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Un nouveau regard sur les progrès réalisés dans les maladies du cerveau dues à l’addiction

jeudi 4 février 2016, par Picospin

Cette vision peine à être acceptée sans critique. La raison en est que, dans ce type de pathologie, on observe des comportements aberrants, impulsifs et compulsifs, tous caractéristiques de l’addiction. A cause ou malgré ces dernières, l’addiction n’a pas été ou pas encore été clairement liée à la neurobiologie. Cet article se propose de traiter les progrès réalisés dans la connaissance de la neurobiologie de l’addiction pour éclaircir les mécanismes des liens révélés entre l’addiction et les fonctions cérébrales et d’approfondir la compréhension de l’addiction considérée sous l’aspect d’une pathologie du cerveau.

Première Partie

C’est dans cette perspective que nous nous centrons sur :
1. les processus de désensibilisation des circuits de la récompense qui amortit la capacité de ressentir du plaisir tout en poursuivant les activités journalières,
2. la vigueur des réactions aux conditions de vie et en particulier des réponses aux stress.
Tous provoquent une intensification du désir d’alcool ou d’autres drogues et de sensations négatives quand ces besoins ne sont pas satisfaits. S’y ajoute un affaiblissement des fonctions situées dans les régions du cerveau impliquées dans les prises de décision, la maitrise des interdits et des régulations des autonomies risquant de mener à des récidives. Ces commentaires s’adressent également aux manières dont l’environnement social, les étapes du développement individuel et la génétique influencent la vulnérabilité et la guérison. Dans cette pathologie, la recherche en neuroscience offre de nouvelles perspectives pour la prévention et le traitement des addictions aux substances et aux comportements à risque dans le jeu, le sexe ou l’alimentation. Elle devrait aussi améliorer notre entendement des processus biologiques fondamentaux impliqués dans la maitrise des comportements.

Conséquences pratiques

Cette étude est d’autant plus importante dans ses conséquences pratiques et médicales que partout dans le monde, spécialement aux Etats-Unis et en France, des millions de personnes sont atteintes d’une addiction à l’alcool et aux autres drogues. Dans ce bilan, ne faut-il pas accorder une mention spéciale au difficile problème de l’insertion du cannabis dans la pharmacopée ? Cette question ne cesse d’être remise sur le tapis en raison des opinions contradictoires exprimées au sujet des bienfaits ou effets nuisibles éventuellement provoqués par la libéralisation de la vente de ce produit ou au contraire par son interdiction. Après des années d’errements et d’indécision sur les mesures à prendre dans ce domaine, il apparait de plus en plus clairement qu’il vaut mieux considérer l’addiction comme une maladie du cerveau acquise. Cette nouvelle classification a conduit à des typologies de prévention et traitement plus efficaces et à une information plus pertinente à l’attention du grand public sur la politique de santé.

Des changements

Ces changements d’orientation se sont accompagnés de la mise en route de nouvelles instances dans les domaines de la couverture des frais de santé consistant en alignement de ces maladies sur les autres pathologies. Les sanctions seront réduites pour les pourfendeurs des lois à condition de rester non violents. La réduction des durées d’incarcération devrait augmenter la sécurité publique car les patients qui nécessitent une thérapeutique suivie pour des délits relevant de phénomènes addictifs devraient bénéficier d’une amélioration plus rapide et plus complète de leur état et d’une réintégration plus complète dans la vie sociale pour peu qu’ils reçoivent des soins mieux suivis, mieux coordonnés et plus efficaces. Ces avantages n’indiquent pas qu’un accord unanime soit trouvé sur la taxonomie de ces pathologies. Le concept d’addiction en tant que pathologie cérébrale soulève des défis profondément ancrés dans les valeurs telles que l’autonomie et la responsabilité qui relèvent de la volonté de réaliser un acte proche de l’hédonisme.

L’opprobre

Cette attitude doit-elle mériter l’opprobre envoyé à un acte considéré comme criminel plus que le geste d’un pardon à un acte irresponsable ? L’autre critique adressée à cette hypothèse consiste à insister sur l’absence de toute preuve en faveur de l’origine génétique de cette pathologie et la difficulté d’expliquer les innombrables cas dans lesquels la guérison est obtenue en l’absence de tout traitement. Des mécanismes biologiques sont supposés intervenir au moins dans les symptômes relevant des difficultés dans les prises de décision et les déséquilibres affectifs si souvent observés dans l’addiction. Cette voie physiopathologique incite à élargir les causes de l’addiction dans d’autres domaines comme celui de l’obésité, des paris, du jeu, de l’obésité ou de l’assuétude à regarder la télévision, à rester planté devant les écrans sans pouvoir se départir de cette manie.

Intoxication

Toutes les addictions dues à des produits toxiques procurent des récompenses émises à partir des régions cérébrales destinées à sécréter de grandes quantités de dopamine. Ces augmentations quantitatives déclenchent des signaux de récompense qui à leur tour facilitent l’entrée en fonction d’une meilleure capacité dans l’apprentissage ou de toute forme de comportement du même type. C’est un apprentissage de type pavlovien dans lequel les expériences répétées de récompense sont associées aux stimulations envoyées auparavant par l’environnement. Recevant des signaux répétés de récompense, les cellules dopaminergiques cessent de stimuler non pour répondre à la récompense mais en tant que réaction anticipée aux stimuli. Ces derniers se comportent comme agents prédisant les sécrétions des produits apportant avec eux les messagers de la récompense.

Quel mécanisme ?

Ce mécanisme implique le même processus moléculaire que celui qui renforce les connexions synaptiques au cours de l’apprentissage et de la mise en route des fonctions de la mémoire. Dans cette perspective, les stimuli délivrés en même temps que l’usage des drogues, les circonstances de leur absorption, les personnes ayant participé à cette intoxication et la situation mentale dans laquelle se trouvait la personne avant d’avoir procédé à cette prise de drogue s’unissent pour formaliser, produire, favoriser la production rapide grandes quantités de flux de dopamine. Ces derniers déclenchent une frénésie irrépressible pour la drogue, motivent les comportements des personnes ressentant de l’addiction pour le produit et finissent par provoquer des crises d’intoxication paroxystiques. L’évolution ultérieure de ces effets se caractérise par une dépendance profondément enfouie qui se déploie à nouveau bien après la fin de l’addiction, et malgré les menaces d’enfermement ou autres sanctions. Les produits responsables de conduites addictives contournent les sensations de satiété. Ce procédé favorise l’augmentation continue des niveaux de dopamine.

Explication

Ce mécanisme explique les raisons pour lesquelles les personnes soumises aux addictions de manière compulsive sont des candidats plus fragiles que ceux qui absorbent des drogues pour rechercher une récompense naturelle. Il rend compte aussi du fait que les récompenses naturelles, saines perdent rapidement leur pouvoir envers les motivations de l’addiction. Dans cette circonstance, les systèmes de récompense et de motivation se réorientent sur le produit qui assurera la libération maximale de dopamine. Les personnes soumises à l’addiction le sont pour un des signaux déclenchés par un produit donné. C’est un des raisons pour lesquelles l’addiction modifie l’humeur, les motivations et les comportements.


La deuxième partie de cet article sera publié la semaine prochaine