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Fils d’un grand médecin qui a créé la médecine française moderne

Un médecin, un chirurgien, un député ou un être humain ?

Où se loge la dignité ?

mercredi 4 mai 2011, par Picospin

A quel titre, ce médecin, député et chirurgien, se permet-il de juger un homme qui souffre dans sa chair, qui est atteint d’une maladie incurable et n’a cessé de montrer son courage devant l’adversité d’une pathologie grave, rapidement mortelle comme l’énonce un des articles de la charte des soins palliatifs.

Une lutte sans issue

Dans cette perspective, le malade a préféré prendre le mal à bras le corps et lutter jusqu’au bout contre son issue. Que devant ce courage, cette exhibition de la foi en la vie, on éprouve des réactions aussi hostiles et peu humaines que celles énoncées par un « grand » homme de l’art médical, un « grand patron » laisse pantois et jette sur son éventuelle capacité de compassion une ombre que même le soleil actuellement si brillant ne saurait lever. Donner l’exemple, lutter pour la vie ne fait apparemment pas partie des caractéristiques de l’homme fort qu’apprécie ce descendant d’Hippocrate et membre d’une Assemblée française. La question serait plutôt de se demander à quel motif intime correspond cette réaction disproportionnée à la souffrance de l’autre. S’agit-il du rejet de la mort comme c’est parfois le cas chez les médecins qui n’osent pas entrer dans la chambre d’un mourant.

Etre pour la mort

Au delà de l’être pour la mort défini par Heidegger c’est sa propre disparition qui lui est renvoyée. On a souvent cité cette attitude de certains médecins face à la fin de vie. Beaucoup d’entre eux la nient. D’autres préfèrent se divertir en attendant sa survenue, s’approchant ainsi des pensées de Pascal à propos de la tendance pour l’homme d’éluder, de rejeter à plus tard la finitude et l’inéluctable. Ces réflexions et l’allusion à l’anecdote des scènes présentées à l’Assemblée Nationale risquent de jeter le trouble devant le peuple médusé d’avoir élu un groupe d’hommes et de femmes auxquels est attribué un caractère sacré car représentant le pays des droits de l’homme et autrefois l’humanisme et la dignité, à l’image des fondateurs de la médecine du monde de Louis Pasteur à René Leriche, d’Henri Mondor à Ambroise Paré.

Paroles médiocres d’un "grand" Patron

C’est bien la première fois que l’on assiste au spectacle désolant d’un homme appartenant au service de santé de la nation critiquer du haut de sa stature de grand professeur l’héroïsme d’un cancéreux luttant pour sa survie et offrant l’exemple d’une force de caractère peu commune. Un exemple à offrir à tous ceux qui désespèrent de ne pouvoir offrir autant et qui se désolent au sein de leur solitude. On soupçonne le député chirurgien d’exiger de l’autre une dignité que lui-même a du mal à assumer ce qui par effet de miroir le rend si agressif et si peu humain envers un des siens.

Opposition visible

A moins de considérer que puisqu’il se situe dans l’opposition visible, ne serait-ce que par le port régulier de sa veste pourpre, il n’appartient plus au monde des vivants. En ce cas, ce dernier ne serait plus composé que des habitants des beaux quartiers puisque l’adversaire politique n’a pu faire autrement, par statut et conviction que d’habiter dans le grand nord de Paris, au milieu des réprouvés, des pauvres et des laissés pour compte.

Questionnement éthique :

1. Faut-il prendre des précautions en faveur de l’humain lorsqu’il est menacé par les avancées de la science et plus encore par la suprématie du paraitre sur l’être ?

2. L’auteur des paroles définitives sur la maladie d’un patient qui n’est pas le sien mais dont le corps appartient à tout le monde en raison de son exposition au peuple a-t-il respecté la signification psychique de la maladie pour lui ?

3. Les ayant prononcées après le décès de son collègue, a-t-il respecté la dignité de sa personne en tant qu’être autrefois vivant et maintenant disparu ?

4. La tâche du médecin quel qu’il soit n’est-elle pas, au nom du respect des personnes, de mesurer l’effet de ses paroles sur l’entourage proche et lointain ?