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Un gentil feuilleton

Un jeune prince en son royaume

Les tribulations d’un fils gâté

dimanche 18 octobre 2009, par Picospin

Il s’agit d’une personne qui ne doit sa réussite qu’à elle-même. Quand on parle de libéralisme, on désigne forcément les Etats Unis et le modèle américain qui permet à n’importe quelle personne de partir de rien pour créer une fortune personnelle susceptible de devenir ensuite un instrument d’ascension professionnelle et sociale.

Offre de liberté

Le libéralisme prône cette liberté offerte à tout le monde, de manière à ce que tout le monde puisse rêver de devenir un Bill Gates...Peut-on aouter à cette vision idyllique, voire paradisiaque un correctif que les adversaires de ce rêve critiquent en avançant les arguments suivants. . Dans "Self man made", il y a "self" qui veut dire que l’on peut parvenir "seul" au sommet économique ce qui voudrait dire, à l’extrême qu’à aucun moment cette personne n ’aura besoin de personne autour de lui pour collaborer à son ascension tels que des employés qui travailleront avec lui pour développer son idée et son entreprise, qu’à aucun moment, il n’aura besoin des compétences et des têtes choisies et recrutées, mises à sa disposition via les groupes et collectivités, centres d’apprentissage et de formation, d’éducation, qu’il n’aura pas besoin des relais sociaux et techniques dans la société comme les infrastructures de communication et de transport . Que serait un "self man made" dans le désert ? Ne mettre en avant que ce "self made man" n’est-ce pas nier la valeur du travail des autres ? Déjà, ces réussites exceptionnelles n’ont-elles pas eu besoin de l’assistance d’une maternité et de ses agents pour mettre au monde une création en devenir puis la développer, l’alimenter et la métamorphoser en adulte.

Jamais seul

Leur mère n’aurait-elle pas eu besoin de jours de congés pour l’élever. Ils se sont éduqués tout seul sans l’aide de professeurs. N’ont-ils pas bénéficié de l’énorme support de connaissances mis à leur disposition par une société en constante évolution, progression, et enrichissement ? « La France a plus que jamais besoin que ses élites soient conscientes de leur responsabilité éthique et sociale au service de la collectivité. » a dit le Premier Ministre. Ce n’est pas la réaction d’un dirigeant de gauche à la probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l’Etablissement publique d’aménagement de La Défense. Mais c’est l’exhortation du Premier des ministres devant les étudiants de Polytechnique. Ces derniers n’ont pas manqué d’y voir « un effet de la polémique » au sujet du fils du président de la République, Devant la promotion en grand uniforme qui a intégré la prestigieuse école d’ingénieur en 2008, François Fillon a appelé les Polytechniciens à ne jamais se « départir » de leurs « responsabilités républicaines », quelle que soit la profession qu’ils embrasseront. Puis, comme pour faire écho et amplifier les débats récents sur l’accès à de hautes responsabilités sans avoir acquis le « background » ci-dessus mentionné, le conseil est donné : « Ne cherchez pas à vous entourer uniquement des gens qui vous ressemblent ».

Ressemblances ou différences ?

Il leur a donné cette recommandation particulière, sans préciser si elle pouvait également concerner un département voisin : « Le jour venu, soyez des dirigeants éclairés et ouverts. Ne cherchez pas à vous entourer uniquement des gens qui vous ressemblent. La diversité des points de vue, des cultures, des tempéraments est une richesse pour toutes les organisations dans lesquelles vous serez amenés à exercer vos talents… La sélection n’est pas une fin en soi… Votre gloire sera celle des réussites collectives. » La secrétaire d’Etat aux sports Rama Yade a suscité la polémique en exprimant des réserves face à la fabuleuse destinée de Sarkozy junior, avant de rétropédaler. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a quant à lui renvoyé dos à dos ceux qui ont permis cette destinée et ceux qui l’ont condamnée, critiquant tour à tour ceux qui cèdent à « la tentation de la facilité, des accusations et de la personnalisation » et ceux qui cèdent à « la tentation de la faveur et de quelque privilège que ce soit ». Nicolas Sarkozy lui-même avait célébré la fin des privilèges et la réussite par le travail. La création du Lycée par Napoléon 1er, a-t-il en effet déclaré, ce fut : « un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance.

Privilèges : pour qui et pourquoi ?

Cela voulait dire que désormais ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être “bien né” ; pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur. » La secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade, a fait grand bruit avec des propos jugés critiques sur l’« affaire » Sarkozy fils. L’opinion l’a perçue comme seule membre du gouvernement à prendre ses distances. Elle accuse une dépêche abusive, destinée « à entretenir la polémique ». Ses arguments sont-ils contestables ? Avant de parler de dopage et d’autres sujets la concernant directement, Rama Yade avait répondu à trois questions sur la polémique de l’Epad. Le noeud de la controverse entre la ministre et l’agence de presse se situe après les deuxième et troisième questions suivant la première portant sur le bonheur d’être populaire dans les sondages. « Quant à cette affaire Jean Sarkozy, je rappelle que ce n’est pas encore fait, que l’élection a lieu le 4 décembre, et que cesont les élus des Hauts-de-Seine qui portent la responsabilité de l’élire ou pas, et que ils voteront en leur âme et conscience. Et ce sont eux qui devront rendre compte devant leurs électeurs. C’est à eux de prendre leurs responsabilités devant cette situation. » « On ne peut pas ignorer l’émotion que, au fond, une série de faits d’actualité ou de politique produisent sur l’opinion publique comme l’affaire Polanski et la polémique déclenchée sur les écrits de Frédéric Mitterrand qui interpellent l’opinion publique. « Et moi je pense qu’il faut que nous soyons attentifs, à cette opinion ».

Deux justices ?

Il ne faut pas donner le sentiment qu’il y a une coupure entre des élites qui se protégeraient pour lesquelles il y a une justice des puissants, et puis des petits, pour lesquels la justice est sévère. Cela risquerait de remettre en selle le Front national, et ça n’a pas tardé, ça n’a pas manqué, puisque c’est par le Front national que l’affaire a éclaté. La Ministre écrit que le titre de la dépêche « laisse penser que ces propos concernaient la polémique sur l’Epad, alors qu’ils portaient uniquement sur l’affaire Polanski ». C’est Rama Yade elle-même qui lie l’affaire du fils Sarkozy aux affaires Mitterrand et Polanski, en parlant de « série ». Même si elle évoque « la justice », qui n’entre pas en ligne de compte dans l’affaire Sarkozy fils, sa réponse et sa formule sur les puissants et les petits concernent logiquement ces trois affaires. « Il n’y a eu ni mensonge ni volonté d’entretenir la polémique. 51% des sympathisants de droite estiment que « la probable arrivée de Jean Sarkozy à la présidence du conseil d’administration de l’Epad (Etablissement public d’aménagement de La Défense) constitue « plutôt une mauvaise chose. Pourquoi le « clan du 92 », toujours emmené par Nicolas Sarkozy, prend-il un tel risque à cinq mois des élections régionales ?

Structures claniques ?

Les dessous d’une nomination qui agite l’un des plus grands quartiers d’affaires d’Europe. Peut-on parler de nomination ? Selon les textes, non. Le décret qui régit l’Epad est limpide. « Le président du conseil d’administration est élu. Il n’est pas nommé, il est élu. J’entends toute la journée sur les ondes dire que le président est nommé. Le président n’est pas nommé. Il est élu et il est choisi, c’est la loi qui le dit, parmi les élus du conseil général des Hauts-de-Seine. » Le Premier ministre se trompe car le président de l’Epad peut être élu parmi les 18 administrateurs. En analysant de plus près ledit décret, on s’aperçoit qu’il est usurpé de parler d’élection au sujet de Jean Sarkozy, vu les électeurs en question. Il serait d’abord désigné administrateur le 23 octobre par le conseil général des Hauts-de-Seine, largement dominé par le groupe UMP-Nouveau Centre-Associés dont le président est… lui-même, ce qui ne saurait devenir qu’une simple formalité. Lors du conseil d’administration de l’Epad qui devra élire le prochain président de l’établissement public, Jean Sarkozy n’aura qu’à réunir sur son nom « la majorité absolue des membres présents » pour être élu, soit au moins 10 administrateurs si les 18 sont présents, Résultat qui parait acquis d’avance puisque neuf représentent les ministères compétents et sont nommés par le gouvernement, deux -lui-même et Patrick Devedjian- représentent le conseil général des Hauts-de-Seine.

Du hasard à la certitude

Pour ne laisser aucune place au hasard, huit de ces neufs fonctionnaires ont été, à l’instigation de l’Elysée, remplacés par d’autres, estimés plus dociles ». Ce n’est pas la seule intervention du chef de l’Etat pour cette « élection ». « Un projet de décret levant la limite d’âge de 65 ans pour présider à l’aménagement de La Défense a été retoqué à l’Elysée ». Matignon avait pourtant donné son feu vert, mais cela aurait permis à Patrick Devedjian de pouvoir conserver la présidence de l’Epad, ce dont il n’était plus question dès lors que les ambitions du fils Sarkozy étaient connues. Il fallait promulguer encore une autre mesure pour assurer les résultats : pourvoir au remplacement d’une place vacante de représentant du conseil général des Hauts-de-Seine au conseil d’administration de l’Epad, ce qui a été réglé par la nomination d’Hervé Marseille au Conseil économique et social. A vouloir une nouvelle fois imposer ses volontés au pas de charge, le président de la République ne prend-il pas le risque d’aller dans le mur. Le chef de l’Etat entend quintupler la superficie du deuxième quartier d’affaires en Europe par la fusion de l’Epad (160 hectares sur les communes de Puteaux et Courbevoie) et de l’Epasa (Etablissement public d’aménagement Seine-Arche, 320 hectares sur la commune de Nanterre), ainsi que l’ajout de 300 hectares sur les communes de Nanterre et de La Garenne-Colombes.

Un grand ensemble

S’il voit le jour, le nouvel ensemble de 770 hectares devrait être baptisé Epadsa (Etablissement public d’aménagement de La Défense Seine-Arche). Le maire communiste Patrick Jarry ne prend pas de gants pour exprimer le fond de sa pensée : « Si le président de la République, qui est à la manœuvre, a choisi de présenter son fils avec une telle précipitation, il faut se demander pourquoi, car il a pris un vrai risque politique, y compris à l’international. S’il l’a fait, c’est qu’à côté de cette candidature, il y a ces deux décrets qui ont pour but de permettre à l’hypothétique Epadsa de prendre le contrôle de tout l’ouest parisien, et surtout de Nanterre qui verrait son pouvoir s’échapper sur 46% de son territoire ! Ce projet n’est motivé que par des raisons économiques, alors que nous prônons un développement raisonnable, plus conciliant avec l’humain et l’habitat. » Pour s’opposer -au moins symboliquement- à cette stratégie, Patrick Jarry s’est aussi porté candidat à la présidence de l’Epad, ne voyant pas en quoi il serait « moins légitime que Jean Sarkozy », d’autant que 70% de l’Epadsa seraient sur sa commune. Qu’une région socialiste ou une mairie communiste se prononce contre ces projets de décret gouvernemental peut sembler logique. L’affaire se complique si l’on sait que l’UMP Jacques Kossowski a également voté non, et à l’unanimité, même s’il est davantage opposé aux projets de décret eux-mêmes qu’au principe de la fusion.

Fusion et décrets

Au cas où le gouvernement déciderait de passer outre les avis négatifs et de signer les décrets, Nanterre va plaider l’inconstitutionnalité s’appuyant sur une jurisprudence du Conseil constitutionnel, disposant que c’est la loi qui organise la libre administration des collectivités territoriales. Si cette fusion ne se réalisait pas, le revers pourrait être très douloureux pour l’Epad. L’établissement public de La Défense présente de « sérieuses difficultés financières », car les capacités d’autofinancement s’amenuisent et le plan financier 2009-2016 prévoit un solde fonctionnel déficitaire de 164,2 millions d’euros à l’horizon 2017. « La fusion est faite en partie pour éponger le trou de l’Epad. Les finances apparaissent au cœur de la nomination de Jean Sarkozy. S’il atteint son but, la machine à cash que constitue l’Epad reviendra dans le giron du « clan du 92 ». Fini le temps où Patrick Devedjian annonçait vouloir « nettoyer les écuries d’Augias.

Le pire est-il à craindre ?

Président de la commission des Finances au Sénat, Jean Arthuis semble craindre le pire avec l’arrivée aux commandes de l’Epad du fils du président de la République. « Je souhaite maintenant que l’Etat soit garant du respect de ces principes. Un président du conseil d’administration de l’Epad est une personne qui est en charge de responsabilités éminentes. Les élus de Puteaux et de Courbevoie sont assis sur un tas d’or… » En 2007, devant la commission des Finances au Sénat, le président de la 7e chambre de la Cour des comptes, Christian Descheemaeker, n’hésitait pas à affirmer : « Les comptes ne sont pas sincères et fidèles. » Et le sénateur centriste Jean Arthuis ajoutait même : « Nous sommes face à des comptes en infraction. »

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les justifications à un renversement des valeurs tel que diplômes et concours s’effacent devant un népotisme qui ne se cache plus aux yeux des citoyens ?

2. Pourquoi les instigateurs de cette opération politico-financière ne prennent-ils même plus les précautions élémentaires pour la masquer aux yeux du peuple ?

3. N’est-il pas paradoxal que l’administration au pouvoir actuellement entre sur scène sans disposer de tous les justificatifs et diplômes capables de justifier et légitimer ses opérations ?

4. L’administration française était connue pour n’autoriser l’accession au moindre poste qu’à la condition qu’il ait été obtenu après concours dument certifié. Quelles sont les circonstances qui ont permis un tel retournement de situation ?

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