décision

dimanche 20 février 2011, par Picospin

Dans ce cadre, après l’affaire du Mediator, voici que survient celle du Fonzylane, vieux produit que j’ai même prescrit quand, jeune encore, j’exerçais, en même temps que ma carrière scientifique de recherche, celle de médecin consultant cardiologue au bénéfice des patients atteints d’artérite des membres inférieurs.

Chez ces patients, les douleurs du mollet survenant à l’exercice, à la marche sont dues au manque de sang qui vient irriguer les jambes parce qu’une artère bouchée ne laisse plus passer le courant sanguin qui apporte les nutriments nécessaires aux muscles consommant de l’oxygène pour être ravitaillés en énergie. A cette époque, on avait fait confiance aux produits qui dilatent les vaisseaux pour que les rétrécissements ou blocages des artères aient un rôle moindre dans la restriction fonctionnelle du membre atteint. Pour quelle raison a-t-on perdu cette confiance et à la suite de quels incidents ou accidents ? Ces derniers n’ont jamais été révélés. Le retrait subit du produit reste donc une surprise puisqu’on n’avait jamais entendu parler de son manque d’efficacité et pire, des effets secondaires survenus à la suite de son absorption. Pour quelle raison a-t-il fallu attendre près de 40 ans pour mettre en évidence la dangerosité du médicament à un point tel que les autorités de contrôle ont été obligées d’en interdire l’utilisation. Cette mesure et d’autant plus sévère que le rapport bénéfice risques s’est avéré très négatif. Ce résultat traduit surtout l’inefficacité du médicament face aux risques encourus par le patient après son administration. Ce que je veux dire par là est que la gestion de la circulation des médicaments ne répond guère à une séquence rationnelle qui habituellement s’établit en plusieurs phases dont la dernière, appelée phase 4 est destinée à recenser tous les évènements graves et incidents survenus après l’absorption du produit. C’est qu’il est impossible de détecter des évènements importants s’ils sont rares sur un petit nombre d’essais thérapeutiques. C’est pour cette raison qu’on les dénombre lors de l’ultime phase de l’expérimentation qui est en réalité la combinaison entre le « queue » de l’essai du médicament en même temps que le début de sa mise sur le marché, autrement dit le commencement de la phase de commercialisation. Pour prendre une mesure aussi sévère que le retrait d’un médicament, il faut que les évènements graves fussent sévères. Ce que cette histoire raconte, c’est une partie qui se déroule lors de la face cachée de la lune, lorsqu’on ne voit rien mais que des ennuis sévères se sont produits à un moment donné. Ce qui signifie que pas un seul, mais de nombreux médicaments ont produit des effets nocifs ce qui a incité les autorités à les retirer du marché en raison des risques encourus par les patients. Alertés par ces faits alarmants, on a préféré arrêter la consommation d’un certain nombre de médicaments plutôt que de poursuivre leur étude pour ne pas avoir à endosser la responsabilité professionnelle, légale et humaine des dégâts occasionnés. C’est ce que j’appelle la navigation à vue comme on a pris l’habitude d’agir dans d’autres domaines lorsque tout accident, quelle que soit son impact sur la société appelle le vote d’une nouvelle loi pour ouvrir largement le parapluie de la responsabilité de l’état. De deux choses l’une, où bien les accidents ont été suffisamment bénins pour ne pas justifier leur déclaration, ou bien ils l’ont été sans que l’on eut éprouvé la nécessité de les signaler. Il était grand temps de demander la révision des procédures de sécurité des médicaments après une période d’une durée non négligeable de plus de 35 ans. Ce laps de temps aurait pu être mis à profit pour modifier la réglementation de mise sur le marché des médicaments pour protéger en premier lieu les malades et à un moindre degré les autorités chargées de l’exécution de la réglementation d’utilisation de produits pharmaceutiques. A quelque chose malheur est bon…Oui mais à quel prix et au détriment essentiel des patients…