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Un guide à Paris ou pour Paris

dimanche 16 décembre 2007, par Picospin

Dans cette furieuse bataille, les troupes françaises ont beaucoup fait parler d’elles car elles avaient accompli des exploits exceptionnels à Bir Hakeim pendant que les Anglais en faisaient autant à Tobrouk. Cette fois, nous sommes dans un autre contexte. Celui de la venue de Khadafi, figure imposante et importante de la politique et de ses annexes en Europe du sud et en Afrique du nord si l’on en croit la volonté du Président de la République de créer une alliance par-dessus la Méditerranée pour joindre les populations du Maghreb et d’inviter à cette alliance les peuples habitant les régions des rives de la mare nostrum, autrement dit celle qui à la fois sépare et réunit ces côtes avec en arrière plan le désert où s’illustrèrent jadis les derniers grands explorateurs, organisateurs, responsables de la colonisation qu’a si bien accusée notre célèbre colonel invité.

Des critiques

Les critiques n’ont pas manqué au sujet de la venue à Paris de ce personnage haut en couleur et en paroles, peut-être aussi en pétro dollars si l’on en croit les récits accréditant les commandes pharaoniques passées par ce leader de marque pour renflouer l’économie française qui n’est plus au mieux de sa forme. Sur le plan éthique, la discussion n’est pas facile à mener surtout si l’on prend en compte les nouveaux critères du jugement éthique basé essentiellement sinon exclusivement sur le principe de responsabilité si cher à Jurgen Habermas, philosophe allemand auteur de cette conception. Quels sont les personnages en jeu ? Au premier chef M. Sarkozy qui a pris l’initiative de cette invitation dont il attendait beaucoup sur tous les plans y compris ceux qui concernent la politique, l’économie, les contacts personnels, les relations diplomatiques. Sans doute aussi ses nombreux conseillers qui par moments semblent servir de doublure aux ministres officiellement nommés à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse. En second lieu l’invité d’honneur qui, sur l’invitation de la présidence de la République a pu rester presque une semaine en France ce qui est une période très longue si on la situe dans le cadre des habituels séjours de chefs d’état dans un autre pays.

Discrétion ?

On pourrait même prétendre que ce séjour est extrêmement long d’autant plus que rien n’a été fait par la puissance invitée pour faire valoir sa discrétion, son comportement pudique et sage dans un contexte compliqué par des antécédents ambigus et des manifestations verbales et des attitudes un peu provocatrices. Assez paradoxalement, tout le monde s’est dit libéré d’une pesanteur plus ou moins bien assumée au moment du départ, au 5è jour des son séjour de l’imposante troupe qui accompagnait le guide depuis son arrivée à Paris jusqu’à son départ pour l’Espagne. Pendant ce temps, la ville lumière où l’électricité se doit maintenant d’être sévèrement économisée était transformée en un cirque où évoluèrent des gardes du corps éminemment esthétiques, des chameaux venus directement du Sahara, le tout étant logé sous une tente qui joignait l’originalité, au significatif symbolique et avait curieusement donné un cachet inhabituel au vieux et cher Paris libéré du Général de Gaulle.

Réminiscence d’un Grand

C’est bien ce personnage hors du commun, grand par ses vertus morales et sa taille que notre apprenti guide voulait rencontrer près de sa tombe à Colombey les deux Eglises où il repose pour l’éternité. Voulait-il partager avec lui la responsabilité d’une certains conduite du monde, celui des pauvres et des marginalisés face aux superpuissances qui le gouvernent ? Etait-il écrasé par le destin d’un général à qui l’histoire a offert le privilège des occasions perdues par tant d’autres qui ne sont pas arrivés sur cette terre en voie de réchauffement au bon moment, ou trop tôt avant que ne se déclenchent les mouvements révolutionnaires ou trop tard lorsque le monde ne pouvait plus se préoccuper que des tsunami, du réchauffement climatique, de l’isolation économique des maisons, de l’acquisition des derniers objets électroniques et microinformatiques plus à destinée ludique que pratique.

Questions éthiques :

1. De cette histoire où la politique le mêle à la fable, que peut-on tirer ?

2. Est-ce qu’une responsabilité quelconque est engagée vis-à-vis du présent ou envers l’avenir, à commencer par l’influence de l’action présente sur les mœurs du futur et sur celui de la descendance ?

3. Est-ce que la concertation a été suffisamment prolongée et élaborée pour qu’elle soit capable d’écarter tour élément passionnel de la décision finale ?

4. Y a-t-il conflit d’intérêts entre les intérêts économiques et ceux des droits de l’homme ?

5. Si oui, comment les traiter, les considérer, les analyser pour éviter tout écart susceptible de déséquilibrer les tendances entre ces deux pôles d’attraction ou de nécessité ?

6. Est-ce qu’un seul homme, si grand et intelligent qu’il soit peut prendre sur lui la responsabilité de la décision dans tous les domaines de la vie publique ? Si non, quel doit être le rôle attribué aux collaborateurs, à l’entourage, aux conseillers ?

7. Bien plus, est-ce que les grandes décisions doivent être entérinées ou discutées par les entités désignées par le peuple pour aider la nation à se conduire selon les lois de la vertu ?