Ethique Info

Accueil > Sport > Un héros tout simple

Pionniers de l’Everest

Un héros tout simple

La fabuleuse Saga d’un Néo-Zélandais et d’un Fidèle Sherpa

dimanche 13 janvier 2008, par Picospin

Le temps, notion incommensurable et difficile à manipuler passe pour les uns et s’écoule pour les autres à toute allure ce qui ne laisse de moments disponibles pour jeter un regard derrière soi afin de contempler les évènement du passé. Encore faut-il les comptabiliser, les mettre en relief face à la masse des faits qui sont rapportés chaque jour sur l’évolution du monde, les découvertes dans l’univers, les progrès ou les avancées de la science, de la technologie qui apportent chaque jour plus de confort, de plaisir, d’amusements à un monde qui semble en manquer.

Le règne des gadgets

Est-ce que la question du gadget qui fait le bonheur mérite d’être posée quand on observe dans les trains qui mènent aux sommets des Alpes les skieurs en puissance, tous âges confondus, se précipitant sur leurs cadeaux de Noël faits de multiples machines électroniques affichant de l’imagerie en réduction pour stimuler leur imagination ? Dans cet amalgame d’objets, peu de livres et surtout beaucoup de magazines qui cherchent à incarner les rêves d’une génération, celle animée par les quinquagénaires qui arrivent au pouvoir munis des engins caractéristiques de leur propre actualité, celle des grosses montres suisses rutilantes ou des DVD qui scandent le temps, sa fuite et son impossibilité à le saisir.

Vitesse et lenteur

Milan Kundera avait en son temps fait l’éloge de la lenteur en expliquant que, contrairement à l’attitude de la plupart, cette dernière était peu appréciée à un moment où le tour du globe se fait en quelques minutes, où les distances se rétrécissent à vue d’œil, où les trains filent de Paris à Nice en quelques minutes et de Londres à Paris en un clin d’œil. Comment dans ces conditions se pencher raisonnablement sur les performances physiques, psychiques, émotionnelles d’un alpiniste qui grimpe à pas comptés, avec un lenteur calculée et imposée, dans le froid, la neige et la glace vers des sommets autrefois inaccessibles. Un fou, pourrait-on dire puisqu’il lui suffirait pour atteindre le même résultat se faire déposer sur les cimes par un de ces hélicoptères qui, en d’autres temps, servent moins à réaliser des exploits sportifs qu’à sauver de la mort, du gel, de la rigidité cadavérique les imprudents qui s’étaient lancés à l’assaut des merveilles de l’univers pour les contempler de plus près. Comme pour les analyser au microscope.

Un exploit

C’est pour toutes ces raisons que Verlyn Klinkenborg, auteur du présent article, s’attarde sur l’exploit de cet homme qu’il qualifie de dernier mot du simple héroïsme. Il le met simplement à part car, écrit-il, je ne serais jamais en mesure de tester mes propres limites d’endurance physique et mentale, comme il l’a fait. Ce qui rend la nouvelle de sa disparition à l’âge de 88 ans si émouvante c’est sa modestie, son sens de l’héroïsme qu’il avait su mettre de côté. L’Everest ne représente plus une escalade techniquement insurmontable au moins sur quelques-uns de ses trajets. Elle exige de l’enthousiasme, de la détermination et de l’argent et ses dangers restent aussi réels qu’ils ont été dans le passé. Les choses ont changé depuis l’escapade originelle puisque maintenant ce sont des douzaines de montagnards, de touristes, de grimpeurs qui réussissent à vaincre les sommets. Pour Hillary et son sherpa Tenzing ce fut une escalade de l’extrême pas seulement parce qu’elle fut accomplie à l’âge du cuir, de la laine et de la tente. Comme en ces temps là la montagne ne projetait dans l’âme que la défaite et la mort, le fait que nos deux hommes avaient atteint le sommet et réussirent à en descendre rendait d’un coup l’Everest accessible au domaine du possible. Un grimpeur moderne doit s’interroger sur ses propres capacités à vaincre ce monument, décision qui exige une forte volonté et une intense préparation.

Préparation et volonté

La question pour nos deux alpinistes était de savoir si l’un et l’autre avaient la capacité de réaliser cette entreprise. L’Everest n’a nullement changé depuis le 29 mai 1953 mais si Hillary et Tenzing, qui mourut en 1986, ont atteint le sommet,notre idée de cette montagne a elle, changé. Depuis lors, ce sommet a été vaincu de multiples fois en utilisant des méthodes qui ont semblé dénuées de sens. C’est ainsi que des hommes ont accompli l’ascension en solitaire sans oxygène. Toutes ces modalités techniques ont constitué des variantes destinées à rendre à l’Everest ses difficultés originelles, à la lisière d’une impossibilité presque absolue de la vaincre dès le départ, au moment où ces deux hommes ont décidé de relever le défi de la réussite d’une ascension victorieuse.

Sources :
Klinkenborg V. Sir Edmund Hillary. The New York Times : 12.1.2008

Questionnement éthique :

1. Jusqu’où l’homme peut-il aller dans l’abnégation de soi et des autres pour atteindre des objectifs qu’il s’est fixé afin de sonder ses limites ?

2. Est-ce qu’aller au bout de soi-même peut constituer un but en soi dans l’existence ?

3. Comment peut-on apprécier les services rendus à la société par l’essai de nouveaux équipements de sécurité potentiellement utiles aux générations tentées par les exploits sportifs, particulièrement dans l’escalade de cimes dangereuses ?

4. Peut-on évoquer une fonction utilitariste dans ce type de bilan ?

5. Est-ce que l’effort gratuit en soi suffit à justifier les sacrifices et les risques pris pour soi-même et les autres lors d’exploits sportifs ayant un grand retentissement médiatique ?