Une question sérieuse ?
Pour le sujet qui nous préoccupe, il semble que la question soit plus sérieuse puisqu’elle a mérité puis justifié des recherches approfondies sur la fonction de désintoxication du foie, dont on sait depuis longtemps qu’il sert à « métaboliser » les produits de déchets de l’organisme qui ne se réduisent pas seulement à ceux de l’alcool ou de sa consommation excessive. Situé sous le diaphragme, dans la partie supérieure droite de l’abdomen, le foie est le plus gros (jusqu’à 2 kilogrammes) et le plus important organe métabolique et la plus grande glande du corps humain. Il est formé de deux grands lobes et de deux petits lobes hépatiques. Le foie élabore de nombreuses substances essentielles à la vie comme par exemple l’albumine, la principale protéine du sang, des facteurs de la coagulation sanguine ou encore la bile, une sécrétion importante entre autres pour la digestion des graisses et qui est libérée dans l’intestin grêle après avoir été stockée dans la vésicule biliaire. En outre, le foie utilise les acides aminés et d’autres substances nutritives qui lui parviennent du tube digestif par la veine porte. Mais le foie a aussi une fonction de « désintoxication » en débarrassant l’organisme de substances toxiques – produites ou non par le corps lui-même – comme l’alcool par exemple.
Désintoxication
Il est capable de stocker de grandes quantités de glycogène (forme de stockage du sucre sanguin/glucose) pour le libérer plus tard dans le sang sous forme de sucre. Le foie contribue ainsi à maintenir un taux de glycémie constant, indépendamment de la prise de nourriture. Enfin, il participe aussi à la lutte contre les agents pathogènes, en particulier ceux provenant des intestins. Pour remplir toutes ces fonctions, le foie a besoin d’une irrigation sanguine supérieure à celle de la plupart des autres organes et consomme à lui tout seul un cinquième à un quart de l’oxygène disponible dans l’organisme. Le sang riche en oxygène parvient au foie par l’artère hépatique qui contribue à environ un quart de l’apport sanguin du foie. Les trois autres quarts proviennent de la veine porte qui transporte aussi vers le foie des substances nutritives en provenance de l’estomac et des intestins, des produits de dégradation de la rate ainsi que des hormones sécrétées par le pancréas. Prométhée est toujours vivant : des biologistes américains ont annoncé, dimanche sur le site Internet de la revue Nature Medicine, qu’ils étaient parvenus à obtenir des souris transgéniques dont le foie ne vieillit pas. Pour ce faire, des chercheurs du Albert Einstein College of Medicine, Université Yeshiva à New York ont travaillé sur des mécanismes moléculaires qui, au sein des cellules, assurent l’élimination des protéines altérées. Ces mécanismes fonctionnent notamment grâce à des types de protéines dites "chaperonnes" qui présentent la particularité de se lier à d’autres protéines qu’elles accompagnent et surveillent comme des chaperons. Les chercheurs se sont intéressés aux "chaperonnes" qui s’accrochent aux protéines dont la structure a été modifiée à la suite d’un stress thermique ou oxydatif, avant de les accompagner vers leur dégradation.
Accrochages
Celle-ci se produit après leur fixation à la surface des lysosomes, organites intracellulaires comportant de nombreux enzymes qui assurent cette fonction. D’une certaine façon, les "chaperonnes" mettent à la poubelle les protéines endommagées. Des travaux antérieurs avaient permis à la même équipe d’observer que les processus de vieillissement s’accompagnaient d’une diminution des récepteurs présents à la surface des lysosomes, ce qui avait pour effet de réduire peu à peu le flux d’élimination des protéines altérées. En quelque sorte, l’accès aux poubelles se réduisait et les "déchets" s’accumulaient au sein de la cellule. Ces biologistes ont donc créé des souris dans le génome desquelles un gène assure, uniquement dans les cellules du foie, une production accrue de récepteurs à la surface des lysosomes. Ce gène a été activé
quand les souris eurent atteint l’âge de 6 mois, soit au moment où les "éboueurs" ont commencé à avoir moins souvent accès aux poubelles. Les chercheurs ont alors observé qu’à l’âge de 22 et 26 mois (ce qui équivaut, chez l’homme, à 80 ans), les souris transgéniques avaient une fonction hépatique aussi performante que celle de souris de 6 mois. Les auteurs de cette étude estiment avoir apporté la preuve qu’il est possible d’agir sur les processus de vieillissement liés à la réduction des mécanismes cellulaires de dégradation des protéines altérées, ce qui permettra, peut-être, d’"aider à jouir (ou à profiter comme on dit couramment) d’une vieillesse en bonne santé".
Protection contre les processus neurodégénératifs
Ils annoncent que la prochaine étape de leur recherche consistera à appliquer leur procédé au système nerveux central, sur des modèles animaux, des maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Leur hypothèse est que l’amélioration de la fonction d’élimination des protéines altérées pourrait retarder ou prévenir l’apparition des processus neurodégénératifs. "Depuis quinze ans, on s’est aperçu que de petites modifications dans les modalités de réparation, de déconstruction, de reconstruction et de consommation d’énergie du corps peuvent prolonger, chez différentes espèces animales, la durée de vie et de jeunesse de l’organisme de plus de 30 %. Ici, c’est la durée de la période de "jeunesse" du foie, qui a été allongée. D’autres travaux rapportent la transformation de cellules de la peau de personnes âgées en cellules souches "jeunes" de type cellules souches embryonnaires." A ces trois échelles - un organisme, un organe, des cellules -, des frontières considérées comme irréversibles, des équilibres établis par hasard, depuis longtemps, au cours de l’évolution, peuvent être modifiés. Ce qui se dessine, c’est probablement le début d’une nouvelle révolution dans la compréhension du vivant.
Questionnement éthique :
1. Est-il éthique de poursuivre des recherches scientifiques sur la prolongation indéfinie de la vie ?
2. Doit-on subventionner des recherches visant à débarrasser l’organisme des déchets accumulés par les excès d’absorption d’alcool, de graisses et autres substances toxiques générées par le manque élémentaire de respect à l’hygiène alimentaire ?
3. Peut-on envisager que la demande vers une vie "saine" puisse être indéfinie ce qui conduirait immanquablement à une exigence de plus en plus prégnante de la société visant à assurer une bonne santé prolongée ?
4. Comment la société pourrait-elle financer ce désir de l’être humain de vivre indéfiniment ?
