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La fulgurante mais sage carrière d’Angela Merkel

Une Dame de fer ou une Dame d’esprit ?

Des victoires très méritées

lundi 28 septembre 2009, par Picospin

Est-elle arrivée en Europe au bon moment, à ces instants exceptionnels dans l’histoire que peu attendent véritablement, que beaucoup souhaitent sans imaginer qu’un jour arrive où le cours du temps subira une convulsion, un renouvellement, un séisme d’une telle magnitude que le monde en sera ébranlé.

Est-elle arrivée au bon ou au mauvais moment ?

A ce moment, l’émotionnel se joindra à l’évènementiel pour donner naissance à un nouvel ordre ou au retour d’un ordre que les plus optimistes croyaient disparu sans retour, tant l’ancrage du passé paraissait solide en face d’un futur de plus en plus ardu à concevoir, à imaginer, à concevoir sinon à se figurer. Cet imaginaire, la Chancelière l’a vécu, y était impliquée et a contribué à le construire. Ses matériaux étaient suffisamment solides pour qu’on pût espérer d’en faire une ruche indestructible, dont les éléments étaient articulés les uns dans les autres selon un schéma géométrique issu d’une imagination suffisamment retenue pour offrir des garanties de stabilité et pourvue d’une logique extraite directement des règles de la physique dont Angela Merkel avait apprivoisé les recoins les plus discrets et les manipulations les plus ésotériques. Après 40 ans de séparation en Est et Ouest, l’Allemagne était réunie. Non seulement cet événement a été un grand moment pour toutes familles que ce rempart, apparemment insurmontable, a séparées - et pour toute l’Allemagne - mais il a aussi ouvert la porte à une femme qui, discrètement, a fait son chemin dans le monde politique son grand atout étant justement - cette discrétion qui masquait son ambition et sa force de caractère.

Une inconnue sur la scène politique

A l’époque, Angela Merkel était inconnue sur la scène politique. Née à Hambourg en 1954, elle a grandi à Templin, dans l’Est de l’Allemagne, pas loin de la frontière germano-polonaise. Après son baccalauréat, cette fille de pasteur évangélique fait des études de physique à Leipzig, puis travaille à l’Académie des sciences à Berlin où elle soutient sa thèse. Ses aveux à sa biographe sont significatifs d’une manière d’être plus que d’une manière de faire lorsqu’elle avoue – mais est-ce un aveu ? – qu’elle n’est pas courageuse de manière spontanée et qu’elle a besoin d’un temps de démarrage considérable pendant lequel elle essaie de réfléchir beaucoup avant d’agir. Cette confession, courageuse, sans rapport de causalité aussi étroit que celle de St Augustin, explique bien des comportements et analyse les rapports qu’elle noue à tous les instants avec ses collègues des gouvernements qui la tripotent sans retenue et avec emphase, s’en approchent avec indélicatesse au moment où elle esquisse avec discrétion non exempte de timidité sinon d’appréhension un léger retrait libre d’effarouchement, d’embarras et de gêne, toutes réactions propres à une femme élevée sous le double tutorat de la spiritualité venue du religieux et du directorat plombé par un totalitarisme philosophique et social destiné à donner sinon à faire le bonheur du peuple sans lui demander son avis. Durant les mois agités précédant la réconciliation allemande, elle ne participe pas au mouvement contestataire mais rejoint le parti « Départ démocratique » fondé en octobre 1989.

Débuts d’une carrière politique

Quelques mois plus tard, Angela Merkel devient porte-parole adjointe du premier et dernier gouvernement élu librement en République démocratique allemande ce qui représente un avancement rapide qui est, au moins partiellement, lié aux contacts sages et équilibrés, depuis longtemps neutralisés de son père pasteur. En octobre 1990, quand le DA fusionne avec le CDU, Angela Merkel rencontre pour la première fois le chancelier de l’époque Helmut Kohl - l’homme du pouvoir qui a rendu possible l’ascension de la femme de l’Est dans ce parti conservateur construit exclusivement avec des membres originaires de l’Ouest allemand. Une anecdote récemment racontée par la chancelière devant l’assemblée des femmes politiques du CDU à Duisbourg, ville en région de Rhénanie-Westphalie, montre à quel point sa féminité discrète l’a aidée sur ce chemin. Elle s’est souvenue qu’à l’époque, Helmut Kohl avait convoqué « sein Mädchen » (sa fillette), comme le chancelier avait l’habitude de l’appeler dans son bureau pour un entretien concernant le poste de ministre des Femmes et de la Jeunesse. « Bien sûr que j’avais révisé le programme du CDU », a-t-elle relaté à Duisbourg. Mais - rien à voir avec ce que Helmut Kohl voulait savoir : « Madame Merkel, comment vous entendez-vous avec les femmes ? », avait-il demandé en préambule, question à laquelle elle répondit : « avec ma mère et ma sœur : bien. J’ai aussi eu des amies. Mais pendant mes études de physique, j’étais la seule femme à côté de 17 hommes » réflexion à laquelle elle reçut une réponse encourageante et favorable « Ok vous devenez ministre des Femmes. »

Féminine ou émancipée ?

Angela Merkel, qui ne compte pas sur sa féminité, n’a jamais été un symbole de l’émancipation. La chancelière avoue qu’elle « ne parle pas beaucoup de sa féminité mais qu’elle s’estime perçue comme une femme, si l’on considère le grand nombre d’articles qui ont eu pour objet sa coupe de cheveux. Peut-être, est-ce aussi pour cela qu’elle a réussi à prendre et sans doute à conserver le pouvoir. Bien qu’elle n’ait jamais été le symbole d’une belle femme, c’est cette féminité mesurée qui fait qu’elle a été perçue avant tout comme une personne politique et non comme une femme politique. Son arrivée au pouvoir qu’elle a su conquérir puis conserver, a marqué une révolution dans la vie politique de son pays, car, si il y a quatre ans, aux dernières élections parlementaires, beaucoup d’électeurs étaient troublés par la possibilité qu’une femme devienne chef d’Etat, aujourd’hui ils ont compris que cette nouvelle mécanique peut fonctionner. Et sans doute, ni les usines automobiles Mercedes ni celles de Bavière, plus connues sous le nom de fabrique de BMW (Bayerische Motor Werke) - dont les Français sont si friands - et qui fabriquent des engins que le monde entier envie pour leur parfait fonctionnement silencieux Autrefois, les hommes politiques n’auraient pas su comment discuter et débattre avec leurs collègues féminins - « il y avait une contradiction entre la courtoisie vis-à-vis de la femme et le débat politique », se rappelle-t-elle.

De bonnes voitures

Aujourd’hui, cette contradiction a disparu. Sa discrétion lui a servi à avancer masquée avec sa manière sèche de parler, sa façon austère de s’habiller et sa mine inexpressive ce qui a fait dire à des gens comme son père que cette « gretchen », gentille fille, ne gravirait jamais les échelons de la hiérarchie politique. Rares étaient ceux qui y croyaient, qui voyaient que cette femme avait du potentiel - comme son ancien professeur de philosophie au collège. Pourtant, quelqu’un a prédit un jour qu’elle irait loin et qu’elle deviendrait même chancelière un jour. Entretemps, la femme aux cheveux courts quitte le ministère des Femmes et de la Jeunesse pour celui de l’Environnement, la Protection de la nature et la Sécurité nucléaire. Puis, en 1998, elle continue son chemin et devient secrétaire générale du CDU. Deux ans plus tard, elle se retournera contre son protecteur Helmut Kohl lors de la « Spendenaffäre » (l’affaire de dons) lorsque le CDU avait été accusé d’avoir caché des millions d’euros de pots-de-vin, déguisés en dons, sur des comptes bancaires. Merkel publiera un article où elle fustige le « système Kohl ». Peu après, elle prendra la place de Wolfgang Schäuble, lorsque ce dernier a été obligé de quitter son poste en raison de la Spendenaffäre, et deviendra présidente du CDU. Encore deux ans plus tard, elle échangera ce poste contre celui de présidente du groupe de la CDU au parlement allemand, le « Bundestag ». Et c’est ainsi qu’en novembre 2005, Angela Merkel prêtera serment pour devenir Chancelière - en tant que première femme et première citoyenne de la partie est de l’Allemagne à être ainsi promue dans l’histoire de l’Allemagne.

Un gouvernement confortable

Pendant les trois années suivantes, elle a gouverné de manière confortable sans avoir élaboré trop de projets, sauf celui sécuriser son pouvoir. De même, sa campagne électorale pendant ces dernières semaines a été tellement incolore que les médias allemands - et même étrangers - n’ont pas arrêté de faire des commentaires peu aimables sur le fait qu’il n’y en a pas à faire. « Mon trait de caractère le plus important est que je ne prends guère de position définie et claire », souligne mon père chaque fois que nous discutons du sujet des élections. Pourtant cette stratégie fonctionne auprès des électeurs est-il noté dans la plupart des commentaires. Quand on a demandé si la chancelière était capable de faire face à la crise économique, elle l’invitée a répondu de manière lapidaire qu’elle le pensait assurément. Par la suite, elle a été récompensée par le public qui l’a applaudi sans interruption. Angela Merkel établit le contact direct avec le peuple, en construisant un lien permanent avec lui à travers les médias, écrit « Der Spiegel ». Maintenant, elle est devenue la chancelière du peuple plus encore que la chancelière et la Présidente du parti. Comme elle s’occupe du « Ganze » (de l’ensemble), elle est devenue plus que la reine de l’Allemagne, elle est « Germania. »

Questionnement :

1. Est-ce que la formation universitaire scientifique et l’éducation politico-religieuse d’Angela Merkel ont contribué à ses aptitudes à gouverner avec tact et intelligence ?

2. Est-ce que le fait de réfléchir longtemps et profondément avant de prendre une décision politique importante risque de nuire à sa perspicacité ?

3. Faut-il aller vite pour devancer à tout prix les initiatives des collègues et concurrents politiques dans la vie des nations ?

4. Si le modèle d’éducation de la Chancelière s’avère être exemplaire et efficace, doit-on proposer de le répliquer pour former d’autres personnes impliquées dans la politique en espérant en obtenir une plus grande efficacité, une meilleure pertinence et de plus grandes chances de succès diplomatiques, financiers, économiques ou politiques ?