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Les suicidés du travail forcé

Travail ou suicide : la condition de l’homme moderne ?

Pressions et harcèlement

jeudi 28 avril 2011, par Picospin

Si la plupart de ces hommes et femmes supportent plus ou moins bien leurs conditions dans la mesure où elles gardent une certaine acceptabilité, tous ne l’entendent pas de cette oreille lorsque les conditions deviennent plus dures, aléatoires ou franchement pénibles au point de vie physique et surtout psychique et moral.

Quelles contraintes ?

Les conditions imposées en certaines circonstances sont de nature à créer des brèches étendues dans l’estime de soi, la respectabilité attendue sous l’égide de la dignité et la confiance faite à la responsabilité de chacun pour entrainer les groupes vers une harmonie, une cohésion, une vision étendue des tâches et des missions. Si ces conditions ne sont pas respectées, la dérive survient rapidement qui risque de mettre à mal le fonctionnement de l’ensemble des équipes, les relations hiérarchiques et l’enthousiasme au travail, conditions indispensables à la présentation de résultats optimistes, sinon en amélioration au vu des performances du passé. La violence s’est emparée de la société d’une manière sauvage, globale, touchant toutes les couches d’une société en mutation qui peine à retrouver stabilité, tranquillité et surtout sérénité.

Observations

Au lieu d’observer cette évolution plus rêvée que réelle, les individus de cette société sont désarçonnés par l’agressivité des uns, les prétentions des autres, les exigences des troisièmes qui toutes interviennent comme un frein au déroulement des activités, des projets, des innovations dont toute entreprise a besoin pour surnager dans un monde cruel de compétition, de recherche de perfection et d’accès à l’excellence. Dans le jeu subtil des relations et des articulations s’interposent les pressions psychologiques, les contraintes du travail intensif, la pénibilité de certaines tâches, l’explosion des rythmes d’activité. Ces conditions aboutissent à des pathologies diverses dont l’origine n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur ni rapportée à a véritable origine. Ce sont les dépressions, l’isolement, l’apparition de troubles musculo-squelettiques, de maladies cardio-vasculaires dont le poids de l’inconfort repose douloureusement sur les épaules d’employés plus fragiles que d’autres.

Sens de la vie professionnelle

De même que l’homme est en constante recherche du sens de sa vie, l’employé recruté dans un groupe de travail, une cellule qui devrait être préparée à l’accueillir scrute désespérément l’horizon de son entreprise pour y chercher des motifs d’espérer, de se surpasser, d’aller au bout de lui-même pour une transcendance sans laquelle les objectifs, les moyens d’y parvenir et la route la plus confortable pour s’y rendre restent le plus souvent hors de portée des agents engagés dans des procédures plus imposées que choisies. C’est au bout de ce chemin chaotique, souvent dangereux, qu’à l’un des carrefours survient, comme approche fortuite ou incursion inattendue, à peine sensible, l’effleurement du suicide sur le corps vulnérable, fragilisé par les atteintes successives au moi qui finissent par avoir raison de l’envie sinon de la joie de vivre. "L’homme qui veut faire le grand saut," écrit Jean Améry, rescapé des camps de la mort, se tient « une jambe dans la logique de la vie, tandis que l’autre pend déjà dans la logique illogique de la mort ». Il se soustrait à la logique de la vie qui se révèle de l’extérieur sous la forme de la loi sociale, et de l’intérieur, sous la forme de la loi naturelle. Tout être porte en soi sa propre contradiction : le non-être.

Du sens au non-sens

Or, le suicidant attire violemment à lui ce non-être et devient ainsi « l’homme du non-sens , celui qui aborde ou entame l’impensable, de manière qu’il puisse apparaître comme « quasi pensable ». Ce qui ne signifie pas nécessairement que le suicidant soit en proie au délire ou que son esprit soit détraqué. Le non-sens n’est pas synonyme de déraison ou de folie. Après la première réaction d’indignation, si chère à M. Hesse, à l’issue de la mort de l’autre « on se rend à l’évidence de la nécessité » et l’on se dit : « c’est triste, mais c’est normal ». Il en va tout autrement quand il s’agit de ma mort. Avec le suicide, la question du « naturel » de la mort surgit d’une façon nouvelle.

Mort volontaire ou imposée

Acte effroyable de prime abord, la mort volontaire peut devenir « naturelle » pour celui qui éprouve un sentiment de dégoût de la vie ou qui expérimente l’échec* dans sa vie. Une mort librement choisie est « une affaire hautement individuelle où l’homme est seul avec lui-même et la société n’a plus qu’à se taire » La mort volontaire est bien le chemin de la liberté, mais non pas la liberté elle-même. En m’arrachant au poids de la vie, je ne me libère pas de l’Autre. Je suis plus que jamais livré à l’Autre dans la mesure où celui-ci « peut faire de ma vie achevée tout ce que bon ou mal lui semble ». Est-ce moins une explication qu’une phénoménologie ?