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Une sécurité menacée ?

Un voltigeur du manichéisme

Les nouvelles mesures préparées par le gouvernement

mardi 24 juin 2008, par Picospin

Il ne nie pas qu’il s’occupe professionnellement avec courage, ténacité et constance de la protection des biens plus sans doute par l’utilisation d’un arsenal fourni en machines que par des systèmes de surveillance dans lequel les hommes joueraient le rôle prédominant. Cette facilité d’exécution lui donne un avantage personnel qui lui permet d’observer le monde autour de lui, de décrypter les mécanismes intimes du fonctionnement des vols dont il veut bien admettre que leur nombre aurait diminué sous l’action conjuguée des forces de police, d’une protection renforcée des biens et d’une ingénierie capable d’intervenir sur les appareillages n’importe où et en toutes occasions.

Des téléphones coupables ?

Les téléphones mobiles, que l’on peut bloquer plus facilement, sont ainsi moins attractifs pour les voleurs. Enfin, la mise en détention d’un nombre très élevé d’auteurs produit certainement ses effets. Les actes non crapuleux sont, eux, en constante augmentation depuis quinze ans. On constate que les victimes sont plus disposées à parler, notamment lors de violences intrafamiliales. Hier, il n’était pas rare qu’une femme hésite à franchir la porte d’un commissariat de peur d’être mal reçue par des fonctionnaires masculins. Désormais, des policières se rendent à l’hôpital pour recueillir leur plainte. Il en est de même pour les faits commis contre des mineurs. Ceci influe sur les chiffres. L’augmentation de la violence entre individus peut signifier que les gens n’ont plus assez confiance dans les institutions et se font justice eux-mêmes, en réglant leurs problèmes physiquement. C’est la violence pure, celle qui trahit la dégradation du climat social. La hausse des violences physiques non crapuleuses se vérifie partout ou presque : en Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, en Allemagne, surtout dans la partie orientale du pays, et même dans les pays nordiques. Nos réponses sont tout simplement inadaptées parce que nous vivons avec des règles morales du XVIIIe siècle, un Code pénal du XIXe, une police du XXe et une criminalité violente du XXIe siècle. Pour devenir plus efficace dans la lutte contre la délinquance et la violence, peut-être faut-il mieux traiter leurs causes et régler ces problèmes autrement.

Exclure de l’école ou faire revenir ?

En France, la sanction suprême, pour un enfant soupçonné sinon accusé de violence est son exclusion quand il ne respecte pas la règle. Un autre réponse consistant à l’obliger à revenir à l’école durant les périodes de congé et les week-ends s’il le faut aurait certainement des résultats bien plus efficaces. Mieux vaut un enfant à l’école qu’en prison, ce qui suppose un vrai engagement des éducateurs. Pour renforcer l’efficacité des mesures actuellement en vigueur, on prépare la future loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure qui divise les experts au ministère de la Défense et au Ministère de l’intérieur. S i elles seront sans doute bien accueillies par le grand public, leur analyse plus approfondie risque de faire apparaître une régression des libertés au nom des nécessités de la lutte contre le terrorisme. Les points essentiels de ces dispositions comportent trois directions qui sont : 1. la constitution du fichier informatique Périclès qui réunit les données relatives à la vie des citoyens.

Croisement de données personnelles

Ces données permettraient de croiser celles de la vie privée des citoyens telles que la carte grise, le permis de conduire, les factures ou encore la puce logée dans le téléphone portable ; 2. la possibilité technique d’introduire dans les ordinateurs des « chevaux de Troie » informatiques pour en extraire le contenu et en observer le parcours ; 3. la limitation de l’accès des juges d’instruction aux lieux de pouvoir que sont les Ministères ou les Services secrets ; 4. l’autorisation de perquisitionner en ligne sur les ordinateurs de n’importe quel citoyen et sans son consentement, sur demande d’un juge d’instruction, ce qui ne constituerait pas une protection efficace car les expériences du passé ont montré que des règles similaires avaient été transgressées à propos des écoutes téléphoniques, ce qui avait levé le droit au respect de la vie privée des individus. Ces dispositions auraient un caractère exceptionnel susceptible de porter atteinte aux libertés publiques et à la vie privée. On ne sait que trop, pour l’avoir répété dans les médias en France et ailleurs quelles réactions de la population américaine des mesures de ce type, énoncées comme temporaires pour lutter contre le terrorisme, ont suscité aux Etats-Unis au moment où elles avaient été édictées par George W. Bush après les attentats du 11 septembre. La réaction du Président Sarkozy, dont on connaît par ailleurs les liens d’amitié et de sympathie politique avec ce dernier ne s’est pas fait attendre à mesure que grondent dans un ciel moins serein des menaces et des appels.

Questionnement éthique :

1. Y a-t-il conflit d’intérêt entre les mesures considérées comme indispensables à la sécurité des citoyens et le droit d’intervenir dans leur vie privée ?

2. Est-ce que la sécurité est devenue dans le monde moderne la priorité absolue dans la vie de la cité ?

3. Quel prix faut-il payer en matière de limitation de la liberté pour l’obtenir et la garder ?

4. Vaut-il mieux assurer le sécurité derrière les murs infranchissables d’une citadelle où sont logées des personnes âgées que faire appel à une surveillance accrue par des hommes dont c’est le métier ?

5. Sous prétexte de sécurité, est-ce que les pouvoirs public ont le droit "éthique" de fouiller dans la vie privée des individus ?


Sources :

Le Monde
25 juin 2008
Editorial : Sécurité contre Liberté
Gérard Davet : Les menaces d’une loi à venir