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Un Président exemplaire ?

mardi 15 mai 2012, par Picospin

Du coup, le pays se met à espérer qu’une nouvelle ère se dessine qui mettra fin aux dessins multiples des formes obscures, incompréhensible, mal éclairées pour tous ceux qui n’ont pas été habituées aux décisions trop soudaines, aux gestes improvisés et aux choix plus inspirés par la passion que par la raison. Nul ne songe à inspirer la précipitation pour voler au secours d’une idée, d’un fantasme ou d’une féérie, fut-elle politique ou protocolaire. Pourquoi est-il si urgent de se rendre au chevet de la moribonde Angela pour aider à sa résurrection des Valkyries, récemment défaites par un verdict populaire décisif et sans appel ? Est-ce pour rappeler aux dieux du nord qu’il existe aussi des déesses au sud, plus minces et plus sveltes, plus souples aussi, la tête bien visées sur des épaules plus frêles mais plus aptes à supporter les poids d’une charge qui commence à peser sur celles, déjà vieillissantes d’Angel, à force d’avoir été sollicitées par les charges de la gouvernance, des responsabilités, des engagements, des oukases et des promesses ?

Précipitations

Nous avions pris depuis quelques années dans l’hexagone l’habitude de la précipitation. Celle-ci nous arrose désormais du haut d’un ciel clément pour les uns, hostile pour les autres qui tantôt fructifie le sol perturbé par les manipulations diaboliques des pesticides, tantôt réveille des abeilles endormies par l’hiver, anesthésiées par le chômage, obligées de se réfugier sur les balcons parisiens pour survivre au massacre des denrées létales si largement répandues sur un sol devenu stérile à force de sollicitation des milliards d’êtres humains incapables de modérer leur soif individuelle de consommation et leur appétit de luxe et de confort. On peut et on veut espérer que le nouveau Président tiendra et s’en tiendra à un autre discours d’où sera éliminée la répétition du détail, le gout pour l’anecdote, celui de faire une loi, de la voter et de la promulguer dans la foulée sans jamais oser l’appliquer ou seulement penser çà s’y référer. Ces mots au cours de cette journée furent historiques tant ils peuvent être gravés dans le marbre de l’histoire républicaine enfin redressée, assagie, simplifiée sans caricature et prononcée sans emphase littéraire excessive. " Vous me manquerez souvent. Mais moi, je ne dois en aucun cas manquer à la France ", a-t-il annoncé à ses plus fidèles soutiens.

Souvenir

En souvenir de Gaston Deferre, cette citation qui incite plus à la modestie qu’à l’éclat des pourpres et des dorures élyséennes « " J’ai failli être candidat à la présidentielle. J’aurais pu être premier ministre. Mais il n’y a rien de plus beau que d’être maire. " L’on passe rapidement, trop rapidement, sans interruption ni pause pour prendre un souffle d’air, à la polémique qui a agité l’accompagnement au sujet du choix considéré comme ambigu et de ce fait rendu contestable de Jules Ferry, plus exactement de sa statue pour apporter un point d’orgue aux cérémonies de ce jour. L’image de cet éminent et célèbre Ministre de l’Education Nationale a, paraît-il été ternie par ses opinions plus que ses discours sur la nécessité pour les nations « supérieures », évoluées, en un mot européennes d’éduquer, d’enseigner, de convertir si besoin (à quoi ?) les peuplades primitives en voie de colonisation qui ne sauraient se sortir d’affaire seules, engluées qu’elles sont et qu’elles ont été depuis si longtemps dans les affres d’une culture sauvage séparée des pensées, opinions, leçons des grands philosophes, historiens, mathématiciens et scientifiques générées par la mère patrie. On le croyait consensuel. On se disait qu’en choisissant de lui rendre hommage, deux heures après son entrée en fonction, mardi 15 mai, François Hollande ne prenait aucun risque. Quelle figure, a priori, plus rassembleuse que celle de Jules Ferry ? Le Ministre qui rendit l’école gratuite, laïque et obligatoire n’était pas un anticlérical acharné mais aussi un grand bourgeois qui rassurait les " possédants ".

Passions

Plus d’un siècle après sa mort, on n’imaginait guère qu’un tel homme déclenchât les passions. C’était oublier l’apologue de la destin d’avenir et de joie de vivre. A cet argument, il est facile de répondre que l’opinion publique est déterminée par celle des éléments les plus nobles, les plus écoutés, les modèles les plus célèbres, ceux qui siègent dans les grandes institutions vénérées et vénérables. Essayez de trouver une haute personnalité de l’intelligentsia aux 17è, 18è et même 19è siècles qui ne fasse référence à Dieu pour expliquer sa philosophie. Même des « athées » aussi célèbres que Spinoza pourtant exclu des mouvements religieux ont été incapables de se passer de l’idée de Dieu pour établir leur philosophie même si on l’a baptisée depuis de panthéisme ou autres termes moins généreux. L’éducation à l’éthique : un enjeu de coopération internationale. Car Ferry fut aussi celui qui établit les protectorats français sur la Tunisie et l’Annam (le Vietnam), nourrit de grandes ambitions pour la France en Afrique noire, et déclara un jour que " les races supérieures (...) ont le devoir de civiliser les races inférieures ". Une phrase sur laquelle François Hollande doit aujourd’hui s’expliquer. Ce qui ne parait ni péremptoire ni important qu’il est moins responsable du texte que du choix de célébrer un grand serviteur d’une Éducation Nationale dont son prédécesseur avait pensé qu’on devait lui retirer du personnel en trop grand nombre ce qui constitue l’assassinat d’une jeunesse en recherche de travail, de place dans le société, d’espoir et de joie de vivre.

Un nouveau Ferry ?

Membre fondateur de l’Association internationale pour l’éthique dans l’éducation avec le soutien de l’UNESCO, un autre spécialiste contemporain de l’éducation souligne l’importance de développer l’échange d’expériences pour renforcer la qualité de l’éducation à l’éthique dans toutes les régions du monde. Le succès de la 1re conférence sur l’éducation à l’éthique est une question académique sérieuse, permettant à toutes les populations de répondre aux défis posés par les avancées scientifiques. Pourquoi la création d’une association internationale pour l’éthique dans l’éducation était-elle importante alors que les experts peuvent déjà trouver un grand nombre d’information sur internet et partager leur expérience à travers les réseaux sociaux ? Des informations sont déjà disponibles mais elles proviennent de programmes des pays développés et sont rédigées en anglais. Il n’existait aucune plateforme d’échange d’informations et d’expériences sur l’éducation à l’éthique au niveau mondial. Les questions éthiques soulevées par les progrès scientifiques se multiplient pourtant aussi vite que ces progrès sont accomplis. Et comment imaginer renforcer l’éducation à l’éthique dans tous pays sans que les spécialistes de ces questions ne commencent par partager leurs connaissances et leurs pratiques ? Un programme mondial d’éducation à l’éthique a été créé en 2004 au travers duquel des efforts ont été conduits pour identifier les enseignants et les programmes, particulièrement en Afrique et dans la région arabe.

Fulgurant démarrage

Des réunions régionales ont été organisées avec des enseignants de différents pays, qui étaient souvent les premières fois où des professeurs d’éthiques se rencontraient et pouvaient comparer et analyser leurs programmes d’enseignement. La récente conférence de Pittsburgh a créé une certaine dynamique, en réunissant des formateurs à l’éthique issus de nombreux pays différents, en les rendant enthousiastes pour leur propre enseignement, et en suscitant leur envie d’apprendre comment améliorer et diversifier leurs manières d’enseignement grâce à de nouvelles idées. De ce point de vue, cette première conférence fut véritablement un succès puisqu’elle a réuni plus de 200 participants de 33 pays différents qui ont réalisé 125 présentations. Un grand nombre étaient originaires des États-Unis d’Amérique et du Canada mais toutes les régions du monde étaient représentées à travers des intervenants venus de pays tels que l’Arabie Saoudite, l’Australie, le Botswana, le Brésil, la Chine, l’Espagne, la Fédération de Russie, l’Inde, Israël, l’Italie, le Japon, le Kenya, la Lituanie, le Malawi, le Nigéria, la Norvège, le Pakistan, le Panama, les Pays-Bas, le Qatar, la République dominicaine, la Roumanie, Singapore, la Suède, la Suisse, la Tunisie ou encore la Turquie. Beaucoup de participants ont reconnu que c’était la première fois qu’ils rencontraient tant de collègues venus de tant de pays.

Inspirations

Cela leur a donné de nouvelles idées et inspirations. Cela a également encouragé une approche plus savante de l’éducation à l’éthique, stimulant la recherche et valorisant la publication des expériences. Les membres de l’association ont décidé d’organiser deux prochaines conférences internationales, l’une en Turquie en 2014 et l’autre au Brésil en 2015. D’ici là, notre première priorité sera la création d’un site web interactif qui nous permettra de partager informations et expériences et qui renverra sur le site web de l’UNESCO afin que nos visiteurs puissent accéder aux différentes bases de données de l’Observatoire mondial d’éthique ainsi qu’au matériel d’enseignement produit par l’Organisation tel que le « Cours de base en bioéthique ». On espère qu’au milieu des nombreuses tâches qui l’attendent, le Président investi nouera un nœud à son mouchoir pour ne pas être tenté d’oublier l’avenir du pays dont il vient de prendre la responsabilité et la direction. Des jeunes sont à l’affut de ces prochains actes et décisions pour qu’il ne les oublie pas.

Aux dernières nouvelles on apprend que l’avion du Président a été frappé par la foudre comme si le doigt de Dieu l’avait appelé pour lui rappeler les difficultés de sa mission économique et financière auprès de sa protectrice naturelle, Angela, à laquelle il s’apprêtait à expliquer sa volonté de débarrasser l’Europe de la pesanteur de l’ascèse. Comme lui-même a déjà accompli l’effort surhumain de se soumettre au régime crétois, il sait ce que maigrir veut dire et quels efforts il faut accomplir pour réussir dans cette tâche. Pour elle, la tâche est moins lourde ayant reçu la double éducation de deux dieux, celui transmis par son père pasteur et celui venu en droite ligne du papa du 19è siècle, Karl Marx dont la réussite pour instaurer le socialisme universel n’est pas évidente, terminée trop souvent dans des bains de sang ou une résurgence des inégalités.