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Des cartes à redistribuer ?

Un jeu de cartes dangereux ou novateur ?

Par qui, où et comment ?

mercredi 2 février 2011, par Picospin

Ils sont soumis à la contagion de la révolte après des années de soumission à l’ordre monarchique, tyrannique, dictatorial imposé par des individualités auxquelles les majorités faisaient confiance puisqu’elles endossaient les difficultés économiques, sociétales, politiques dans leurs sphères privées sans recourir à l’aide, au conseil et à l’intervention de nouveaux intervenants.

« Je dis en toute honnêteté et sans considération pour la situation actuelle que je n’ai pas l’intention de briguer un nouveau mandat présidentiel. J’ai passé suffisamment d’années de ma vie au service de l’Égypte et de son peuple » a déclaré Moubarak. Le Président américain Barack Obama lui-même a d’ailleurs insisté sur son départ en termes à peine voilés le 1er février 2011 après l’allocution de Moubarak : « Ce qui est clair et ce que j’ai indiqué au président Moubarak est que mon sentiment est que la transition politique doit être profonde, qu’elle doit être pacifique et qu’elle doit commencer maintenant ». Techniquement, tout pourrait être simple et pacifique : une démission de Moubarak qui laisserait mécaniquement le pouvoir à son tout nouveau Vice-Président Omar Soleiman, personnalité appréciée généralement des Égyptiens malgré sa proximité du clan Moubarak, qui assurerait la transition jusqu’à l’élection présidentielle de septembre 2011. Moubarak lui a même donné pour mission de négocier avec l’opposition. Cette série impressionnante de chutes, synchronisée comme une exhibition de gymnastique au temps du stalinisme ou de natation en bassin de Californie met fin à la docilité apparente de peuples qui auraient découvert subitement qu’ils pouvaient crier famine comme bébé sur le sein de sa mère. Après la fin des dictatures fascistes qui ont empoisonné à mort l’Europe pendant plus d’un siècle et se sont étendues par « contagion » à d’autres continents, celle des révolutions des peuples éteintes par le percement d’un mur plus virtuel que réel, et venue, comme cyclone en Australie ou Indonésie, les alliés potentiels du pacte de la Méditerranée s’en sont détachés comme s’ils craignaient de devoir changer de mentor, venu d’on ne sait où pour enseigner l’histoire, la révolution ou quelque théocratie venue du fond des âges. A en croire René Girard, ces mouvements dits « populaires » ne seraient que la conséquence du mimétisme, cette contagion par contiguïté, à laquelle l’OMS de Genève recommandait de mettre fin par une vaccination généralisée, vite suivie par des Ministères peu spécialisés et peu compétents qui se sont empressé de dépenser des sommes gigantesques pendant que d’autres gouvernements, plus sages et plus modérés, plus pauvres aussi se débarrassaient des pandémies par la résistance individuelle aux virus obligés de regagner leur site. Aristote avait affirmé dans « la Poétique » que « l’homme se différencie des autres animaux en ce qu’il est plus porté à imiter ». Notre désir, dit René Girard, nait toujours de l’imitation de celui d’un autre pris pour modèle. La deuxième conséquence de cette hypothèse stipule que quand l’imitation devient antagoniste, apparaît le mimétisme de rivalité qui entraine un conflit potentiel entre modèle et sujet pour obtenir l’objet de leur désir commun, qui perd de son importance au profit de la rivalité qui s’accroit. Ce mécanisme entraine des répercussions sociales quand il devient la matrice de conflits conduisant au ressentiment et à la violence collective. Mais aussi et heureusement pour l’humanité l’instrument apaisant de la rivalité et au-delà la base de toute transmission culturelle. Un pas de plus et nous tombons sur la rencontre avec le « bouc émissaire », l’immonde pur, le mal à expulser en même temps sa mise à mort puis sa divinisation, prémisse au retour de l’équilibre social. Comment ce modèle pourra-t-il fonctionner dans la chute de celui de la Méditerranée ? N’est-il pas un mélange trop complexe de structures archaïques, d’intérêts personnels ou claniques, de désirs de renouveau par une société plus jeune, éduquée sur place mais aussi ailleurs ? Aspire-t-elle à emprunter la voie de la modernité inspirée par l’apprentissage des connaissances récemment assimilées et enthousiasmantes ? Se doit-elle d’enclencher les rêves du futur et l’abandon de la pauvreté, ceux des formes politiques les plus simplistes et les moins aptes à apporter le renouveau tant attendu et si longtemps contenu.