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Un Coeur d’Or ?

samedi 21 décembre 2013, par Picospin

Cette information, vous la connaissez, tellement elle a été répétée, soulignée, mise en évidence, claironnée pour expliquer au bon peuple que désormais, les « cardiaques » en France - et avant elle, certains malades répartis dans le monde - auront le privilège de vivre avec un cœur artificiel made in France.

Qualité

Il serait donc a priori, de bonne, sinon de meilleure qualité que tous ceux antérieurement fabriqués et qui de plus aura reçu l’estampille du plus réputé des chirurgiens cardiaques de ce pays et qui l’a conçu et fait construire avec l’aide d’EADS dont le sigle est synonyme de réputation, qualité, reconnaissance universelle et fiabilité. Les superlatifs ne sont pas superflus trop pour qualifier cette réussite exceptionnelle comme si c’était une nouveauté alors que de nombreux prédécesseurs ont été mis sur les circuits médicaux en général et cardiologiques en particulier depuis longtemps pour répondre à la demande générale et insistante de la nécessité absolue de disposer d’un moteur capable de faire circuler le sang chez l’homme après l’avoir expérimenté chez l’animal. On insiste, à juste titre sur les termes entièrement implantable, possibilité d’adaptation à l’effort ce qui sous-entend capacité à augmenter le volume éjecté à chaque contraction et accélération de leur fréquence, ajoutés au poids très faible, à son volume réduit qui en promettent l’utilisation chez la femme, demain voire l’enfant après-demain.

Coup d’essai ou de Maître ?

En réalité, cette application n’en est pas à son coup d’essai puisqu’auparavant, de multiples tentatives avaient été esquissées pour faire vivre les détenteurs d’un cœur défaillant par son remplaçant mécanique puisque cet organe reste le plus important dans l’échelle des besoins vitaux dans l’organisme, raison pour laquelle – si on est finaliste – il est réduit à une grande simplicité mécanique lui permettant de fonctionner du premier au dernier jour de la vie. On s’est empressé de porter à la connaissance du grand public que cette petite merveille a fait bondir la bourse, montrant ainsi la valeur attribuée à cette découverte et qu’au lieu d’en faire bénéficier la communauté au sein de laquelle cet instrument sophistiqué a été conçu et réalisé, on s’est empressé de le répandre dans la circulation générale de la planète allant de l’Arabie Saoudite à la Slovénie, la Pologne pour en finir en Belgique, si proche de nos frontières. Il n’en est que plus légitime de se poser des questions sur les orientations imprimées à la diffusion de cet organe qui présente indiscutablement les avantages des organes artificiels par rapport aux greffes.

La fin de greffes ?

On n’a pas manqué de soulever ses inconvénients que sont le « rejet » par réaction immunologique, les accidents thrombo-emboliques imputables aux caractéristiques des surfaces en contact avec le courant sanguin et les défaillances mécaniques du côté des mouvements des valvules dont l’arrêt provoque instantanément le blocage du flux sanguin. On veut espérer que ces problèmes ont été longuement évoqués, étudiés et soumis à correction avant de lancer dans le grand bain cette brillante innovation technologique. Elle est trop porteuse d’espoir sinon d’utopie pour décevoir ceux et celles qui croient en ses qualités.

Déception ou assurance ?

Elle qui n’a cessé depuis des années de frapper les imaginations, de rassurer les porteurs d’altérations cardiaques et de créer sinon de redonner un nouvel espoir à tous ceux et celles qui doivent compter sur la mort des autres pour espérer bénéficier de l’implantation d’organes greffés sous condition de compatibilité HLA, de fonctionnement fiable et de bon comportement des matériaux et de leurs surfaces.