Ethique Info

Accueil > Politique > Un Président « complexe » nommé Mitterrand

Une brillante carrière

Un Président « complexe » nommé Mitterrand

Souvenirs de la maison du mort

mardi 10 mai 2011, par Picospin

On peut critiquer cette vision larmoyante des évènements historiques d’autant plus que la présidence de ce personnage complexe, furtif, insaisissable s’est terminée tragiquement devant le peuple médusé de voir un homme si actif et manipulateur succomber à la maladie sans l’avoir révélée comme il avait été promis de le faire en toute transparence lorsque le pouvoir lui a été donné.

Enthousiasme

Ce fut réalisé avec une bonne dose d’enthousiasme aux lendemains de l’occupation de ce dernier par de longues années consécutives au cours desquelles aucune lumière n’éclairait le combat des salariés, du peuple d’en bas pendant que s’exhibaient au sommet de l’état des bijoux de provenance indéterminée et d’utilisation à des fins peu culturels. Nombreux sont les citoyens qui ont succombé au charme de cet avocat et homme politique. Ils n’étaient pas les seuls. Des femmes venues de tous horizons ont fait de même devant les belles paroles, la culture, la belle langue d’un enfant de la République dont l’itinéraire politique n’avait pas toujours suivi la ligne la plus droite, la plus courte pour aller d’un point à un autre comme nous l’enseigne la simple géographie euclidienne. Ces éléments d’analyse psychologique et comportementale suffisent-ils à discréditer un prétendant au titre de Président ?

Démocratie

Tout le monde connaît les règles du jeu de la démocratie parlementaire, de la diplomatie, des relations complexes et changeantes de la politique étrangère aux couleurs aussi changeantes que celles d’un caméléon. Suivre l’itinéraire d’un homme qui se dit « en construction » comme on l’aurait affirmé d’un bâtiment ou des dédales d’un labyrinthe devient hasardeux sinon incompréhensible si on ne s’attache qu’à une biographie où les mots tiennent place des sentiments, des inclinaisons, des objectifs rationnels ou secrets. Qui peut décrire, sinon comprendre le trajet suivi par cet homme sorti de la droite française classique, attiré d’abord par les sirènes maurassiennes puis guidé par on ne sait quel champ magnétique vers la gauche ? Y a-t-il cherché le triomphe de la célébrité et des chances d’influence sur le temps et l’espace de la France et du monde ? Bâtir un autre que soi-même c’est déjà faire la moitié du chemin vers la reconnaissance sinon l’immortalité.

Souvenirs en do majeur

Ses souvenirs de pierre et d’or laissés ici et ailleurs, dans la musique de l’opéra, les tableaux du Louvre, les volumes de la Bibliothèque signent cette soif d’éternité pour un mortel qui a vu de plus près que beaucoup d’autres l’arrivée de la finitude sous la forme d’un cancer terminal auquel il a sacrifié la vraie médecine à celle des rebouteux et des sorciers. La voilà bien, la grandeur et la petitesse des grands hommes, terme dont la légitimité risque de m’être refusée par les opposants les plus radicaux et accordée par les sympathisants, des historiens et les hommes d’expérience qui savent peser les aléas de l’existence depuis les non dits, les tricheries, les trahisons, voire les amitiés les plus compromettantes, parce que nouées un jour de « déconstruction », de veille de reconstruction, avant de repartir du bon pied, - on ne sait encore lequel – vers le destin espéré plus que rêvé.

Tireur de la République

Homme de gauche, il ne paraissait pas l’avoir été malgré ou à cause de ses velléités de tireur de la république. Sur la question algérienne, il critique fermement la dérive répressive qui suit l’échec de la tentative de libéralisation, en février 1956. Toutefois, c’est lui qui est chargé par le Conseil des ministres, de défendre le projet de loi remettant les pouvoirs spéciaux à l’armée. Il donne son aval, en tant que Garde des Sceaux, aux nombreuses sentences de mort prononcées par les tribunaux d’Alger contre des militants de la lutte pour l’indépendance. Il couvre l’exécution de quarante-cinq militants algériens condamnés de manière expéditive. Il est certain qu’assumer la charge de Garde des Sceaux en pleine bataille d’Alger, à l’époque où l’armée française recourt massivement à la torture et aux exécutions sommaires pour mater l’insurrection algérienne, constitue une redoutable épreuve pour l’humaniste et l’homme de gauche dont, malgré tout, François Mitterrand veut continuer de donner l’image. Les témoins cités par son biographe Jean Lacouture décrivent un homme bouleversé, profondément hésitant.

A l’instar de la Gestapo

Au risque de s’exposer à l’accusation d’avoir couvert, voire encouragé des pratiques renouvelées de celles de la Gestapo et relevant pour le moins du crime de guerre, l’ancien Résistant reste au gouvernement. Il veut accéder à la présidence du Conseil, où, pense-t-il, sa marge de manœuvre serait plus large ; il pourrait, après tout, rendre plus libérale la politique algérienne. Il en avait revêtu l’habit. Il lui collait à la peau au risque d’en arracher de longs lambeaux. Après quoi, il pouvait s’en retourner au fond des coins de France qu’il aimait d’un autre amour que celui d’un de ses successeurs pour qui l’instrumentation prime l’objectif. Alors, tout était dit, les labradors n’avaient plus que veiller sur sa tombe pour l’accompagner « là où il sera pour veiller sur le peuple de France ».

Questionnement éthique :

1. L’histoire est sélective et déploie un grand nombre de faits ce qui exige une interprétation des évènements. C’est pour cette raison que son interprétation dépend des hypothèses et des idées de l’historien. Comment interpréter la vie de Mitterrand à la lumière de cette affirmation ?

2. Pour ces raisons, comment parler d’évènements sous une forme objective ?

3. Ne doit-on pas les préciser en réunissant un grand nombre d’évènements du passé ?

4. Est-ce que le changement historique peut obéir à l’approche idéaliste de Hegel où la thèse produit une réaction d’antithèse avant de se résoudre en synthèse ?