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Un Comité ou des Comités d’éthique ?

Un humanisme ?

jeudi 4 septembre 2008, par Picospin

Ce sont autant de sujets sur lesquels un consensus peut sembler difficile à trouver. L’essentiel ne réside pas dans la réponse apportée aux différentes questions soulevées, mais dans le fait de se poser des questions, de les poser à la société d’aujourd’hui et de demain.

Questions

Nos lecteurs et fidèles habitués ne savent que trop bien quels sont les types de questions que nous proposons de poser à tous ceux qui ne souhaitent pas vivre sans questionner, agir sans choisir et vivre sans interroger. C’est ce dialogue, vivifié par la pluridisciplinarité des approches, renouvelé par les progrès scientifiques et réinventé par l’ouverture internationale, qui est gage d’éthique. La question d’une vision globale qui dépasse facilement les frontières, celle d’un questionnement qui vise à l’international pourrait bien devenir aujourd’hui centrale. Loin d’être hermétiques, les frontières rendent parfois plus visibles en les éclairant, les différences locales. Comment débattre sainement, sans acrimonie et dans le respect des croyances, des traditions, d’un hymne à la vie de l’interdiction ou au contraire d’une libéralisation du recours à l’euthanasie, quand plusieurs pays limitrophes l’autorisent ou l’interdisent formellement ? Passer la frontière suffit alors pour déroger à la loi comme c’est encore le cas actuellement quand des Français passent la frontière franco-suisse pour décider d’y mourir ?

Passer la frontière

Ce questionnement, valable pour des pays voisins, s’observe aussi entre pays situés dans des régions du monde éloignées. Nous ne pouvons ignorer les inégalités d’accès aux soins qui existent entre les pays du Nord et les pays du Sud. L’exemple de l’hépatite B est éloquent. Quand dans les années 1970, un chercheur français est venu expérimenter au Sénégal un vaccin sur des volontaires locaux, la promesse leur avait été faite, en cas de succès, de vacciner les enfants à la naissance. Cette promesse, comme bien d’autres ne fut pas tenue dans un pays où l’endémie se projette à grande vitesse au moment où la vaccination contre l’hépatite B est généralisée en France. Ces écarts sont-ils dus à des intérêts divergents ou à des écarts de pratiques. Les différences entre les cultures les traditions, les influences du voisinage sur le comportement individuel ou le poids des autorités coutumières, ne permettent pas de dupliquer – ou de cloner - certaines approches de santé en raison des écarts de mœurs ou de pratiques. Quelles que soient leurs origines, ces inégalités ou mieux, ces différences de conception de la vie, de la mort, de l’inconnu, du destin de l’humanité ou de celui de l’homme ne peuvent manquer de poser question : comment mener une réflexion commune sur des sujets de santé de dimension internationale quand les pratiques sociétales ou religieuses, les moeurs et les lois divergent ?

Réflexion et pratique

La réflexion éthique s’inscrit nécessairement ou volontairement dans une pratique. Est-il facile ou difficile de résister à la tentation de rassembler dans une idéologie commune les questions relatives à la création d’un comité mondial de bioéthique, construit à partir d’un socle éthique commun qui garantirait le respect de la dignité et des droits de l’homme face aux avancées des sciences et des techniques. Le concept est séduisant, si ne se profilait pas devant lui le risque de verser dans une conception dogmatique de l’éthique alors que partout on clame que cette partie de la philosophie ne devrait rester qu’un creuset où tous et toutes auraient pleine liberté et pleine conscience de puiser les questions qui tracassent, les interrogations qui angoissent et le questionnement qui taraude ? Le monde a mis trop longtemps pour se libérer des dogmes qui lient, des règles qui ficèlent et des lois qui imposent pour que la tentation retourne au galop de piétiner ce qui avait mis si longtemps à mûrir et donné tant de difficultés à construire, au risque d’imposer une pensée unique, imperméable à la critique, à la remise en question ou à celle de mettre à plat des questions si longtemps gardées en réserve pour ne pas susciter de réponse immédiate ou trop longtemps gardée au secret pour éviter de dévoiler ce qui fait mal. On ne peut occulter l’impact de l’environnement économique, politique, social ou culturel dans la construction de nos réflexions. Devant cette évidence, n’est-il pas plus sage de multiplier les rencontres, les échanges, les confrontations d’idées en vue d’aboutir à la constitution de groupes de réflexion et de discussion ouverts à toutes les pratiques qui apportent la joie plus que la tristesse, évitent le repli sur soi au lieu d’encourager l’ouverture vers l’autre.

L’initiative d’un humaniste ?

Quand le CCNE a été créé en 1983, il s’agissait d’une initiative isolée, venue d’un Président qui cherchait plus à susciter la discussion qu’à imposer par le force des lois et le refuge dans les décrets obscurs sa propre opinion d’homme de culture en prise avec les démons les plus secrets de certains de ses citoyens. Aujourd’hui, des institutions comparables sont nées sur tous les continents. On ne peut que s’en réjouir et s’emparer de cette formidable opportunité. Le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, vient d’accueillir à Paris le Sommet mondial des comités d’éthique. Trente cinq pays se sont réunis pour discuter de sujets concrets comme la transplantation d’organes et de tissus, la fin de vie, la reproduction, le dépistage ou les problèmes posés par la démence. Il est à souhaiter que ces temps d’échanges sur la recherche et la santé se développent et permettent de réunir l’universel et le particulier, comme vient de le déclarer le nouveau Président du Comité National d’Ethique qui est partiellement mais personnellement impliqué dans l’élaboration de ce discours. N’est-ce pas le moment de rappeler ce qu’a écrit au sujet du langage, Lewis Thomas, médecin américain, poète lauréat de la science médicale : « Nous sommes uniques parmi les êtres vivants de la terre en ce que nous avons un cerveau capable de conscience et mieux encore d’en parler. Ce qui est important c’est la société et à cause du langage la littérature, un ensemble d’œuvres d’art, un sens de la musique et quand nous ne la réprimons pas stupidement, une profonde affection pour les autres. » N’est ce pas le début de la réflexion éthique, non pas l’imposition des mœurs par la morale imposée du dehors mais un choix décidé par un ensemble d’hommes généreux, compétents, sages qui proposent des manières d’être et de faire et ne disposent jamais des âmes disponibles.