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Un bon Prix Nobel : celui de l’écologie ?

mardi 16 octobre 2007, par Picospin

Depuis que Al Gore a reçu le prix Nobel, rares ont été les journalistes qui ont parlé de l’attribution de cette récompense à un ancien candidat malheureux à la Maison Blanche.

Un silence programmé ?

On veut bien croire que ce silence n’est pas fortuit puisque les nombreux auteurs qui ont consacré leurs lignes à l’évènement ont moins souvent cité le nom du candidat démocrate que ceux des personnes qui d’après nos écrivains ont mérité le prix cent fois plus que celui auquel on l’a attribué. Une Revue bien cotée aux Etats-Unis a même écrit que le prix aurait du être partagé avec le très fameux gardien de la paix Osama bin Laden qui a implicitement fait sienne la devise de Al Gore selon laquelle puisque Bin Laden a dit quelque chose sur les climats, toute personne qui en parle est un allié objectif, sinon un ami des terroristes.

Fureur

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Al Gore
Dodmedia

Quel est le fait qui rend furieux les commentateurs se prononçant sur les opinions et agissements de Al Gore ? C’est sans doute une réaction violente qui se manifesta en 2000 au moment où le peuple américain a choisi délibérément ce dernier alors que c’est son adversaire qui est entré à la Maison Blanche. Le culte de la personnalité que la droite a tenté de construire autour du Président Bush et son dénigrement hystérique envers son adversaire ont été largement motivés par le désir d’effacer la tâche produite par le côté illégitime créé par l’Administration Bush. Maintenant que M. Bush a clairement montré qu’il était le plus mauvais candidat pour l’emploi qui lui a été confié et qu’il est en réalité le meilleur Président qu’aurait pu recruter Al Quaeda, les symptômes d’hostilité envers M. Gore n’ont fait que croître et embellir. C’est exactement ce qui s’est passé.

Hostilité et haine

La haine de Bush envers son rival se place au-dessus de considérations personnelles. Quand la National Review a décidé d’appeler son blog la planète Gore contre l’environnement, c’était surtout pour discréditer le message aussi bien que le messager. Au regard de la vérité, ce que Gore a dit sur les activités de l’homme susceptibles de changer le climat ne relève pas seulement d’une critique mineure. Pour les conservateurs, cette prise de position tient lieu de menace profonde. Considérons les implications d’une interprétation sérieuse des bouleversements du climat. Comme l’avait déclaré en son temps Franklin Delano Roosevelt, nous avons toujours été au courant du fait que l’intérêt personnel insouciant conduisait à une vie sans moralité. Nous savons maintenant que c’est aussi la cause d’une mauvaise gestion économique. Ces mots s’appliquent parfaitement aux changements du climat.

Moralité et gestion de l’économie

Il va de l’intérêt de tous y compris et surtout à leurs descendants que l’on doit tout faire pour réduire les émissions de CO² et autres gaz à effet de serre. Le problème est que tout le monde veut aussi que ce soit l’autre qui fasse l’effort d’accomplir cette tâche. Laissez cette mission au libre échange et il ne faudra pas beaucoup de temps pour que toute la Floride soit immergée sous les eaux. La solution pour résoudre ces conflits entre l’intérêt égoïste et le bien commun est de fournir à chaque individu les incitations nécessaires à lui faire réaliser les actes les plus corrects. En ce cas, on doit donner aux gens de bonnes raisons pour réduire les émissions de gaz soit en les obligeant à s’acquitter de taxes pour chaque émission soit pour se rendre acquéreurs d’autorisations de polluer ce qui grossièrement donne le même résultat. Nous savons que ces mesures ont du succès dans la mesure où les permis d’émission de dioxyde de soufre ont réduit considérablement les pluies acides.

Un exemple

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Il est certes plus facile de diminuer ces dernières que les premières car elles ont une cause globale. Aux Etats-Unis l’acide sulfurique en provenance des lacs provient du charbon et de l’essence qui sont brûlés partout dans le monde. Une tonne de charbon qui brûle en Chine a le même effet sur le climat qu’une tonne qui brûle ici. Le problème ne sera pas résolu à coups de taxes nouvelles mais plutôt par des négociations internationales dans lesquelles les Etats-Unis auront autant à donner qu’à recevoir. Qu’il suffise d’imaginer l’impact que peut avoir un tel discours pour un candidat républicain à la Présidence. Etre un bon républicain signifie maintenant qu’il doit toujours être persuadé que les impôts sont faits pour être diminués et jamais augmentés. Cela veut dire aussi que nous devons bombarder et intimider les étrangers et jamais tenter de négocier avec eux. De même si la science affirme que nous sommes confrontés à un vaste problème qui ne peut être résolu qu’avec des diminutions d’impôts ou des bombes, la science doit être rejetée et les scientifiques réduits à leur portion congrue.

Conclusion

Ceci nous amène à la conclusion suivante : pour expliquer la haine qui anime la droite envers M. Gore : la campagne de diffamation a échoué. Il a encaissé tout ce qui a pu être jeté contre lui. Il en es sorti plus respecté, plus grand et plus crédible qu jamais. C’est cela qui les rend fous.

Questionnement éthique :

1. Est-on sûr l’action et la campagne de M. Gore est uniquement inspirée par le désir de rendre service à l’humanité en réduisant la pollution qui déclenche le changement climatique ?

2. Est-ce que l’éthique peut présider à une négociation, à des débats ou à des controverses sur les conduites que l’homme doit adopter pour protéger le climat de notre globe ?

3. En quoi, cette fonction peut-elle différer de celle qui serait inspirée par une morale d’origine religieuse, laïque, civique ou patriotique ?

4. Comment la réflexion éthique peut-elle conduire à encourager les pays occidentaux à tenir compte non seulement des effets de la pollution sur leur propre climat mais aussi et surtout sur les conditions climatiques des pays pauvres et qui sont toujours susceptibles de conduire à des inondations ou à la sécheresse, à la famine ou à des catastrophes écologiques comme les glissements de terrain qui ensevelissent les cultures et les habitations ?


Sources : New York Times (15.10.07) : Krugman P. What is about Al Gore that drives right-wingers insane ? Gore derangement Syndrome.