Ethique Info

Accueil > Politique > Un train peut en cacher un autre

Accident ferroviaire en Belgique

Un train peut en cacher un autre

La faute à la langue ?

mercredi 17 février 2010, par Picospin

Ils ont vu dans l’accident aux conséquences tragiques de Hal en Belgique, la conséquence malheureuse et dramatique du « communautarisme » installé depuis longtemps dans ce pays et qui s’exprime par un repliement des groupes nationaux sur leur langue maternelle dont personne ne souhaite partager l’utilisation écrite et orale.

Civilisation belge

N’étant pas spécialiste de la civilisation belge, il m’est difficile de me prononcer sur le bien fondé de cette étrange culture de la langue qui divise depuis longtemps un pays en deux. Ce dernier, rencontre des cultures germanique et romane, comprend différentes communautés linguistiques et culturelles. Les trois langues officielles sont le néerlandais, le français et l’allemand. Elles sont placées sur un pied d’égalité au niveau fédéral. Parmi les différentes régions, seule la Région de Bruxelles-Capitale (habitée par près de 10% de la population) est officiellement bilingue (français et néerlandais). La Région flamande (habitée par près de 58% de la population), située au nord-est officiellement unilingue néerlandophone. La Région wallonne (habitée par plus de 32% de la population), située au sud-est officiellement unilingue francophone à l’exception de la région de la Communauté germanophone de Belgique, laquelle comprend 75 000 personnes, soit moins d’un pour cent de la population belge.

Minorités linguistiques

Si des minorités linguistiques sont présentes dans les régions unilingues, leurs importances respectives ne peuvent être qu’estimées, car les recensements linguistiques sont interdits par la loi. Les néerlandophones représenteraient 57 % à 60 % de la population belge, et les francophones 40 % à 43%. À côté des langues officielles, sont parlées des langues régionales endogènes ou des dialectes. Il s’agit du brabançon, du champenois, du flamand occidental, flamand oriental, du francique ripuaire, du limbourgeois, du lorrain, du luxembourgeois, du picard et du wallon. La diversité linguistique provoque souvent des conflits politiques, liés à d’autres enjeux comme la position arithmétiquement minoritaire des francophones, celle, plus socioculturelle de la langue néerlandaise au départ, la francisation de Bruxelles, la politique étrangère de l’entre-deux-guerres, les problèmes économiques wallons, surtout à partir des années 1960 qui ont engendré un système de gouvernance complexe.

Les 17 provinces

La quasi-totalité de son territoire faisait partie des Dix-sept Provinces réunies par les ducs de Bourgogne au XVe siècle. Après l’avènement du protestantisme sous la domination espagnole, les Dix-sept Provinces sont scindées et le nord qui donnera naissance aux futurs Pays-Bas deviendra indépendant. La partie méridionale, catholique, passe aux mains de puissances européennes (Espagne, Autriche, France) et est réunie en 1815 avec les anciennes Provinces-Unies pour former le Royaume des Pays-Bas. La partie méridionale de ce nouvel État accède à l’indépendance en 1830. L’histoire récente du pays a été marquée par une industrialisation précoce, par la colonisation du Congo, par les deux guerres mondiales et par l’émergence de conflits politiques entre les deux principales communautés linguistiques du pays, les Flamands, d’expression néerlandaise, et les francophones.

Habsburg

Après les campagnes militaires de 1794 dans les guerres de la Révolution française, les Pays-Bas belges — y compris les territoires qui n’ont jamais été sous la domination personnelle des Habsburg, comme la Principauté de Liège — sont annexés par la Première République française, mettant fin au règne hispano-autrichien sur la région. Les Pays-Bas belges sont réunifiés par le Royaume-Uni des Pays-Bas à la dissolution du Premier Empire français en 1815. Sous le pouvoir jugé trop « napoléonien » de Guillaume Ier, la restriction des libertés politique et religieuse, la sous-représentation politique et l’« exploitation fiscale » des provinces méridionales font naître une opposition catholique à laquelle s’allient les libéraux du sud du pays. Cet unionisme devient « spécifiquement belge et énonce des griefs spécifiquement belges. Le régime périclite alors dans le sud et la scission est effective, le roi ne pouvant se maintenir en Belgique que par l’usage de la force.

Grèves

Après une longue grève en Wallonie, cette dernière ne cesse de menacer le pays de scission ce qui a pour effet de d’encourager un clivage linguistique, cris qui est résolue par le passage à un état fédéral reconnu par la constitution de 1993. Dès lors, le Belgique pouvait se consacrer à ses véritables projets qui tiennent à son implication dans la construction de l’Europe dont elle est devenue une des capitales sinon un de ses principaux hauts lieux dès la fin de la 2è guerre mondiale dont ce pays a particulièrement souffert comme lieu de transit des opérations militaires pendant l’invasion par les Nazis des plaines du nord qui ont vu déferler les chars allemands jusqu’à la France.

Conflits linguistiques

Cet épanouissement politique n’a ni empêché ni retardé les conflits linguistiques exacerbés périodiquement entre le néerlandais et le français dont l’incompréhension entretenue volontairement et avec acharnement gêne les relations commerciales et administratives entre le nord et le sud et pourrait même avoir joué un rôle décisif dans l’accident ferroviaire de Hal. Appartient-il à l’éthique de dire son mot sur les inconvénients pour ne pas dire plus d’une situation d’incompréhension volontaire entre deux communautés dotés d’une langue propre dont personne ne veut franchir la frontière écrite et parlée sous peine de perdre la face par rapport à l’autre. On aurait souhaité que la communauté européenne joue dans cette intransigeance un rôle modérateur et pacificateur pour éviter le retour de telles tragédies.