Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > "Tu ne feras pas d’icones"

Une héroïne s’en est allée

"Tu ne feras pas d’icones"

Une réputation sulfureuse

lundi 12 juillet 2010, par Picospin

Voilà que l’ex-otage des Farc Ingrid Betancourt a assuré en larmes hier soir qu’elle regrettait la demande d’indemnisation de 6,9 millions de dollars présentée à l’Etat colombien pour son enlèvement, précisant qu’elle n’irait pas au-delà d’une démarche de "conciliation".

Dès le départ, "dans mon cas nous avons décidé avec mes avocats, que nous ne porterions pas plainte contre l’Etat colombien", a-t-elle déclaré à la télévision colombienne en expliquant que dans le cas où la conciliation extrajudiciaire en cours ne fonctionnerait pas, elle n’irait pas au-delà.
Tout s’effondre après le départ mystérieux et brusque de l’héroïne dont les exploits devaient procurer l’adoration des foules du monde entier. Tout s’écroule au moment où on se pose des questions sur son comportement au cours de sa captivité dont des témoins sans doute peu généreux dénoncent le caractère pour le moins discutable en regard des us et coutumes de la morale sinon de l’éthique. Exit donc l’héroïne d’un et de plusieurs jours qui se pavanait devant les monuments de la République, qui essuyait des larmes en présentant avec force détails et sentiments ses enfants, sa famille comme une offrande faite à ses libérateurs dont on ne sait avec précision quelles actions ils on commis pour obtenir un résultat si étonnant. L’ex-otage s’exprimait depuis New York, un entretien très attendu deux jours après l’annonce de la requête présentée à l’Etat colombien dans laquelle elle estimait que celui-ci devrait lui verser ainsi qu’à sa famille plus de 13 milliards de pesos (soit environ 6,9 millions de dollars), pour les dommages moraux et financiers entraînés par ses six ans de captivité aux mains des Farc. Selon elle, l’Etat est responsable car il a insuffisamment assuré sa sécurité le 23 février 2002, lorsque la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), l’a enlevée en pleine campagne présidentielle.
Cette requête a déclenché une vague d’indignation en Colombie, alors que l’otage a été libérée lors d’une opération militaire risquée, le 2 juillet 2008. Le vice-président Francisco Santos l’a notamment qualifiée de "prix mondial de l’ingratitude". "Jamais, jamais nous n’avons pensé à attaquer ceux qui m’ont libéré", a dit Ingrid Betancourt dimanche soir en réprimant un sanglot après un long entretien où le journaliste qui l’a interrogé, Dario Arizmendi, une star de la télévision colombienne et un ami très proche de l’ancienne otage, s’est montré très dur. Ce dernier lui a demandé : "Vous regrettez ?" et elle a répondu : "Oui, je regrette", en assurant qu’elle adorait sa "patrie". Auparavant, l’ex-otage avait longuement tenté d’expliquer les raisons de son geste.
"Je ne vais pas poursuivre l’État. Je veux uniquement raconter les faits et que ce qui m’est arrivé ne se reproduise pas", a-t-elle déclaré, en ajoutant qu’elle avait ainsi espéré "ouvrir un chemin" pour l’indemnisation d’autres otages qui, selon elle, auraient également présenté des requêtes semblables. "Mes compagnons (de captivité) m’ont appelée en m’indiquant que la date" limite pour déposer cette requête allait être dépassée, a-t-elle dit. L’ex-candidate à la présidentielle de 2002 a ensuite expliqué pourquoi elle estimait que les forces de l’ordre avaient négligé sa sécurité. "On m’a enlevé mes gardes du corps. Si l’Etat considérait que c’était si dangereux ils auraient du me les laisser (...) et s’ils considéraient que c’était vraiment dangereux, on aurait dû me bloquer au poste de contrôle et ne pas me laisser y aller", a-t-elle dit en faisant référence à la route du département de Caqueta (sud-est) où la guérilla l’attendait. Interrogée sur un document qu’elle aurait signé ce jour-là où elle indiquait qu’elle s’engageait sur ce chemin à ses risques et périls, elle a d’abord dit ne pas s’en souvenir, avant d’assurer qu’elle avait seulement signé un texte en rapport avec l’assurance de la voiture qui la transportait, qui appartenait à l’État. Ingrid Betancourt, durement critiquée dans plusieurs ouvrages d’anciens compagnons de captivité, puis dans un livre écrit par son ex-mari Juan Carlos Lecompte, sort en septembre chez Gallimard un livre où elle raconte sa version de son enlèvement, "Même le silence a une fin". C’est comme si notre Jeanne d’Arc avait pris la plume pour expliquer qu’elle allait mourir sur le bûcher dont les braises étaient déjà incandescentes et qu’on allait apercevoir les flammes s’en échappant de la colline de Montmartre à la tour Eiffel et au delà jusqu’au Père Lachaise, dernier lieu d’incinération des grands de ce monde qui ont préféré se transformer plutôt en cendres qu’en poussière en une seule étape. Son image si impressionnante lors de son apparition miraculeuse devant l’hôtel de Ville de Paris s’efface progressivement pour ne laisser d’elle qu’une caricature d’autant plus marquée qu’elle s’oppose point par point à la figure héroïque qu’elle a voulu donner d’elle même lors de ses nombreuses apparitions remplies d’amour et de joie. Y a-t-il eu erreur sur la marchandise proposée et si oui, pour quelle raison ?
.
.