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Un Européen convaincu ?

Un destin, un rôle un combat pour des convictions et des passions

Combat pour un idéal ou une ambition ?

mardi 1er juillet 2008, par Picospin

Mais il n’est pas non plus l’européen contraint que fut Jacques Chirac. Avocat élevé à Neuilly ayant des racines hongroises et grecques, marié à des femmes d’origine espagnole puis italienne, M. Sarkozy se sent naturellement européen. Il a grandi avec l’Europe et a accompagné sa construction sans trop tergiverser. Ce qui ne l’empêche pas de la critiquer vivement, pour la réconcilier avec la France du non, et de vouloir que la France y joue un rôle majeur.

Une arrivée au pouvoir

Ce n’est plus le cas lorsqu’il arrive au pouvoir. La France, qui avait porté la construction européenne pendant cinquante ans, est "démonétisée" par le non français de 2005 au référendum sur la Constitution. Elle est, avec l’Italie, l’homme malade de l’Europe, qui continue de faire la leçon sur l’exception française alors qu’elle n’en a plus les moyens. La tradition consistant à s’entendre entre Français et Allemands pour entraîner les autres Européens fonctionne moins bien qu’auparavant, au temps de l’idylle toute nouvelle entre des présidents qui avaient plus que de l’empathie les uns pour les autres. C’était le temps des mains entrelacées entre Mitterrand et Kohl qui regardaient au-delà du temps, cette unité qui n’avait plus cours puisqu’il avait été effacé dans les profondeurs des tombes des soldats inconnus et les champs labourés d’obus de la Champagne et de la Marne : le système est mort en 2003, lorsque Jacques Chirac et le chancelier Gerhard Schröder ont été mis en minorité sur la guerre en Irak dans l’Europe élargie. Pour remettre la France au centre du jeu, M. Sarkozy opère une rupture doctrinale. L’Europe ne peut plus être un jardin à la française.

Jardin à la française

Tirant les conséquences du poids réel de son pays dans l’Europe élargie et dans le monde, il balaye certaines vieilles lunes : jamais il ne vante le modèle français, auquel nul ne croit plus en Europe. Au contraire, il invoque les réussites de ses voisins, en particulier des Britanniques, dont la plupart ont atteint le plein-emploi, pour mieux promouvoir ses réformes intérieures. Surtout, il présente son dos à la politique de de Gaulle que sa personnalité et son aspect ne peuvent plus porter en raison des circonstances historiques différentes et d’un basculement général des forces et des valeurs. Du coup, il débarque en Amérique, y prend café et gâteaux avec les Bush dont il se rapproche physiquement, sentimentalement et diplomatiquement. Il tire un trait sur le mythe gaulliste du non-alignement français, proclamant le retour de la France dans l’OTAN et son amitié pour le peuple américain. Le président a choisi de se placer dans le courant dominant, plus en phase avec ses partenaires. Ce recentrage politique s’est accompagné d’une opération de séduction. M. Sarkozy commence par effacer la tache du référendum en négociant un traité pour remplacer la défunte Constitution. Ensuite, il mise sur les "petits" pays. Fini le directoire des six grands Etats, qu’il avait promus lorsqu’il était ministre de l’intérieur. Oubliée, l’idée d’une Europe à deux vitesses, qui supposerait un accord franco-allemand improbable. L’Europe se fait à 27 et il convient de reconquérir les pays de l’Est, accusés par M. Chirac d’avoir manqué une "bonne occasion de se taire" en soutenant la guerre en Irak. La fin de l’axe Paris-Berlin-Moscou les rassure, les professions de foi atlantistes aussi.

Partenariats

En un an, M. Sarkozy multiplie les partenariats stratégiques, creux mais symboliques, et les discours devant les Parlements de partenaires négligés. Les ficelles sont grosses – "La Pologne est le seul pays contre lequel la France ne s’est jamais battue" –, les cadeaux voyants, comme le soutien apporté à la Grèce dans un obscur conflit sur le nom de la République de Macédoine. La méthode paie et permet, grâce au lien avec le Royaume-Uni de Gordon Brown et l’Espagne de José Luis Zapatero, d’avoir un soutien majoritaire en Europe quitte à abandonner une partie de sa politique ambitieuse à la recherche d’honneurs, de gloire, d’élévation sociale, de distinctions et de motivation pour améliorer sa propre situation qui n’a plus besoin de ces ingrédients, pas même le paprika de la goulasch ce fameux plat hongrois, annexé par la monarchie austro hongroise du bon Père qu’était l’empereur François Joseph. Enfin, M. Sarkozy, qui n’aime guère les contre-pouvoirs, finit par accepter la logique institutionnelle européenne. Par tradition, ses prédécesseurs méprisaient la Commission et le Parlement européens, misant tout sur les sommets des chefs d’Etat et de gouvernement. Rompant, selon l’eurodéputé Alain Lamassoure avec "la tradition d’arrogance française", M. Sarkozy a passé un pacte politique avec le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Extinction d’une arrogance

Depuis des semaines, il bichonne le Parlement, en recevant les présidents des groupes politiques. Du nouveau dans la conduite politique, adaptée aux circonstances : au fil des traités, le Parlement européen est devenu incontournable, au pouvoir équivalent à celui du conseil des ministres. M. Sarkozy s’est mis à copier la stratégie allemande, consistant à être naturellement au cœur de l’Europe pour mieux l’influencer. Ce choix comporte des risques. Le premier concerne le tempérament du président, qui agace par sa familiarité, ses manières peu diplomatiques et ses succès réels ou imaginaires qui suscitent des jalousies. C’est lui qui a su convaincre les frères polonais Kaczynski d’accepter, en juin 2007, le nouveau traité européen. Le retour ne s’est pas fait attendre avec les réactions négatives des jumeaux qui ont subitement décidé, après le non irlandais, de ne pas entériner les positions européennes. Sans le président français, les infirmières bulgares croupiraient en Libye. Mais les dirigeants allemands, notamment, en ont conçu une amertume envieuse. Il s’efforce de trouver un équilibre entre le volontarisme politique et une modestie de ton qui lui est tout sauf naturelle. La deuxième faille, c’est l’Allemagne, qu’il n’aime ni ne comprend, mais dont il convoite le leadership. M. Sarkozy n’a pas développé de stratégie cohérente à l’égard d’Angela Merkel par laquelle il est réellement séduit ou qui le domine.

Difficile à avaler ?

Aussi avait-il bien commencé sa relation en négociant le traité européen, mais il l’a gâchée en lançant son projet d’Union pour la Méditerranée. Le président a dû amender son projet en catastrophe, montrant ainsi que Berlin avait un droit de veto en Europe. La difficulté allemande est palliée par la capacité de M. Sarkozy à faire des compromis. Il cède pour avancer. Il a aussi sauvé ce qui restait à sauver de son Union pour la Méditerranée, comme il a trouvé un accord sur la gouvernance d’EADS et les normes de pollution dans l’automobile. Le troisième risque est que rien ne prouve que les concessions sur l’atlantisme et l’exception française seront payantes. Elles ont été empochées par les partenaires européens, qui jugent qu’elles vont de soi. Mais ceux-ci ont encore des préventions contre Paris, qui n’a toujours pas assaini ses finances et a multiplié des diatribes contre la Banque centrale européenne, contre-productives, surtout en période d’inflation. M. Sarkozy l’a bien perçu, mettant ses attaques en sourdine.

Proposer plutôt que disposer ?

Surtout, pour avoir un effet positif, il faudrait que le recentrage français s’accompagne de propositions fortes, susceptibles d’entraîner les partenaires. Paris fait de l’activisme, soucieux de montrer que les Européens réagissent à l’envolée des prix du pétrole. Mais il n’existe en réalité pas de solution rapide. C’est le dernier problème : les Européens, passifs dans une mondialisation qui leur échappe au moins partiellement, restent en panne de grand projet mobilisateur. C’est à ce carrefour que devraient se dessiner des projections au laser, visant aussi loin que la lumière monochromatique que porte cet instrument optique dont la valeur ajoutée se situe entre un ciblage précis et une incommensurable puissance de destruction. Pour l’instant et dans une situation de chagrin national, ce que Sarkozy avait de plus urgent à faire, c’était de se rendre auprès des blessés de Carcassonne pour consoler des familles et fustiger des soldats.

Questionnement éthique :

1. Pensez-vous que le Président de la République consacre suffisamment de temps à la réflexion et trop de temps au paraître ?

2. Trouvez-vous qu’il conduit la diplomatie française avec tact, mesure, réflexion et sagesse ?

3. Est-ce que ses conceptions sur l’Europe sont aptes à entraîner dans sa politique les "Eurosceptiques" déjà trop nombreux parmi les habitants de ce continent ?

4. Pensez-vous qu’il soit bien entouré par ses ministres, ses conseillers et ses proches en politique et en amitié ?


Sources :
Le Monde 1.7.2008