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Contestataires ?

Un grand marin, un corsaire ou un collectif militaire ?

Un projet trop ficelé ?

vendredi 11 juillet 2008, par Picospin

Devant les réticences de l’institution militaire, face à l’intention prêtée à la DPSD de s’en tenir « au minimum syndical », Nicolas Sarkozy aurait demandé à la Direction de la sécurité du territoire, la DST, chargée du contre-espionnage, de démasquer les officiers frondeurs. Le caractère insolite de cette affaire tient au fait que ce type d’enquête est en général confié plus souvent au service de renseignements du Ministère de la Défense qu’à celui de l’Intérieur.

Incompatibilités ?

Est-ce que la publication du "Livre Blanc" suivi de peu par le démission du Chef d’Etat Major de l’Armée de terre, le Général Bruno Cuche, à la suit des incidents survenus à Carcassonne au cours de la séance de tir est susceptible de créer ou d’accentuer un malaise entre les Armées et l’Elysée ? Il est peut-être trop tôt pour confirmer cette hypothèse. Quoiqu’il en soit, la DST, désormais intégrée dans la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), aurait été en mesure d’identifier certains des signataires de Surcouf. Parmi eux, se trouveraient des stagiaires du Centre des Hautes Etudes Militaires, qui prépare les officiers français aux hautes responsabilités dans les armées. Les ordinateurs portables des colonels et capitaines de vaisseau de cet organisme ont été récemment fouillés, si l’on en croit le site Internet « Secret défense ». Quel pourrait être le destin des officiers de Surcouf, s’il s’avère qu’ils ont été identifiés ? Dans les états-majors, le mot d’ordre est à l’apaisement. Les hauts gradés appellent au nécessaire retour de la sérénité, dont tous les militaires, soulignent-ils, auront besoin pour mener à bien la réforme. Si le chef d’état-major des armées a écarté pour l’instant toute « chasse aux sorcières » dans une interview publiée la semaine dernière dans « Valeurs actuelles », le ministre de la Défense, Hervé Morin, s’est prononcé pour le renvoi des responsables et a déclaré ne pas connaître l’existence d’une enquête de l’Elysée. Concernant d’éventuelles sanctions envers ces militaires, il a répondu que s’il y avait un principe simple dans l’armée consistant à accorder aux militaires le droit d’expression depuis la dernière réforme celui-ci doit s’exercer dans le cadre d’une obligation de loyauté et de droit de réserve.

Fête Nationale

À quelques jours du défilé militaire beaucoup, au sein des armées, espèrent que le chef de l’État saisira l’occasion du 14 Juillet pour leur adresser un message d’apaisement. Le statut général des militaires français est l’ensemble des règles de droit auxquelles sont soumis les militaires français. Ce statut, qui est dit « général » car il s’applique aux militaires de toutes les armées et services est une matière législative en vertu de la Constitution qui l’octroie unilatéralement aux membres des forces armées. Il permet de définir l’état militaire, le régime particulier des libertés applicables aux personnels servant sous ce statut, les droits et devoirs du militaire, les garanties du militaire, l’organisation hiérarchique, le régime des sanctions, les règles de recrutement, les conditions d’avancement, et de cessation de l’état militaire. Les militaires jouissent de tous les droits et libertés reconnus aux citoyens. L’exercice de certains d’entre eux est soit interdit, soit restreint dans les conditions fixées par la présente loi. Si le militaire est un citoyen à part entière, si le droit de vote lui a été reconnu, il lui est toujours interdit d’adhérer à un parti ou à un groupement politique et différentes dispositions statutaires l’empêchent de s’impliquer dans la politique. Comme il est éligible à toutes les fonctions locales, nationales et européennes il est délié durant la campagne électorale de son obligation de réserve et peut adhérer à un parti politique. En cas d’élection, il continue à s’exprimer librement et adhère sans restriction à tous partis ou groupements politiques mais est placé de droit et d’office en position de détachement la durée de son mandat. Qu’est-il écrit dans ce Livre Blanc de la Défense et quel sont les commentaires et critiques que ce rapport a suscités ? La volonté présidentielle a été dénaturée par les politiques, militaires ou personnalités qualifiées qui avaient la charge de la mettre en œuvre. Le rapport entre la dépense publique considérable et l’utilité opérationnelle est très faible. L’absence de critères politico-militaires d’intervention aboutissait à un saupoudrage de forces dicté par les habitudes du passé et la logique moutonnière de la participation obligatoire.

Equipements vieillissants

Il en résultait un rythme d’emploi soutenu, indifférencié, affectant des unités aux équipements vieillissants, dégradant leur niveau de préparation opérationnelle. Alors que les menaces terroristes prenaient plus d’ampleur, le gouvernement et les armées se refusaient même à penser l’action militaire sur le territoire national. Enfin, en termes d’organisation, la situation était marquée par une grande confusion. Les choix d’interventions ne donnèrent lieu à aucun débat parlementaire, à l’extérieur du cercle présidentiel, ce qui en raison de l’influence des phénomènes de cour et des ambitions personnelles ne constituait pas un facteur de qualité pour les analyses préalables à la décision. La nouvelle définition des pouvoirs du chef d’état-major des armées n’avait entraîné aucune véritable réflexion, fondée sur la subsidiarité, entre la logique interarmées et la logique de milieu, notamment pour le soutien. Les organisations militaires restaient lourdes et peu centrées sur l’opérationnel. Les désignations aux postes les plus importants étaient délibérées entre militaires sur le fondement des couleurs d’uniforme, dans le cadre d’un « troc » presque permanent, aboutissant d’ailleurs à une durée d’exercice des responsabilités abusivement courte. La procédure de choix des programmes d’équipement, entre la direction générale pour l’armement et les états-majors, était caractérisée par l’opacité et le conflit d’intérêt en faveur du « service aux industriels » ce qui aboutissait à des coûts opaques, non maîtrisés, et à l’inadaptation des équipements. Si le début du quinquennat avait fait naître les plus grands espoirs, il est malheureusement probable aujourd’hui qu’ils seront déçus. Les instances de la décision n’ont pas fonctionné de manière satisfaisante, car la mission budgétaire de la révision générale des politiques publiques a prévalu sur la mission conceptuelle du livre blanc dans la rédaction duquel la sous-représentation des militaires compétents n’a pas permis d’effectuer un travail réaliste. L’ampleur des conflits structurels internes propres au ministère de la Défense n’a pas permis un travail serein.

Points positifs

1. Le principe du resserrement des implantations 2. L’insistance mise sur la protection « interne » de la nation elle-même, en termes d’organisation centrale et de contrat opérationnel. 3. La revalorisation des fonctions de renseignement. Le Livre Blanc est caractérisé par son incohérence par rapport à l’évolution générale des crises et des réponses généralement adoptées dans le monde. Alors que les crises se multiplient et se superposent sans se résoudre, l’Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente puisque les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans. La crise budgétaire donner lieu à une analyse des arbitrages, entre la défense et les autres budgets, et à l’intérieur du budget de la défense. Le livre blanc n’en fournit pas l’armature conceptuelle, puisqu’au titre des menaces il retient à la fois l’attentat terroriste, la guerre de haute intensité, le désordre dans le tiers-monde et la pandémie grippale. La guerre classique exige des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée et une réorientation des programmes tous choix qui ont été faits par les Britanniques voici plus de cinq ans. Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l’armée de terre et au « report » de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. Cette stratégie conduit le modèle 2008 à n’être que la version dégradée du modèle 1996, lui-même version amoindrie du modèle 1989. Autant dire qu’aucun choix sérieux, hors celui, purement budgétaire, d’une réduction proportionnelle, n’aura été fait depuis vingt ans. La nouvelle orientation en faveur du satellitaire ou création d’un « commandement interarmées de l’espace » font figure de gadgets, lorsqu’on connaît les besoins réels et actuels des armées. Non que de telles mesures soient en elles-mêmes absurdes. Ces mesures ne pourraient valoir que si elles procédaient d’une véritable analyse doctrinale et pratique de la « conflictualité », fondée sur les exemples nombreux que présente l’actualité, du Proche-Orient à l’Asie centrale. Les « avancées » qu’il présente ressemblent à des lubies parce qu’elles ne sont pas argumentées en termes d’arbitrage mais visibles lorsqu’on s’attache à observer les intérêts industriels qu’elles servent.

Réduction

Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d’hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles : il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l’efficacité de l’instrument militaire. N’y a-t-il pas une incohérence par rapport à la volonté politique affichée à juste titre par le chef de l’État. Nous revenons dans l’Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement. Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française, et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne. Mais surtout, nous abandonnons aux Britanniques le leadership militaire européen, alors que nous connaissons la nature particulière de leurs relations avec les Etats-Unis ce qui risque de reléguer la France dans la division de l’Italie. Il est sans doute incohérent d’agir en fonction de la certitude de devoir nous engager en Afrique pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l’évacuation de nos ressortissants. Si nous pouvons le faire aujourd’hui, c’est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d’autant plus unique que l’ensemble des pays africains refuse le déploiement du commandement américain en Afrique sur le sol africain. Quant aux « bases de défense », il ne s’agira, faute de crédits budgétaires pour de vrais investissements d’infrastructure, que de circonscriptions administratives de mutualisation de certaines dépenses mineures (habillement, restauration, etc.), entraînant simplement la création d’un maillage administratif supplémentaire. La mise en regard de ces deux éléments permet de mesurer le caractère de trompe-l’œil des mesures présentées ces jours-ci.

Mesures en trompe-l’oeuil

Nous voulons simplement par ce texte souligner qu’une grande dépense d’énergie intellectuelle a abouti à une réduction homothétique du format des armées. Il eût fallu mieux définir les ambitions militaires de la France, puis ses priorités géostratégiques en désignant les théâtres utiles ; en déduire un modèle pour notre armée et ses équipements, sans se refuser à porter le fer dans l’organisation militaire ou dans celle de la DGA ; ne pas s’illusionner sur les bénéfices à attendre de la « mutualisation des soutiens », dans un domaine où l’expérience britannique enseigne qu’elle ne peut concerner que des secteurs de second ordre, la « logique de milieu » continuant de gouverner l’entretien des équipements majeurs. Pour ne l’avoir pas fait, les autorités de la défense ont laissé passer l’occasion historique que leur présentaient les circonstances et que justifiaient les ambitions du chef de l’État. Le reste est affaire de communication politique qui ne saurait masquer la réalité d’un véritable déclassement militaire de notre pays, dans un monde bien plus dangereux que ne le fut celui d’hier.

Questionnement :

1. N’assiste-t-on pas actuellement à un changement des relations entre l’Armée et les pouvoirs publics dans la mesure où la "Grande Muette" ose discuter fermement mais avec respect et dignité des grands problèmes qui la concernent directement ?

2. Est-ce que l’armée au service du peuple et sans doute aussi du gouvernement est habilitée à développer une réflexion approfondie sur ses propres problèmes et moyens de fonctionnement, surtout à un moment où la situation de la planète est brouillée par de nombreux conflits, des menaces de terrorisme, des risques de famine, un manque d’énergies, toutes circonstances qui exigent des moyens stratégiques, un esprit de décision éclairé mais rapide après une réflexion approfondie permettant de faire face aux diverses questions posées avec modération, recul, fermeté et objectivité ?

3. Parmi les problèmes qui se posent, celui de l’Afrique n’est pas le plus facile à résoudre en raison du respect que l’on doit aux peuples de ce continent appauvri et douloureusement blessé, des erreurs politiques et tactiques que l’on risque d’y commettre et de la nécessité d’intervenir avec tact et discrétion pour réparer les malheurs qui s’y déroulent ?

4. Est-il opportun de casser l’homogénéité de la nation par une diminution sinon une suppression du contingent qui permettait la rencontre démocratique des éléments les plus jeunes et les plus dynamiques du pays, dont certains éléments n’auraient pu avoir la chance de se côtoyer ?

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