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Un Président sautillant

Une France qui change et qui bouge

Faut-il pour gouverner s’emparer de tous les sujets et n’en déléguer aucun ?

lundi 7 juillet 2008, par Picospin

On pourrait modifier ce commentaire en disant que salariés et autres citoyens sont moins mécontents que déçus en raison du décalage grandissant entre un Sarkozy candidat et plein de promesses et le même Président qui ne peut toutes les tenir parce que certaines étaient à l’évidence irréalisables sinon irréalistes et d’autres actuellement hors de portée en raison d’une conjoncture défavorable sur laquelle tout le monde verse des larmes si bien qu’on se demande comment les puissants de ce monde vont surnager dans une île d’Hokkaido copieusement entourée d’eau mais qui est fort heureusement reliée à la terre ferme japonaise par un pont qu’on espère résistant.

Résistance des ponts

Faute de quoi, on risque de voire nos politiques et économistes disparaître dans l’eau ce qui serait assurément une énorme perte plus pour le niveau des riches et des puissants que pour celui des plus pauvres. De ceux-là, on s’en occupe sans pouvoir déterminer si c’est trop ou trop peu. On ne parle de cette catégorie de population, appelée immigrée que pour organiser ses flux migratoires à l’instar de ce que l’on prévoyait autrefois pour les poissons avant leur disparition programmée de la surface des mers. Heureusement pour les devins et exécutants de cette triste besogne, certains de ces candidats à « l’exportation » chavirent avec leur frêle esquif ce qui amoindrit significativement le contingent des survivants puisque les premiers se retrouvent parmi les nouveaux habitants des mers où ils ont fort affaire aux requins humains et poissons, eux-mêmes touchés gravement par la crise économique et sociale qui éclaircit les rangs des seconds plus que ceux des premiers. Non seulement Nicolas Sarkozy « ne connaît pas la réalité sociale car le nombre de grèves est très important », mais ses propos sont « méprisants » pour les grévistes et pour les usagers des services publics, a déclaré la secrétaire confédérale de la CGT, appuyée en cela par celui de la FSU qui qualifie l’action du Président de fanfaronnade de tribune, de fuite en avant et de provocation. Pour aller un peu plus loin, le porte parole du PS estime que des déclarations de cet ordre traduisent bien la manière dont M. Sarkozy conçoit le dialogue social dans le cadre d’un comportement infantile ce que reprend aussi François Bayrou qui qualifie ce discours de "phrase de cour de recréation dans laquelle on roule des mécaniques".

De lénifiants propos !!!

De tels propos doivent aller droit au cœur du Président de la République qui n’avait guère apprécié la manière dont il avait été qualifié, avant son renvoi, par PPDA. Le terme qui revient le plus souvent dans le texte émanant des membres de la commission est « insuffisant » qu’il s’agisse du plan banlieue, du projet sur l’immigration ou des améliorations prévues pour favoriser l’emploi des jeunes dans les quartiers dits difficiles. La boulimie du Chef de l’Etat ne saurait que devenir contagieuse surtout pour les membres de son équipe qui ne cessent d’attendre la manne de leur leader, celui qui leur a promis le bien-être, un meilleur niveau de vie, sinon la gloire et le satisfaction devant la nation du travail bien accompli. On ne peut que s’étonner de voir ces fidèles serviteurs aller de plateau de télé en plateau, porter la bonne parole, plus souvent et mieux que ne sauraient le faire les personnes nommées pour exécuter ces tâches et en premier lieu les ministres et secrétaires d’état. Ces derniers ont-ils reçu la même formation pour porter partout et toujours diffuser les messages présidentiels ? Il est trop tôt pour en juger. En tout cas, dans ce domaine, comme dans d’autres, la spécialisation est de rigueur si l’on en juge par la conviction, la foi, l’engagement des députés, de l’UMP qui se sont faits de cette mission une haute idée et une mission quasiment sacrée. C’est au point que l’on se prend à réfléchir sur les circonstances dans lesquelles ces personnalités agissent pour développer leur pensée, leur raisonnement, trier et concentrer les informations dont ils disposent pour livre r en un brouet des plus digestes les résumés des actions entreprises, les projets de celles qui restent à achever et les résultats des innovations en voie d’exécution.

Le temps existe-t-il ?

Quel est le temps consacré à l’élaboration de la pensée, au filtrage des émotions, à l’analyse critique, à la synthétisation des données pour élaborer un véritable espace d’approfondissement. Sinon qui d’autre doit être en charge de ces besognes alors que les représentants de l’état sont surchargés moins de travail que de travaux de représentations avec le dynamisme imposé par un Président hyperactif qui ne laisse que peu de pauses disponibles pour les autres et pour lui-même. Devant ce phénomène, certains ont pensé qu’il était temps de modifier le fonctionnement non des institutions mais des méthodes de travail. Alors on a réinventé les déjeuners d’intellectuels pour réunir autour d’une même table les plaisirs gustatifs et cérébraux. On voulait faire appel à des leaders d’opinion, le Figaro exprime la crainte qu’on n’ait réuni que des absents ou apparaissant comme tels, contrairement à ce qu’en pensait le sociologue Emile Durkheim bien placé pour émettre ce type d’opinion. Il pensait que "Accoutumés par la pratique de la méthode scientifique à réserver leur jugement tant qu’ils ne se sentent pas éclairés, il est naturel qu’ils cèdent moins facilement aux entraînements de la foule et au prestige de l’autorité." Faut-il que des intellectuels, quelle que soit la définition qu’on leur accorde, soient mêlés aux conseillers, consultants, experts qui ne cessent de tourner autour des décideurs ? Ont-ils les qualités, les connaissances, l’expérience requise pour entrer de plain pied dans la politique et le politique ? Apportent-ils une assise plus solide à la construction d’un plan, d’un projet, d’une vision d’avenir moins pour ceux qui ont déjà largement entamé leur capital de vie que pour les plus jeunes qui constituent l’essence vive de la nation sur laquelle ils sont destinés à prendre pied, à s’enraciner et à fabriquer les branches et le corail servant de décor au futur cadre de vie. Comment, dans ces conditions, être à la fois dans la politique et indépendante d’elle ?

Des réunions d’intellectuels et de leaders d’opinion

La réponse a été donnée depuis la fin du XIXe siècle à travers l’exigence de critique du pouvoir. Critique ne signifie pas opposition systématique mais bien mise en question et confrontation du pouvoir avec ses discours et pratiques d’une part, les valeurs de démocratie de l’autre. La politique ne se résume pas au fonctionnement d’un parlement, à l’activité d’un gouvernement, ou à l’idéologie des partis. Elle est aussi la préservation et le progrès des droits et libertés fondamentales qui fondent la démocratie et le lien social - et que les institutions comme les nations peuvent menacer. La critique du pouvoir est une forme de politique par le haut, nécessaire et salutaire. Est-elle indispensable à rétablir l’équilibre des pouvoirs et à se confronter à l’activisme et à l’interventionnisme incessant et à tous moments amplifié d’un régime qui veut tout saisir, tout attraper sans rien lâcher. L’exigence de critique s’est déplacée des intellectuels vers les citoyens qui ont trouvé dans les nouveaux mondes de l’Internet des moyens d’expression et de mobilisation particulièrement généreux et efficaces. La démocratie doit accepter et souhaiter la critique des institutions par un usage libre des savoirs. L’élection et le vote n’épuisent pas la représentation de la société et de ses problèmes. La vie publique est l’espace premier de l’information, du débat et de la confrontation.

Questionnement éthique :

1. Peut-on humilier l’autre au cours de négociations ?

2. Est-ce qu’il y a place pour des intellectuels parmi les conseillers, consultants, experts, spécialistes, scientifiques, politiques ou économistes ?

3. Doit-on au contraire limiter au minimum les conseillers pour éviter une trop ample dispersion des opinions, des convictions, des croyances, des informations ?

4. Quel est l’avantage d’une gouvernance en autarcie sinon de sacrifier l’opinion des citoyens pour valoriser celle des "gens qui savent ?"