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Un génocide célèbre : celui du Rwanda

jeudi 4 octobre 2007, par Picospin

Le génocide rwandais n’est pas le produit d’une explosion de haine soudaine et incontrôlée entre la majorité hutue et la minorité tutsie, mais l’aboutissement brutal, d’un processus historique relativement long, datant de la colonisation du pays par les Allemands et les Belges aux XIXe et XXe siècles.

Début d’un génocide

Suite à l’indépendance (attribuée dans des circonstances chaotiques) de 1962, la composante hutue de la population rwandaise va s’acharner à brimer (le terme est un euphémisme) la minorité tutsie autrefois au pouvoir lors de l’occupation belge. Le pouvoir central constitue progressivement un système de répression et de contrôle de la population (via le fichage ethnique, la puissance de la police et de l’armée et une propagande aussi intensive que violente). La crise socio-économique des années 80 exacerbe des tensions déjà fortement attisées par les dirigeants hutus et les exilés tutsie qui tentent, par des voies au départ conciliatrices puis militaires, de revenir au pays à la suite des exils massifs consécutifs aux persécutions.

Persécutions et exil

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Victimes du génocide au Rwanda
2001 - Murambi School.

L’assassinat, dans des circonstances non éclaircies, du Président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 a déclenché les massacres (commis contre les Tutsie et les Hutus modérés) qui se poursuivront sans interruption pendant trois mois, avant la conquête du pays par les forces militaires des exilés tutsie, qui exerceront à leur tour des représailles nombreuses et aussi sanglantes. » Amnesty International a ajouté que contrairement à une certaine vision journalistique du génocide, présenté comme résultant d’un défoulement tribal atavique, ce génocide était le résultat d’une politique délibérée menée par une élite décidée à garder le pouvoir et qui se sentait menacée par les avancées du Front Patriotique Rwandais sur son territoire.

Propagande

Dès 1990, le gouvernement avait mis en place une propagande de grande ampleur qui proclamait que l’ethnie tutsi était progressivement identifiée comme étant l’ennemi. Les médias, et tout particulièrement la Radio Télévision des Milles Collines ont joué un rôle important dans la propagande du régime en place et ont lancé des appels au génocide. Les milices locales furent entraînées par la Garde présidentielle et des membres de l’armée. La Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda présente depuis la fin 1993, assiste impuissante à l’armement de la population et à la mise en place d’une véritable « « machine à tuer ».

Une confirmation

La planification du génocide a été confirmée par trois experts nommés par le Conseil de sécurité des Nations Unies en décembre 1994. Entre avril et juin 1994, quelque 800 000 tutsie et hutus modérés ont été massacrés dans une fièvre de haine. Ce fut une tragédie dont le pays porte encore aujourd’hui les séquelles et qui fit en cent jours, 500 000 victimes. » Les images des charniers ont fait le tour du monde et de nombreux ouvrages ont été publiés sur la question. Les auteurs proviennent d’origines diverse : chercheurs en sciences humaines (historiens, sociologues, anthropologues, géographes, politistes), mais aussi journalistes, responsables du secteur dit humanitaire, religieux ou experts d’organismes divers. Mais derrière cette couverture médiatique et derrière les nombreuses études qui ont été publiées, les histoires, les confidences d’hommes et de femmes qui ont survécu sont rares.

Récits, témoignages, travail de mémoire

Enfin, pour bien approcher ces récits et témoignages et mesurer leur intensité dramatique, il est indispensable de renvoyer vers une étude remarquable qui a été publiée par l’universitaire Catherine Coquio. Un long compte rendu a été écrit sur le sujet par Françoise Dufour, sous le titre de « Rwanda, le réel » et les récits de Catherine Coquio se présentent comme un discours analytique sur les témoignages et récits du génocide. Cette dernière s’interroge sur le sens des formes prises par le travail de mémoire et sur le rôle du tiers dans le travail de deuil. Un travail sur ce thème a été entrepris par Corneille, un chanteur populaire d’origine rwandaise.

Questionnement éthique :

1. Est-il vrai que les démocraties aient basculé dans l’au-delà du devoir, qu’elles s’agencent sans foi ni loi dans une éthique faible et minimale sans obligation ni sanction et que l’éthique élue n’ordonne ni sacrifice majeur ni arrachement à soi ?

2. Est-ce que l’éthique se dissout actuellement dans une morale néo-individualiste indolore ?

3. Peut-on appliquer ce dernier terme aux massacres perpétrés au Rwanda qui furent le résultat d’une action organisée, « fonctionnarisée » dont la méthodologie continue plusieurs années après l’exécution de poser des questions sur les vrais motifs des exactions commises, de la haine déclenchée et des « conséquences » recensées.

4. Comment est-il possible de voir encore, 60 ans après Auschwitz et après l’étude des visages et du regard de Lévinas de tels meurtres quand ce dernier a montré que la rencontre avec l’autre constituait l’approche définitive, intangible et irrévocable entre deux êtres humains ?


Sources : La lettre d’info du CRIF : Revue de Presse 19.09.07
Jean Hatzfeld : « Dans le nu de la vie » Poche Essai. Editions de l’Aube Une saison de machettes

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