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Chantal Sébire abandonnée

Un décès programmé laissé à l’abandon et à l’aléatoire

Quelle assistance, quel accompagnement, quel soutien ?

samedi 22 mars 2008, par Picospin

Tous les participants à cette émission émettaient une opinion qui côtoyait plus le doute que les certitudes. Peut-être était-ce mieux ainsi pour la clarté et la modestie des débats dont ne devait sortit aucun parangon capable d’imposer sa pensée et ses opinions, à fortiori ses lois aux autres.

Un exemple : la Belgique ?

Un seul avait des idées claires sur ce sujet épineux, difficile, existentiel, à mi-chemin entre l’éthique, le médical et le juridique. C’était le représentant de la Belgique qui estimait que les habitants de son pays, -dont on connaît la difficulté de vivre ensemble entre deux communautés que tout oppose par ailleurs – avaient pris et appuyé la bonne décision. C’était l’accord sur un consensus établi par une structure collégiale qui proposait puis décidait si une sortie par le désir du malade, la mort était possible, si elle répondait à ses souhaits et éventuellement à ceux de sa famille, de ses proches et des ses médecins. Dans ces conditions, affirmait-il sans passion, avec détermination et sérénité, les consciences peuvent se libérer, la responsabilité s’établir clairement et la culpabilité s’estomper puisqu’elle ses dissolvait dans la légalité et le partage des responsabilités. A l’occasion d’une mort annoncée et désirée par une femme dont le regard était impossible à soutenir, les langues se sont déliées.

Libération ?

Etait-ce une libération opérée par une nation qui souhaitait majoritairement conserverses traditions entre religion et laïcité sans oser accomplir le bouleversement qui aurait pu s’imposer sous la pression de la révolution scientifique, morale ou politique. Affronter ces constantes de l’homme qui avait l’habitude de voir arriver la fin de vie sans protester, sans écarter la douleur, sans vouloir modifier l’état de mal en convoquant le confort désormais possible sous l’influence d’une morphine universellement disponible et efficace, c’était plus que ne pouvait ou ne cherchait à supporter l’être pour la mort appelé par Heidegger. Evolution douce sans heurts peut-être, à la rigueur, si elle n’entamait pas le capital de confortable tradition que charriait depuis des siècles une culture judéo-chrétienne campant fermement sur ses positions dans une Europe qui n’invitait la modernité que parcimonieusement et une Amérique placée sous la surveillance d’un Dieu omniprésent, prenant successivement les figures d’un protestantisme éclaté en communautés dont certaines s’apparentent volontiers aux sectes.

Un campement douillet

Les opinions se renforcèrent sans chercher des points de rencontre car ce campement douillet laissait la victime décider pour elle-même et alerter les institutions sur les options déchirantes qui se posent au 21è siècle à l’être humain qu’on croyait définitivement libéré des tabous, des menaces célestes et de l’angoisse générée par la rencontre terrifiante avec une présence ou un néant. Alors, Mgr Vingt-Trois préférait affirmer qu’il valait mieux ne rien changer, M. Leonetti, député Maire et médecin pensait qu’on était allé jusqu’au bout de sa loi, d’autres nouveau venus proclamaient qu’ils allaient lutter et défendre leurs positions sans qu’on sût exactement lesquelles. Restaient en lice dans leur solitude et leur désarroi, la patiente au seuil de sa mort désirée et ses enfants qui se devaient de l’accompagner. Aucune antenne de soins palliatifs ne vint à son domicile pour la soutenir, lui parler, lui montrer sa compassion.

Soins palliatifs absents ?

Personne ne l’invitait à prendre contact avec une Unité de soins palliatifs. Surtout, personne ne s’était enquis d’une éventuelle évolution que pouvait avoir subie ou créée la patiente tout simplement parce que la vie est changement, adaptation, variations et non modélisation. C’est à ce moment que les philosophes et les psychologues font intervenir l’identité, la mémeté, l’ipséité pour envoyer en touche les fluctuation de l’humeur, les effets de la chimie sur l’organisme capable de se soumettre à son action, son influence, ses récepteurs, ses agonistes et ses antagonistes. Donnez à l’individu un comprimé de Prozac et la direction de son destin peut en être inversée. Qui a tenu un compte suffisant de ces effets lorsqu’on recommande en toute sagesse et avec le maximum de précaution le testament de vie pour inspirer les recommandations des mandataires à la place des mourants ?

Epilogue provisoire

Chantal Sébire est décédée d’une mort… « non naturelle ». Selon le procureur de la République de Dijon, « l’état personnel de cette personne n’a pas entraîné sa mort directe ». Il a ajouté que « les causes précises du décès restaient à déterminer ». Il n’y a donc plus guère de doute. Chantal Sébire est morte volontairement, mercredi, en fin de journée, dans son appartement. Ses enfants venaient de passer l’après-midi avec elle. En début de soirée, une de ses filles a prévenu la police du décès. Suicide, suicide assisté, accident médicamenteux ? Tout est possible et les interrogations sont entières. Une autopsie a été réalisée, jeudi, dont les premiers résultats ont montré que son décès n’était pas lié à sa maladie. Selon le procureur, la famille de Chantal Sébire ne s’est pas opposée à cette autopsie. Des analyses toxicologiques ont été effectuées, révélant dans le corps un nombre important de substances. « Elles sont en cours d’analyse, pour être analysées dans le détail. Cela nécessitera un certain nombre de jours, voire de semaines, a précisé le procureur. Ce n’est pas étonnant puisque Mme Sébire prenait un certain nombre de médicaments. »

Une autopsie "grotesque" ?

La réalisation de cette autopsie a provoqué la colère de Me Gilles Antonowicz, l’avocat de Chantal Sébire. « Je pense que tout cela est grotesque et que cette autopsie n’avait pas lieu d’être », a-t-il déclaré. Le médecin personnel de Chantal Sébire, le Dr Emmanuel Debost, a déclaré de son côté que « l’autopsie était de « l’acharnement judiciaire » et [que] cela n’apportait rien de savoir si Mme Sébire s’était suicidée ou pas. Pour justifier l’autopsie - ce qui est de fait la règle dans ce genre de circonstances -, le procureur a expliqué que « la justice devait savoir si la mort était naturelle ou si quelqu’un l’avait aidée à mettre fin à ses jours ». Chantal Sébire qui souffrait depuis plusieurs années d’un esthesioneuroblastome, tumeur incurable et potentiellement mortelle qui lui déformait le visage, s’était toujours déclarée « violemment hostile » à un suicide, mais souhaitait que lui soit administrée une injection létale. « Puisque l’hypothèse de la mort naturelle a été écartée par la justice, l’origine de la mort semble donc provenir de substances qu’elle aurait avalées et donc d’un suicide », a estimé, vendredi, Jean-Luc Romero, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). « Dans cette affaire, la justice fait son travail. Doit-on modifier la loi ? Ce n’est pas une question qui relève de la magistrature, mais de la responsabilité de l’exécutif et du législatif », s’est défendu le procureur. Celui-ci n’a donné aucune précision sur le lancement d’éventuelles poursuites judiciaires.