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Un enseignant dans l’âme

samedi 2 mai 2015, par Picospin

C’était surtout celle que l’on fabrique chez soi ou devant des amis certaines fins d’après-midi, quand il avait réussi à réunir dans son petit logis de la banlieue parisienne quelques uns de ses amis et collègues qui partageaient avec lui l’enthousiasme pour l’enseignement et une attirance particulière pour les instruments à cordes parmi lesquels le violoncelle gardait depuis longtemps sa préférence. Elle lui avait été transmise dès son plus jeune âge par sa mère.

Cette dame n’était pas de première jeunesse. Mais elle avait pour lui aussi bien que pour son fils chéri ce que ressentent la plupart des mères attirées moins que séduites par le charme attribué à leur rejeton auquel elles vouent une tendresse sans réserve. Quand cette note était caressée par son archet de violoncelliste, elle provoquait chez ses auditeurs des vibrations si profondes qu’elles traversaient le corps, déclenchant de ci de là des frémissements aussi agréables à l’oreille qu’à d’autres organes.
Cet enseignant, comme on le voit n’avait pas seulement une corde à son arc mais des ressorts dans son âme qui rendaient sa vie passionnante et son existence aussi palpitante que le faisaient les instruments de percussion rythmant les mesures jouées pendant l’exécution des œuvres qu’il mettait à son programme. Il menait une vie heureuse, à l’abri du besoin et de l’ennui qu’éprouvent certains agents de professions où l’invention est tarie, l’imagination éteinte et l’enthousiasme définitivement endormi. Son souci actuel consistait à se demander comment il allait s’y prendre pour expliquer à ses élèves les modalités et les raisons de nouvelles réformes des programmes scolaires imposées plus que proposées par une succession de gouvernements à l’enthousiasme sans limite quand il s’agissait de réformer, innover, inventer de nouveaux programmes d’enseignement. Il était d’autant plus affecté par la vigueur et la précipitation des nouvelles mesures proposées pour alléger les emplois du temps qu’il enseignait essentiellement dans les classes secondaires, lieux privilégiés des expérimentations décidées par les gouvernements successifs. Penser à ces bouleversements et à la manière de les prendre en charge lui donnait la chair de poule et souvent l’empêchait de dormir. Cette situation lui occasionnait un stress qui altérait souvent sa joie de vivre et l’incitait à parler de ces problèmes avec ses collègues enseignants et plus souvent encore avec ses élèves.
-  Comment allons-nous nous tirer de là demandait-il avec angoisse aux professeurs de son lycée aussi bien qu’à ses élèves ?
-  Comment arriver à comprimer les programmes sans laisser tomber des sujets que je trouve indispensables à la formation des futurs apprentis et étudiants que nous aurons la charge d’éduquer, demandait-il d’une voix angoissée à ses supérieurs hiérarchiques ?
-  Le monstrueux chômage que nous avons actuellement en France n’est-il pas du aux lacunes dans l’enseignement que nous avons dans nos programmes ? disait-il à la ronde.
Il espérait une réponse, qui ne vint que parcimonieusement ce qui ne contribua guère à le rasséréner. Tout le monde se rendait compte des difficultés de moderniser. Peu s’en soucièrent réellement. Notre enseignant s’en allait toujours bredouille, sans véritable réponse à ses questions parfaitement légitimes. Elles recueillirent plus de silences épais que de véritables réactions capables d’apporter un peu de baume dans l’esprit angoissé de Louis. Il repartait toujours des conseils de classes avec découragement et pessimisme tant il observait dans les attitudes et opinions de ses collègues un scepticisme chronique qui n’encourageait guère à l’optimisme ni à l’espoir d’une solution négociée à brève échéance entre enseignants, ministères et syndicats.
Devant tant de déceptions, il tenta de trouver une consolation auprès de ses collègues. C’est pour cette raison qu’il se réjouissait de rencontrer sur le chemin d’une classe à une autre un de ses amis qu’il aimait moins pour la sympathie qu’il lui inspirait que pour sa faculté à raisonner, à rationnaliser ce qui apparaissait d’abord comme absurde ou contreproductif. Louis était tout heureux de trouver un interlocuteur capable de lui donner une réplique dont il trouvait certains points astucieux sinon pertinents et percutants.
-  « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de suppressions et d’ajouts au langues déjà enseignées ? » demandait-il.
-  Son interlocuteur ne se laissa pas démonter par cette question assassine. La réponse d’Arthur, (c’était le prénom de son collègue du moment qui tenta de lui donner la réplique) ne se fit pas attendre.
-  « Le monde évolue et avec lui les moyens de communication » commença-t-il. « Aujourd’hui, il faut recourir à l’anglais devenue langue universelle dont il est utile de connaître les nuances pour être capable de suivre les logiques qui parcourent l’univers, d’est en ouest et du nord au sud. Demain ce seront peut-être l’espagnol ou certainement le chinois », poursuivit-il.
« Regarde la précipitation avec laquelle on s’empresse en Europe en général et en France en particulier à commercer avec l’empire du milieu, lieu de tous les miracles et de tous les sortilèges. As-tu vu avec quelle vitesse les Chinois ont édifié des énormes bâtisses qui rivalisent déjà et dépassent celles encore en construction aux USA, jadis temple de la modernité. Notre TGV, jadis fleuron de notre industrie se traîne actuellement à l’allure d’un escargot sur des voies ferrées à reconstruire, des rails à renouveler et des caténaires à remplacer. »
-  « Je ne dis pas qu’il en est de même avec les langues mais il faut en tout cas faire attention à l’extrême labilité de notre civilisation qui jette avec une extrême facilité ce qui était adoré et achète avec cupidité les créations sorties par l’imagination délirante des derniers inventeurs de la « Silicon Valley ». Éberlué par cette tirade d’un Arthur au sommet de sa forme, Louis se tut un court moment pour chercher dans sa mémoire les arguments qui lui permettraient de riposter avec quelque chance de succès aux arguments de son collègue. Il passa en revue les arguments servis par les différents représentants de l’État pour amorcer une escarmouche avec son collègue.
-  « Que dois-je faire pour défendre la cause de la République quand elle me demande de toucher aux langues « sacrées, piliers de notre éducation » comme le grec, le latin ou même l’allemand ? ». « Et s’ils me forcent à donner des bribes d’arabe à nos élèves, que dois-je faire ? » Me mettre à l’apprentissage de cette langue pour élargir l’horizon de mes connaissances ? »
-  « Pourquoi pas », répondit l’autre, prêt à toutes les concessions et à toutes les éventualités pour poursuivre cette discussion à bâtons rompus et essayer de ne pas en perdre le fil. Lui revint à la mémoire le temps où, pendant son service militaire accompli dans les Aurès puis à Alger, à l’Hôpital Maillot, il n’arrivait jamais à esquisser la moindre communication verbale avec les soldats d’origine algérienne enrôlés dans les troupes françaises, si ce n’est pour les inciter à respirer quand il leur disait « néfès ». A cette époque, son langage se limitait à prononcer d’une voix mal assurée « labbes ? chouia » pour demander « comment ça allait ? » question à laquelle il fut répondu sur le champ « un peu » ou « assez bien ». C’étaient les seules expressions transmises des représentants de la civilisation occidentale à ceux des habitants de l’Algérie, appelée à l’époque encore « Département français ».
Après cet échange de souvenirs qui avaient l’avantage de fouiller dans le passé pour en extraire les plus marquants, on en vint à une discussion sur l’opportunité de revisiter la civilisation chrétienne et celle de l’Islam, forcément à la mode en raison des évènements récents qui ont marqué du sceau de la violence les rapports entre les diverses communautés tentant de vivre côte à côte, sinon ensemble, dans un monde où les la douceur de vivre a fait place à l’agressivité et le calme et la paix à l’embrasement, l’exaltation, sinon la terreur.
-  « Ne trouves-tu pas que nos directeurs de conscience y vont un peu fort en termes de modernisation de l’éducation quand ils manient l’enseignement des langues comme on le ferait d’un sac de pommes de terre au gré de la montée ou de la descente des cours affichés sur les marchés ? » « Un jour oui » quand on est de bonne composition avec Madame Merkel, « un jour non à l’allemand quand on est fâché avec elle parce qu’elle est accusée d’avoir espionné certains organismes français au bénéfice des Américains ».
-  « Si je quitte le domaine de l’enseignement stricto sensu et si je me déplace vers les modalités de fonctionnement de l’enseignement en France, les critiques risquent de devenir encore plus virulentes et les remèdes de cheval succéder en proportionnalité à la gravité de la situation générale de la pédagogie et de son évaluation en France. »
A mesure que la conversation quittait le champ du détail pour aborder les considérations générales sur le retard constaté dans le système d’éducation à la française par rapport à celui des pays qui n’ont pas hésité à moderniser ce secteur d’activité, la vision d’un pays en retard sur l’évolution dans ces domaines s’obscurcissait. Pour Louis, il y voyait même une cause de l’échec des gouvernements précédents et de la montée irrémédiable du chômage. Peut-être s’agissait-il simplement d’une inadaptation de la formation des apprentis et étudiants aux besoins de la société ?
Parvenus à cette conclusion provisoire, nos deux compères décidèrent que pour le moment leur échange de point de vue pouvait en rester là et que faute de trouver une solution immédiate à leurs problèmes, il valait mieux qu’ils vaquent à leurs occupations ludiques, ou mieux, qu’ils s’adonnent à la méditation. Cette activité paraissait de plus en plus intéressante aux yeux de tous ceux qui se trouvent mal dans leur peau, éprouvent trop souvent des épisodes de dépression résistant aux traitements antidépresseurs. De ce fait, ils sont allés chercher dans les pratiques de la méditation un remède à leur mal-être non sans un un certain succès.

En quoi consiste cette méthode thérapeutique ?

L’attention « juste » ou « pleine conscience » consiste à ramener son attention sur l’instant présent et à examiner les sensations qui se présentent à l’esprit, comment elles apparaissent, comment et combien de temps elles durent et comment elles disparaissent. Cette pratique permet de se rendre compte si une sensation n’est permanente que parfois ou toujours épisodique. Le pratiquant examine la matière, en particulier le corps, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, la conscience, les modalités d’apparition des choses, de leur durée et de leur disparition. Pendant ce temps, l’observateur reste neutre et silencieux (c’est le « silence mental ») en examinant l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ni à rejeter la sensation désagréable. Il apprend à se détacher et se libère progressivement de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux et de la conscience. S’il choisit d’abandonner cette impression, c’est parce qu’il a la conviction que ce phénomène est toujours à double manifestation, joie et tristesse, et qu’il ne se solde pas par une satisfaction durable.
Cette pleine conscience n’est pas limitée à la pratique de la méditation, mais elle consiste simplement à observer les objets physiques et mentaux qui se présentent à l’esprit. Quand un objet disparaît, la pleine conscience ne cesse pas, elle est tournée par l’observateur vers un objet « par défaut » : le souffle ou la marche. Quand un nouvel objet apparaît à l’esprit, l’attention délaisse l’objet « par défaut » et s’applique à observer attentivement le nouvel objet selon les deux aspects de sa nature, comme vérité conventionnelle et comme vérité ultime. L’attention sur le souffle : inspiration, petite pause, expiration, petite pause, n’est pas une fin en soi mais soutient efficacement la vitalité de la pleine conscience. La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse : la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect. Elle est la troisième forme de sagesse, dite la vision directe de la réalité ultime en toute chose .

Un dérivé du bouddhisme

Bien que cette pratique soit issue du bouddhisme, elle a trouvé deux types d’application en thérapie cognitive dans la « réduction du stress à partir de la pleine conscience » La méthode est proposée dans 200 hôpitaux américains, a été adoptée par des écrivains, des conférenciers et des psychologues dans le traitement du stress et de l’anxiété. La thérapie basée sur la pleine conscience pour la dépression a été présentée comme un moyen de prévention des rechutes dépressives, rechutes dont la conséquence peut être le suicide. Elle n’est donc pas à proprement parler une thérapie de la dépression.
L’utilisation de la pleine conscience repose sur un changement de postulat. Alors que les thérapies cognitives classiques avançaient qu’il fallait travailler sur les contenus des pensées négatives et les biais cognitifs, l’application de la méditation à la prévention des rechutes dépressives se base sur des résultats qui conduisent à penser que la vulnérabilité dépend avant tout de l’humeur plutôt que du contenu des pensées. L’humeur jouerait un rôle prépondérant en contribuant aux pensées dysfonctionnelles et à la rechute dépressive.
« Il s’est rarement produit au cours des recherches en psychologie clinique qu’une prédiction aussi forte soit rejetée de manière aussi tranchée. Des attitudes et croyances dysfonctionnelles n’étaient pas des causes de rechutes. » La pratique de la pleine conscience est un exercice utilisé dans la psychothérapie comportementale dialectique, traitement lus spécialement destiné aux patients souffrant de troubles de la personnalité « borderline ». La « réduction du stress à partir de la pleine conscience », développée en 1975, a été obtenue par la méditation à partir d’une adaptation laïque de la méditation bouddhiste pleine conscience qui vise à combattre l’angoisse, le stress, la maladie et la douleur. Elle est aussi une technique de bien-être qui permet aux individus de vivre plus intensément le moment présent.
Définition de la méditation
La méditation ne consiste pas à penser à rien mais à orienter son attention sur ses sensations, sa respiration ou tout autre phénomène psychologique comparable à la douleur. En se mettant à l’écoute de ses sensations, le méditant découvre la structure de ses habitudes. Les pensées ont un impact majeur sur ses émotions et ses décisions quotidiennes. La méditation met le pratiquant dans une prise de conscience directe de ses sensations au moment présent.

Pleine conscience, méditation et thérapie

La pleine conscience ou mindfulness est un état psychologique qui centre l’individu sur le moment présent. La méditation, par contre, est une technique visant à atteindre l’état de pleine conscience le plus souvent possible. La thérapie cognitive consiste à appliquer un programme d’exercices de méditations qui vise à la réduction du stress et la disparition des états d’angoisse. Cependant, dans une perspective de psychologie positive, la méditation pleine conscience est une technique de bien-être voire de développement personnel qui est prévue pour être appliquée en deux périodes de vingt minutes de méditation chaque jour.
Les méthodes de méditation bénéficient actuellement d’un regain de faveur en raison des nombreux échecs rencontrés par les antalgiques dans leur lutte contre la douleur en particulier. Elle est devenue la pierre d’achoppement de la lutte pour le bienêtre et contre le mal-être dont la principale composante est constituée par la quasi impossibilité de se débarrasser des diverses formes algiques qui s’emparent en particulier des malades atteints de cancer et dont le nombre progresse au fur et à mesure que la longévité augmente et avec elle la fréquence des cancers et celle des inconforts permanents ressentis au cours de leur évolution. Cette situation incite les soignants de la médecine palliative spécialement destinée à maitriser la lourde symptomatologie de la maladie cancéreuse à recourir dans la plus large mesure possible à une lutte acharnée pour préserver les malades parvenus au dernier stade de leur pathologie de tout intrusion d’inconfort à une échelle de temps prolongée.