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Un divorce d’avec la réalité

dimanche 30 septembre 2007, par Picospin

Le mythe en vogue aujourd’hui sur le divorce consiste à affirmer sans preuves à l’appui que les ruptures de mariages deviennent une menace de plus en plus sérieuse pour les familles américaines ce qui fait dire au plus grand nombre que à chaque génération les mariages deviennent plus instables que ceux célébrés dans le passé pour leurs parents.

Sources : Stevenson B., Wolfers J. Divorced Frome Reality. The NYT. 2007, 29, 09.

Un mythe ?

La publication la semaine dernière de reportages sur ce sujet tend à confirmer ce mythe et à l’alimenter comme le ferait un somptueux buffet comportant un grand assortiment de gâteaux. Ce journal avertissait en même temps les lecteurs d’éviter de préparer une somptueuse réception à l’occasion des noces d’argent en raison du fait que les personnes qui se sont mariées au cours des années 70 avaient de petites chances de rester mariées 25 ans plus tard. Les choses ne pouvaient qu’empirer si l’on en croit les dernières statistiques publiées sur ce sujet. Le nombre supposé sans cesse croissant de divorces est une longue histoire qui ne fait que se répéter mais qui est fausse.

Divorces en augmentation

En réalité, la fréquence des divorces qui n’a cessé de diminuer depuis le dernier quart de ce siècle a atteint actuellement son niveau le plus bas depuis les années 70. Alors que la fréquence des mariages a tendance à baisser ceux qui restent sont éminemment plus stables que leurs prédécesseurs. On peut se demander pour quelles raisons, les statistiques fournies sont si pessimistes. Le bureau de l’état civil n’a pas manqué de rendre compte du fait que plus de la moitié des mariages célébrés entre 1975 et 1979 ne sont pas allés jusqu’à leur 25è anniversaire. Cette observation n’est pas seulement alarmante mais représente aussi une augmentation de 8% par rapport au nombre de cérémonies célébrées au cours de la période de 25 ans précédente. Là où il faut concentrer son attention, c’est sur la proposition suivante : les chiffres fournis par l’Etat Civil proviennent d’une enquête réalisée au milieu de 2004 à un moment où les 25 ans écoulés depuis la date du mariage ont pu être comptabilisés chez moins de 10% des actes qui ont été pris en compte.

Un sérieux biais dans les statistiques

Si le mariage a eu lieu à la fin de 1979, il était de ce fait impossible d’avoir célébré le 25è anniversaire lorsque la question a été posée au milieu de l’an 2004. Si l’enquête auprès de l’état civil avait été réalisée six mois plus tard, on aurait découvert qu’une majorité des gens mariés dans la seconde moitié de 1979 allaient allègrement vers la 26è année de leur mariage. Une fois que ces noces auront été ajoutées aux données variées déjà disponibles, il apparaît nettement que la majorité des couples qui ont noué ces liens de 1975 à 1979 soit 53% d’entre eux auront pu atteindre leur 25è anniversaire. Ce problème technique n’a touché en réalité que les données les plus récentes. Si l’on rétablit la réalité des faits par des calculs réels, il apparaît que la conclusion n’est pas une augmentation mais une chute du nombre des divorces répertoriés. Cette observation n’est pas seulement de la fumée. Le bureau de l’Etat civil a bien averti du fait que les récentes données minimisent la véritable stabilité des mariages les plus récents. Mais un avertissement enterré quelque part au milieu des notes de bas de page n’a assurément pas la même valeur que les gros titres. C’est ce qui s’est passé pour le journal en question qui a reproduit le tableau des résultats en omettant d’y ajouter ceux contenus dans les notes.

Des résultats contradictoires

Le récit contenant les informations sur l’augmentation du taux des divorces est en complète contradiction avec le nombre des certificats de divorce qui serait monté à 23 pour 1000 couples mariés en 1979 et qui serait tombé à 17 en 2005. Quelles sont les raisons de l’extraordinaire persistance de ce mythe ? Ce sont les mêmes que celles qu’on utilise pour les questions économiques. Rapporter une histoire de malheur amorce la construction de fondations pour une réforme. La différence c’est que les conservateurs utilisent ces données pour justifier l’augmentation des interventions du gouvernement sur le marché du mariage alors que les libéraux les utilisent pour assurer la déréglementation du mariage. Une politique de la famille censée doit reposer sur des faits et ces faits montrent que le divorce diminue et que les unions actuelles sont plus stables qu’elles ne l’avaient été dans le passé. Après tout, ces chiffres pourraient inciter à rassembler dès maintenant des cartes de vœux pour célébrer les noces d’argent.

Questionnement éthique :

1. Beaucoup de personnes de la vieille génération sont inquiets par la situation actuelle de certaines familles dans lesquelles les séparations entre époux et surtout parents surviennent très tôt après la célébration du mariage ou seulement après la décision d’une vie en commun. Que penser de cette instabilité qui risque de nuire à l’équilibre de la famille et surtout à celui des enfants ?

2. Comment expliquer et solutionner le problème des familles recomposées qui montrent souvent un déséquilibre fortement défavorable à une croissance morale et intellectuelle harmonieuse des enfants ?

3. Quelles sont les influences qui ont infléchi le courbe des divorces dans notre société avec en particulier une chute nette du nombre des divorces suivant son ascension foudroyante au cours des années 68 ?

4. Peut-on mettre ces variation brusques du comportement des individus et des couples au compte du changement des mœurs, de leur continuelle adaptation aux conditions de vie du monde moderne, de la technologie ou de la mondialisation ?