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Quels moteurs pour quels usages ?

Un problème éthique ? Gaz d’échappements dans les rues de nos villes

Un lent empoisonnement ?

mardi 5 avril 2016, par Picospin

On ne sait si les acquéreurs en raffolent mais cette situation de domination commerciale persiste depuis longtemps. Cette spécificité reste tricolore comme le sont les voitures équipées de boites de vitesse manuelle et l’entrée du pays dans l’énergie nucléaire qui ne cesse de faire débat depuis que des informations pessimistes circulent sur les couts susceptibles d’être imposés par la modernisation, l’entretien et la sécurisation des centrales vieillissantes.

Alerte

Ne pouvant guère se soustraire à la nécessité d’alerter l’opinion publique ou au moins d’attirer l’attention sur des éléments de risques pathogènes dans le domaine des bronches, des voix se sont faiblement levées pour aborder le difficile problème des actions mutagènes et génotoxiques sur l’ADN, susceptibles d’être induites par les émissions diesel aussi bien chez le rat que chez l’homme.

Du rat à l’homme

Comme le rat vit au ras du sol, il est probable, sinon possible qu’il soit plus souvent affecté par des émanations gagnant directement son arbre bronchique. L’homme dans sa voiture ou sa station verticale pourrait être un candidat moins fragile à l’atteinte des voies respiratoires par les gaz d’échappement. Les voix sont devenues fluettes quand elles devaient exprimer des craintes, l’angoisse, au moins l’inquiétude devant l’emprise maléfique des automobiles diesel - au moins dans la circulation des grandes villes - sur une population en contact prolongé avec cette source possible de cancer.

Ouvrir une ombrelle ou un parapluie

Pour que le parapluie s’ouvre en grand au-dessus de cette menace, une quarantaine de scientifiques des universités ou des organismes de recherche publics avaient été réunis par le CNRS, avec pour mission de produire une expertise collective sur le sujet. Ce genre d’expertise a généralement une fonction de conseil pour la conduite des politiques publiques. Elle explore l’ensemble des aspects d’un sujet donné et son poids scientifique est très supérieur à celui d’une étude isolée. Plusieurs comités (sur la combustion des hydrocarbures, sur la toxicologie, l’aérologie, l’épidémiologie) ont ainsi été constitués en vue de réaliser l’expertise.

De l’expertise aux conclusions

Après plusieurs années de travail, le document finalisé en septembre 1997, avait suggéré la nécessité, sinon l’obligation, d’équiper tous le véhicules de filtres. Cette solution risquait de compromettre l’économie de l’industrie automobile. Devant une telle menace, les responsabilités se sont diluées dans le magma des non-dits, des silences, des métaphores, de l’omerta, sans cibler le véritable sujet de santé publique se cachant derrière les alertes et révélations publiées par des organes de presse scientifique aussi crédibles que « Nature ». Un communiqué associe les industriels à l’affaire. Le CNRS, les constructeurs automobiles, les représentants des pétroliers ont poursuivi leur investigation, en partenariat avec l’Institut national de recherche sur les transports et l’INSERM. Après la constitution d’un groupe de travail un rapport final a été adressé aux industriels. Il n’est pas resté lettre morte si l’on en croit les progrès accomplis depuis ces recherches et investigations sur les pots catalytiques. Des éléments essentiels continuent pourtant de manquer au dossier.

Traces introuvables

Ce sont les traces des enquêtes et débats qui auraient du subsister dans les archives du CNRS ou de l’INSERM et qui restent introuvables. Ces disparitions suggèrent-elles un manquement à l’éthique ? Le romancier Imre Kertész, prix Nobel de Littérature ne s’y est pas trompé quand, revenu des camps de la mort, il écrit un roman qu’il nomme « conséquence éthique » de la Shoah. « C’est comment, dans un univers concentrationnaire, un adolescent pouvait être méthodiquement spolié de sa personnalité naissante. C’est l’état dans lequel vous vous trouvez lorsqu’on vous a confisqué jusqu’à l’idée même de votre histoire.

Du manquement possible à l’éthique à l’entrée en lice d’un Prix Nobel

Un état où il est interdit de se confronter à soi-même. Tout le défi du roman consistait à inventer une langue qui lie ces notions et indique une existence verrouillée. " S’il lui était interdit d’être confronté à lui-même, il l’avait été à « l’Étranger » de Camus lorsqu’il avait atteint l’âge de 25 ans. Cette lecture devait lui inspirer une réflexion sur lui-même par le fait qu’étranger était devenu en hongrois indifférent, au sens de détaché du monde et de lui-même mais aussi affranchi au sens d’homme libre, imperméable à toute sorte de prose, sociale ou littéraire : voilà ce qu’aura été Imre Kertész toute sa vie. Ce fut en tant qu’écrivain se présentant comme quelqu’un qui, " du nazisme au stalinisme, aura accumulé suffisamment de savoir intime sur la dictature " pour la traduire en une expérience créatrice. « Une œuvre où " l’affect " de l’Histoire est aussi présent que la mémoire des crimes.

Des destins

Où l’écrivain cherche à cerner comment l’un et l’autre façonnent nos destins, fût-ce à notre insu. Une œuvre où l’humanisme triomphe toujours, du moins sur la page. Et où la notion de liberté rejoint toujours celle du langage. "Briser de l’intérieur les limites de la langue ", voilà l’objectif que s’était imposé Kertész ». Pour lui, l’écriture n’est pas seulement " une technique de survie ", une manière d’échapper au " bourbier de l’inexistence ". C’est aussi un acte de résistance profondément éthique. " Dans les sociétés totalitaires, le “consentement au meurtre” va de pair avec le renoncement à la vérité, le culte de son illusion (sous la forme d’un dogme imposé) et les ruses du mensonge organisé. Le langage ainsi livré à la puissance de ceux qui ont tout pouvoir de le manipuler est d’abord un enfermement. " Kertész s’est toujours appliqué à étudier la façon dont s’élabore la langue de toutes les dictatures.

Une brèche

Écrire consiste pour lui à " ouvrir une brèche à travers laquelle luit l’étincelle d’une liberté possible ". Dans son « Journal de galère » il cite la phrase de Lao Tseu " Non pas vivre en esclave de son avenir " mais " dans la liberté infinie de sa finitude ". Même s’il peut paraître dérisoire de comparer les souffrances des déportés dans les camps de la mort au simple manque de respect de la santé de la population à l’occasion d’un déficit flagrant d’éthique, celle-ci continue de justifier la considération des hommes libres, y compris ceux qui ont perdu la liberté pour revêtir les ornements des déportés avant de disparaître dans les flammes des fours crématoires.

L’homme sans destin

Car ces derniers ne sont pas de « simples accidents de l’histoire » mais un fait qui illustre " l’ignominie rouge ", sa chute, son rétablissement – les événements qui jalonnent l’avènement de " l’homme sans destin " au XXe siècle et qui « représente le plus grand fiasco imaginable des idéaux de l’humanisme ». « Ils rappellent, comme une tumeur dans la mémoire, que la " réduction de la vie humaine à une vie végétative " est toujours possible, alors même qu’ici et là, détournant la tête, la plupart des hommes et des femmes de ce temps, quels que soient leur niveau d’éducation et leur attachement à ces idéaux choisis, continuent de faire des enfants, de vaquer à leurs occupations et de se distraire. » « On ne connaît pas de crimes dont leurs auteurs n’aient pas trouvé quelque alibi moral à invoquer pour les justifier, la “vie éthique”, qui a pour principe de se retourner contre la vie (et parfois de la détruire), est d’emblée suspecte.

Besoin d’éthique

" Jamais le besoin de cette " transcendance humaine " que signifie " l’éthique " n’a été aussi manifeste parce que l’homme est dépossédé de son existence et que cette dépossession est liée à la possibilité du meurtre. Il n’est pas de tâche plus urgente pour lui que de répondre à l’exigence " éthique " de " faire ou de refaire de sa vie sa propre vie. C’est la possibilité pour lui - parce qu’il est soumis aux pressions de la société totalitaire - de se réapproprier l’histoire commune en même temps que sa propre existence. Celle-ci consiste à parvenir à exister comme " singularité " envers et contre tous les spectres meurtriers du passé et la terreur du présent. Cette dernière peut ne pas avoir été imposée quand notre singularité s’oppose à des formes d’existence imposées par d’autres comme peuvent l’être les utilisations des gaz toxiques rejetées par certains types de moteurs automobiles. A nous de la réapproprier par l’éthique, seule chance de survivre dans un monde qui fait de la collectivité une folie aussi bien qu’une arme de destruction intime.

Inquiétude

Comme toute éthique, elle est menacée, exposée à toutes les formes d’hostilité décrites dans le roman "Le Refus", objet d’incessante inquiétude et qui constitue la quête de toute une vie. Peut-on trouver une plus juste approche de l’éthique qui tourmente l’homme de bien à la recherche permanente de son application sous le regard angoissé de l’inquiétude pour autrui. C’est en définitive le lien souverain qui rapproche les hommes dont ils cherchent désespérément à se débarrasser pour se libérer des chaines qui entravent et donnent l’impression de freiner l’exercice des libertés comme celles des affects.

Fonder la rationalité de l’éthique

A cette conception s’oppose la nécessité d’une fondation rationnelle de l’éthique. Le risque de destruction par la guerre et encore plus par les techniques modernes, loin de se limiter à des microsphères et des champs particuliers, concerne l’existence de l’humanité entière. La technique industrielle conduit à une problématique universelle à partir de laquelle toute l’écosphère humaine est menacée. Désormais, les problèmes éthiques liés à une responsabilité collective se posent dans leur urgence à l’échelle planétaire. Une fondation de l’éthique s’impose dès lors que science et technique opèrent dans un champ universel.


Pour en savoir plus, consulter le site Herbert Geschwind