Ethique Info

Accueil > Sciences > Un nouveau dragon s’apprête-t-il à avaler la terre ?

Des dragons et des monstres

Un nouveau dragon s’apprête-t-il à avaler la terre ?

Les aventures du "Large Hadron Collider"

lundi 7 avril 2008, par Picospin

D’où vient-elle ? non comme vous pourriez le croire de la part de quelque hurluberlu caché dans une caverne, même si elle s’agissait de celle de Platon, d’où seraient émises des prophéties à la Cassandre, mais bien d’authentiques scientifiques – à ce qu’ils affirment – américains qui des plages et cocotiers des îles Hawaï annoncent que les sorcelleries européennes du CERN destinées à lancer des protons à partir de Genève seraient susceptibles de créer des trous noirs lesquels pourraient bien avaler, tel la gueule d’un dragon non seulement la terre mais même tout l’univers.

Des savants reconnus mais lointains

Il va de soi que cette hypothèse venant de la part de personnalités reconnues mérite méfiance mais néanmoins considération. Il va de soi aussi que je n’ai pas vérifié personnellement l’authenticité des diplômes acquis par ces prodiges. Il n’en reste pas moins vrai que leurs affirmations risquent d’en troubler plus d’un car il est bien reconnu qu’il est plus difficile de prouver qu’une chose n’existe pas que de montre qu’elle existe. De quoi s’agit-il en réalité ? Les physiciens attachés à cet institut de recherche européen qui s’appelle Centre Européen de Recherche Nucléaire travaillent à la fabrication, au développement et à la mise en route d’une machine à créer des collisions entre les protons ou plus exactement à recréer les conditions et par là même à fabriquer les énergies qui se sont produites à plusieurs milliards de fractions de secondes juste après la fameuse explosion du big bang. Nos chercheurs veulent explorer et passer au crible les débris résultant de cette nouvelle création pour disposer d’indices sur la nature de la masse et des nouvelles forces et symétries de la nature. Ils ont minimisé les risques de voir la machine infernale en cours de fabrication produire, au milieu d’autres horreurs un mince trou noir capable, d’après eux, d’avaler toute la terre.

Des trous noirs

Cette hypothèse soulève la question de savoir comment faire pour estimer les risques provenant d’une nouvelle invention fondamentale et d’expériences originales et comment désigner la ou les personnes chargées de décider si l’on doit continuer dans cette voie ou s’il vaut mieux arrêter la recherche. La plainte déposée vers la mi Mars à Honolulu vise à obtenir une restriction temporaire interdisant au CERN de se servir de l’accélérateur au moins jusqu’au moment où l’organisme européen serait capable de produire une pièce témoignant de la sécurité des procédures. Quel effet peut engendrer cette plainte contre un laboratoire européen qui serait obligé de se rendre à un procès si loin dans les merveilleux lagons bleu verts du Pacifique ? Pourquoi aller si loin alors que les laboratoires américains qui sont associés à cette recherche en fournissant les pièces magnétiques nécessaires aux opérations pourraient interrompre la recherche de toute façon. A cette argumentation, l e responsable de la communication à Genève rétorque qu’il ne voit que difficilement comment une juridiction placée si loin de la Suisse aurait pouvoir de juger d’un cas qui se déroule à des milliers de km. Quels sont les nouveaux arguments qui permettent d’affirmer que la recherche entreprise en Europe est dangereuse ?

Recherche dangereuse ?

L’institution se livre à une propagande éhontée affirment les plaignants pour démontrer en exhibant de multiples rapports que la sécurité des opérations a été confirmée à plus de trois reprises ce qui n’aurait pas empêché une autre institution d’être chargée d’un autre rapport pour confirmer les 3 premiers. La possibilité, même improbable qu’un trou noir soit capable d’avaler la terre est une affaire trop sérieuse et trop grave pour qu’on lui accorde crédit sans en vérifier la réalité ou l’erreur. L’un des protagonistes de cette affaire a de sérieux antécédents puisque c’est lui qui avait déjà poursuivi un Laboratoire américain en 2000 sur les mêmes argument en prétextant sa dangerosité alors que ce système a fonctionné depuis plus de 8 ans à la satisfaction de tous et en particulier à celle du site incriminé. A l’appui de l’absence de toute nuisance susceptible de provenir du « Hadron Collider » de Genève, des scientifiques de renom affirment que toute ce qui pourrait arriver avec cet instrument est du même ordre que ce que l’on peut constater 100.000 fois par jour en provenance des rayons cosmiques. La seule différence réside dans le fait que les fragments issus de rayons cosmiques vont traverser la terre lors de leur rencontre avec elle à la vitesse de la lumière sans faire de mal.

Des collisions périlleuses ?

Cependant tout ce qui aura été créé lors du choc frontal dans la machine à créer des collisions restera dans un état stable par rapport au laboratoire, restera sur place ce qui pourrait être à l’origine de dommages et d’une répercussion sur le système en cause. Les nouveaux soucis que se font les chercheurs se situent au niveau des trous noirs, selon une récente évolution sur la conception de la théorie des cordes, qui pourraient se former sur le « Collider » et de ce fait absorber le globe terrestre. Si l’on se fie à la théorie de la physique quantique, les risques que quelque chose d’important survienne sont minuscules. C’est comme si l’on supposait que l’instrument du CERN puisse fabriquer des dragons capables de nous manger.

Une terre peuplée de monstres et creusées par des cavernes

Nous voici revenus au temps de l’antiquité lorsque les populations étaient hantées par les histoires qui ont été racontées à propos des dieux et des divinités qui ne cessaient d’accoucher de monstres de se manger mutuellement, de recevoir les crachats enflammés des dragons, de voir naître des créatures sorties de la légende et des mythes. La Terre, mère universelle donna naissance à des créatures dont certaines étaient des monstres ressemblant à celles qui avaient vécu autrefois sur elle. Leurs formes étaient bizarres, leur taille gigantesque comparable à celles d’énormes lézards, de mammouths mais plus souvent encore comme des hommes aux allures inhumaines, dotés d’une force irrésistible comme celle des tremblements de terre, des volcans ou des ouragans. Leur puissance était énorme, capable de vider les mers et de soulever les montagnes. Qu’y a-t-il d’étrange dès lors que les collisions des particules ressemblent aux assauts furieux d’armées en guerre ou que des rencontres aient eu lieu entre des cyclopes à l’unique œil frontal, contre lesquels pouvaient s’élever les Titans protecteurs et bienfaisants. Dans l’éventualité qui est présentée ici par « éminents » savants le « collider » comme un monstre malfaisant est capable de creuser des trous noirs dans l’espace, de cacher dans le tréfonds d’une terre qui se vide de sa substance et où se déploient des figures monstrueuses tapies dans les grottes à l’instar de celle de Platon ?

Questionnement éthique :

1. Faut-il se méfier de la science au point de contester juridiquement des travaux de recherche en cours visant à reproduire les phénomènes physiques survenus lors des premiers instants de la formation de l’Univers ?

2. Peut-on penser que les intentions des scientifiques qui veulent intenter un procès sont absolument pures et qu’elles ne cherchent pas à perturber le programme de recherche d’un éventuel "rival" ?

3. La supposition des physiciens d’Honolulu n’est-elle pas outrancière puisqu’elle comporte l’hypothèse fort invraisemblable de la formation d’un trou noir engloutissant la terre sinon l’Univers à la suite des collisions produites par la machine du CERN ?

4. On dit souvent qu’il est plus difficile de démontrer ce qui n’existe pas que ce qui existe ? N’est-ce pas le cas qu’illustre cet exemple ?

Sources :

Overbye D. Asking a Judge to Save the World, and Maybe a Whole Lot More. The New York Time, 5 avril 2008.
Hamilton E. La Mythologie. Marabout. Alleur 1998.