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L’or du Rhin

Un prodige sur les bords du Rhin

Un professeur enseigne au bord de l’eau

vendredi 3 avril 2009, par Picospin

Etait-il convenu, intentionnel, programmé que l’atterrissage eut lieu sur cette terre tant de fois disputée et qui pouvait, avec plus de bonne volonté, moins de cristallisation et moins de crispation sur les nationalités devenir une terre d’accueil pour tous les Européens, un champ d’activité consacré à la paix et à la bonne entente entre les nations en général et entre l’Allemagne et la France en particulier ?

Gesticulations hitlériennes

Si cette mesure avait été prévue depuis longtemps et si elle avait pu entrer dans les mœurs, les gesticulations de Hitler auraient été totalement inefficaces car, devant le fait accompli, sa voix rocailleuse qui prononçait les paroles avec l’accent roulant autrichien se serait enrouée et malgré les hauts parleurs n’aurait jamais pu atteindre le coeur, la fibre nationaliste germanique tendue par l’attente de l’arrivée au pouvoir du parti nazi. C’est donc une belle occasion de faire la paix au lieu de la guerre qui a été manquée par les responsables de la politique étrangère aussi bien en Allemagne qu’en France. Cet infime morceau de planète situé sur un fleuve qui lie sans séparer aurait pu servir de magnifique théâtre d’opération non pour y massacrer des adolescents, puis des enfants, finalement des gens âgés se dirigeant vers la vieillesse puisqu’il se trouvait situé près d’une région où l’on se plaisait à célébrer les héros mythiques de l’Allemagne, dieux élevés dans les forêts du nord, grandis près des sapins centenaires. Un certain Richard Wagner, adulé par les uns, honni par les autres arrosait de sa musique aux accents spécifiques ce couloir d’eau sur lequel ont évolué tant de remorqueurs qui se sont servis des canaux pour traverser régions agricoles et industrielles riches d’imagination, de constructions, de vignobles dont le parfum, le bouquet et la saveur, la diversité ont souligné la pluralité d’une région si souvent disputée et dont les qualités auraient du attirer plutôt que repousser les prédateurs qui voulaient s’en emparer à leur seul profit.

Wagner

Un musicien de génie borda ce fleuve symbolique d’une frontière qui aurait du s’effacer et se fondre plutôt que se hérisser de défenses, de canons, de fortifications, tous édifices qui avaient mieux compris que les homme quelle force d’attraction cet ensemble pouvait représenter pour souder et accoler deux nations en construction. Une bénédiction était indispensable pour unir par quelque lien, quelques anneaux, comme ceux du mariage, les peuples vivant de part et d’autre de l’artère remplie du sang des soldats qui se sont mutuellement assassinés pour l’honneur, ce Rhin qui représente la voie navigable intérieure la plus importante du monde et qui a grandement influé sur l’histoire, la culture et l’économie européennes, de l’époque romaine à nos jours. Ce torrent alpin s’engouffrant dans des gorges profondes, le Rhin présente un régime nivo-glaciaire dont le débit maximal se situe au printemps et en été. Il est formé dans les Alpes suisses par la réunion du Rhin antérieur et du Rhin postérieur, qui prend sa source dans le massif de l’Adula, non loin du col de San Bernardino. Cette région se situe en grande partie au-dessous du niveau de la mer, mais la construction de digues contribua à en faire l’une des régions économiques les plus importantes et les plus densément peuplées du continent. Cependant, le fleuve devient de plus en plus enclin aux crues ? ; en janvier 1995, 250 000 personnes furent évacuées alors que le Rhin menaçait de rompre ses digues en aval de Nimègue. Rotterdam, le premier port d’Europe continentale, est situé à proximité de l’embouchure du fleuve et le transbordement des bateaux de mer et fluviaux constitue sa principale activité. Une création aussi riche, reliant des contrées en butte aux ruptures mais aussi aux unions méritait la bénédiction d’un dieu.

Le Rhin

Elle lui fut donnée par une certain Richard Wagner, génie hors normes d’une rare universalité, qui doit son importance dans l’histoire de la musique occidentale à ses opéras, en particulier L’Anneau du Nibelung, festival scénique en un prologue et trois journées dont il écrivit lui-même les poèmes et dont la conception bouscula délibérément les habitudes de l’époque pour aller, selon ses propres termes, vers un « art total » : spectacle complet, mélodie continue et emploi du leitmotiv. Chaque année des milliers de spectateurs et mélomanes de tous les pays se rassemblent dans la petite ville de Bayreuth pour célébrer la mémoire de ce compositeur unique qui n’eut guère de peine à s’inspirer de Schopenhauer pour concrétiser et évoquer la vision pessimiste de la condition humaine, quand la musique joue un rôle central parmi les arts car elle est le seul d’entre eux qui n’ait pas trait au monde matériel. Cette opinion trouva un écho en Wagner qui l’adopta très vite, malgré l’incompatibilité apparente avec ses propres idées selon lesquelles c’est la musique qui est au service du drame. Quoi qu’il en soit, de nombreux aspects de la doctrine de Schopenhauer transparaîtront dans ses livrets ultérieurs : Hans Sachs, le poète cordonnier des Maîtres Chanteurs, est une création typiquement Schopenhauerienne. C’est sous l’influence de Schopenhauer fortement influencé par la philosophie orientale que Richard Wagner deviendra végétarien et défenseur de la cause animale dont il développera une apologie dans "Art et Religion". Il transmettra plus tard, mais temporairement, ce point de vue à Nietzsche.

Centre des cultures

C’est dans ce centre culturel de l’Europe mais aussi du monde, sous les flots du romantisme exacerbé de Wagner et le patriotisme avivé de l’Alsace perdue puis retrouvée, que le Président Obama atterrit sous une escorte visible et active qui lui assura une protection, dont, apparemment il n’eut guère besoin, tant il se trouve à l’aise et décontracté, mais concentré à tout moment, et quelles que soient les circonstances. Il se livra à un numéro digne d’un grand interprète de notre temps, désignant ses interlocuteurs, s’amusant avec eux, répondant à leurs questions et embrayant par un cours magistral sur la politique, l’économie, les finances à l’instar et avec la brillante organisation intellectuelle d’un cerveau élaboré dans les températures glaciales de Chicago et de ses lacs balayés par les vents du nord. A ce moment, on se dit qu’après avoir beaucoup souffert et endossé de malheurs, le peuple américain bénéficie enfin d’un homme d’état à la mesure de la superficie des Etats-Unis, confiant en lui-même et en son destin et à celui de son pays, peut-être en tous points conforme à une vieille idée de de Gaulle qui avait hérissé le poil de plus d’une citoyen du monde : « fier de lui et dominateur ».

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