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Comment ramasser les détritus ?

Un homme jetable

Appeler les éboueurs...

lundi 28 février 2011, par Picospin

Le jour où vous donneriez l’ordre de croitre, les notes vous obéiraient comme un simple citoyen aux ordres du dictateur et même à celles de lois qui imposent sous peine de poursuites que vous devez grimper une côte ou la descendre. a condition bien entendu d’être équipé d’un moteur auxiliaire pour la montée et de freins efficaces qui ne chauffent pas pour la descente.

Simple ?

Les choses ne sont pas aussi simples. Pourquoi ? A cause d’un simple petit caractère volontairement ignoré par la société : la liberté de l’homme ou celle qui lui est laissée lorsque le pouvoir lui a tout pris et que cet espace se réduit comme peau de chagrin jusqu’à ce qu’un jour les autorités se réveillent brutalement aux coups de canon et d’explosifs déclenchés par un peuple qui en a assez de mourir de faim, d’être mis en prison, humilié, enchainé parce qu’un dictateur, souvent à la limite de la folie, de la mégalomanie et du besoin irrépressible d’accumuler les richesses, au mépris de son peuple lui tire dessus, lui vole tout ce qu’il possède et finit par l’exiler de son propre pays sous prétexte de crimes soupçonnés, d’intentions cachées et de nuisances sur le point d’être accomplies. Je n’exagère en rien ce tableau des relations entre maitres et esclaves.

Raccourcis

Vous venez de les voir sous vos yeux en un raccourci flambant et éloquent par lequel on vous a montré la panoplie de l’homme d’action politique, meurtrier de son peuple, fou de son pouvoir, dément de le perdre et prêt à tout pour ne pas se voir condamné à l’exil en emportant par sécurité pour sa famille le magot dérobé à son peuple. C’est son travail surtout qu’il emporte avec lui, sur le chemin de l’exil, ce lieu inconnu, encore indéterminé qui le conduira là où un autre puissant voudra bien accueillir les amis d’un ami d’autrefois, noyé dans le malheur. Le chômeur est devenu dans la société moderne un homme jetable qui ne sert plus à rien et qui, à l’instar des détritus peut être jeté dans une poubelle, au milieu des immondices laissés par une masse désormais inutile.

Jeter les consommables

On s’était tellement habitué à jeter le "consommable" qu’on l’a trop souvent confondu avec l’homme qui contribuait à sa fabrication. Dès lors, il devenait facile d’en effacer l’âme pour le confondre avec les produits ayant subi le même sort que les objets jetés définitivement dans les poubelles, ramassées à l’aube par des travailleurs venant chaque année collecter les dons consentis du bout des lèvres et des mains par les habitants des lieux aux employés des entreprises chargées de la collecte des ordures. Depuis peu, on a rangé tout ceci par catégories peintes en jaune, vert ou bleu pour assigner aux contenants les objets qui leur étaient destinés. Pour éviter ce nouveau gaspillage, on songe à récompenser par médailles interposées, les ménages les plus économes en détritus donc les plus valeureux au sens où l’entendent les écologistes. Laisser une maison propre à l’heure du départ reste la devise à appliquer pour des raisons éthiques et esthétiques, tant est vrai l’adage que ces deux adjectifs se marient parfaitement que ce soit par le PACS ou une union religieusement consacrée. La mode de la consommation à outrance est au moins partiellement venue d’Amérique.

Réfugiés

Ce pays a accueilli les pourchassés culturels, religieux, sociaux de la vieille Europe dont ils on fait en quelques dizaines d’années une nation, débarrassée des traditions les plus frénatrices et de ce fait propre à adopter les méthodes les plus simples, les plus rapides d’exécution et les moins encombrées de rites. Le résultat ne s’est pas fait attendre qui a permis à ces nouveaux maitres de la technique de mettre à la disposition de tous des produits fabriqués en séries et en masse et par suite livrés aux prix les moins couteux. A défaut de luxe, on avait du pain et des voitures pour tout le monde sous l’égide d’un protestantisme qui liait efficacité et bonheur pour le plus grand nombre. Cette politique rimait aussi avec une surconsommation.

Jeunes générations

Elle permettait à la jeune génération des immigrants de montrer au monde des anciens que les miracles étaient possibles et que voir déborder des marchandises et consommer plus que de raison n’était pas un péché contre les Dieux des monothéismes en construction mais au contraire le symbole d’offrandes au Créateur qui a ainsi bien mérité de sa création et de sa descendance. C’est ainsi qu’on finit par entrer dans le cycle infernal, machiavélique et diabolique de la production insensée. Elle incitait les nouveaux consommateurs à acquérir n’importe quoi et n’importe où pour peu que le désir, moteur des activités humaines incite à la possession pour le seul et unique plaisir de posséder plus que celui de jouir du possédé. C’est au point que les fabricants de tous ces objets s’acharnèrent à produire des biens de consommation d’une qualité inférieure à celle qu’ils pouvaient réellement fabriquer.

Fragile

Leur fragilité devait conduire à leur rapide destruction pour permettre leur remplacement fréquent par des objets de même finalité mais non de même esthétique sinon fonctionnalité. C’est ainsi qu’on est entré dans le cycle des enjoliveurs, ces objets totalement inutiles qui ne servent - comme le nom l’indique - qu’à modifier la partie la moins utile d’une automobile pour inciter les acheteurs éventuels à la désirer comme on le ferait d’une femme changeant de maquillage, de robe ou de chaussures à chaque sortie dans "le monde" qui aurait ainsi des raisons sérieuses de l’admirer, d’en être jaloux, de désirer la même chose qu’elle et d’entrer dans une rivalité où la compétition acharnée ne fait qu’un heureux, le fabricant et vendeur qui s’en repait. C’est ainsi qu’est arrivé sur le marché le concept d’obsolescence programmée. Elle consiste à présenter des produits volontairement soumis à la malfaçon pour inspirer le désir du propriétaire à le remplacer au plus vite par d’autres dont la séduction est telle qu’elle lie le candidat acheteur pieds et poings au vendeur.

Esclavage

L’image de cet esclavage est observable tous les jours dans les grandes surfaces, actuel lieu de culte sinon de culture où l’on amène enfants et vieillards en quête de nouvelles attractions présentées comme objets de désir bien "supérieurs en qualité et en performance, en confort d’utilisation" que les produits arrivés au terme de leur obsolescence comme on l’écrit pour les produits alimentaires parvenus au stade de la péremption. Permettez-moi de terminer, en guise de conclusion par un adage africain "L’eau du fleuve ne retourne jamais à sa source", le bienvenu au moment où s’esquisse le réveil de cette partie du monde si longtemps maintenue en esclavage et qui est en train de se libérer de ses chaines ancestrales.