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La primauté du hasard

Tirage au sort

Avoir de la chance

dimanche 8 mai 2016, par Picospin

Ce souci est devenu si pérenne que toute personne postulant un emploi public se doit de passer un concours pour être autorisé à exercer une activité professionnelle.

Égaliser les chances

Il en est du médecin, de l’enseignant comme du jardinier, de l’horticulteur ou de toute personne postulant un emploi rémunéré dans la fonction publique. Dans cette perspective, la décision de transformer un concours de médecine ou de toute activité touchant de près ou de loin aux soins des malades en une loterie paraît ressortir à l’abandon et à la négation de vouloir se servir des capacités des individus pour les sélectionner en toute justice pour occuper un emploi dans l’espace public.

Une nouvelle justice ?

C’est pourtant ce qui vient de se passer dans les Facultés de Médecine sous le prétexte que le nombre des places vacantes pour les candidats à un enseignement touchant à la santé pourraient être tirées au sort. Ce faisant, elles ne seraient plus attribuées en fonction des capacités individuelles, dûment jugées par des jurys conscients de leurs responsabilités dans les modes de sélection mais dépendraient purement du hasard.

Heureux effets du hasard ?

Comme on le sait, si celui-ci fait bien les choses, il ne les fait pas constamment mais est soumis à l’aléatoire et par là au risque de l’injustice. On ne sait pas encore comment les instances démocratiques des Universités accueillent ce revirement. En tout cas, il représente un désaveu de tous les principes d’égalité et d’égalitarisme chers à notre République.

Responsabilités républicaines

Elle endosse par cette décision la responsabilité de se livrer à une virevolte face au désir de justice et d’égalité devant la loi républicaine auxquels la jeunesse est attachée. Cette décision, si elle vient à être appliquée, est plus qu’une erreur, une faute qui risque de décourager encore plus une génération déjà mortellement touchée par le chômage, les inégalités et le mépris.

Du danger de certaines mesures

Cette mesure serait d’autant plus dangereuse qu’elle ne tient pas compte du fait que nous sommes entrés dans l’ère de la communication, des bouleversements dans les modalités de l’enseignement. Le prétexte du manque de grands amphis n’est plus recevable à l’heure où sont préconisés des modes de dispensation du savoir à l’opposé de ceux qui avaient cours jusqu’à maintenant.

Un enseignement à l’envers

On sait que le cours magistral n’est plus l’unique instrument de diffusion de la connaissance. Celle-ci peut se trouver aussi facilement sinon de façon plus large, complète et polysémique dans les sources offertes par la gestion électronique, les ressources provenant des fascicules, livres, documents de bibliothèque, copies, bibliographies. Par cette diversification, l’esprit des étudiants ou candidats ne saurait que s’enrichir de manière plus rationnelle et logique des éléments nécessaires à la réussite de ses aspirations.

Perseverare diabolicum

Donc une faute et une erreur, une décision susceptible de compromettre l’avenir des plus jeunes et de faire échouer les projets grandioses sur la compétitivité cités à l’envie par les autorités de tutelle y compris politiques. On a de bonnes raisons de croire actuellement qu’une préparation par l’enseigné, le candidat, l’apprenti, sous réserve qu’elle fût documentée, personnalisée soit plus féconde que la passivité d’écoutants dans des amphithéâtres surchauffés, bondés, mal aérés, attendant impatiemment que cette épreuve se termine au plus tôt.

De la passivité des cours à l’activité de la réflexion

Cette modalité aura toujours le temps de se compléter par le travail en commun mené par les enseignants et les étudiants par petits groupes. Il affectera les points obscurs à éclairer, les lacunes à combler, les erreurs à redresser. On avait pensé que ces nouvelles méthodes d’enseignement offriraient de plus grandes chances d’efficacité et des réductions plus marquées de stress que celles qui avaient cours aux siècles précédents.

Une chance à saisir

On croyait aussi que les comités savants chargés de la formation avaient saisi la chance ainsi offerte pour entrer dans le véritable siècle de la lumière. Celui accessible par l’investigation, la nouveauté, le changement, l’expérimentation, toutes possibilités offertes à la société pour améliorer son fonctionnement, la transmission des connaissances mais aussi de l’art de vivre sinon d’être heureux d’apprendre.
On veut espérer que cette chance sera saisie par les responsables de l’éducation.