Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Une Histoire :

Personne n’en savait rien ?...

Une Histoire :

l’extermination des Juifs d’Europe

mercredi 31 octobre 2012, par Picospin

Comme tous le responsables politiques le savaient, la question posée devant ce massacre est comment agir ? Fallait-il agir ?

Une prophétie d’Hitler

« Je vais faire une prophétie : la victoire du judaïsme », dit Hitler qui expose son projet avant la déclaration de guerre de 1939, suivie le 22 juin 1941 de l’invasion de l’URSS, son alliée d’hier. C’est un choc qui fait vaciller Staline, le laissant pantelant jusqu’au moment où il reprend ses esprits pour exhorter la nation à se défendre moins d’un mois après cette surprise. Les populations locales dans les territoires envahies étaient antisémites, ce qui les autorisait ou les encourageait à participer à l’offensive allemande. Reprenant ses esprits, Staline autorise les juifs du monde à se rassembler pour aider les Russes à se procurer du matériel pour la victoire finale. Ilya Ehrenbourg participe aux manifestations des Juifs après l’appel au secours de Staline qui est un cri d’alarme pour encourager les Juifs du monde entier à faire des dons, initiative prise par ce dernier sous l’inspiration de son pragmatisme. Les Russes ne peuvent rien quand on sait que leurs pertes sont considérables, de l’ordre de 7.000 hommes par jour au début de la guerre contre les Nazis.

Un seul adversaire

Dans l’Europe à feu et à sang, Hitler n’a rencontré qu’un seul adversaire de valeur, Churchill, qui a pris conscience du danger du nazisme et a fait de la Grande Bretagne le symbole de la guerre et de la résistance au nazisme. Un chef SS se targue d’avoir fait exécuter des cohortes de juifs parmi lesquels on compte déjà 1342 Juifs tués, au début des opérations, nombre sous évalué et sans doute plus près du double. Il proclame que nous sommes devant une exécution qui n’a pas de précédent dans l’histoire. Le combat des autorités françaises a cessé depuis longtemps et les premières mesures antijuives sont prises immédiatement après la défaite mais l’audience de la France libre est limitée dans les moyens et l’expérience de la politique de de Gaulle. Il parle de germanisme dans ses discours à propos des Allemands et ne craint pas de dénoncer les brimades à l’intention des Juifs. Il adresse un message au rabbin de New York alors que la population suit massivement Pétain ce qui oblige de Gaulle à une extrême prudence. Le 7 décembre 1941, les US sont attaquées par le Japon et répliquent par l’instauration d’un état de guerre avec ce pays allié de l’Allemagne.

Roosevelt discret

Roosevelt ne veut pas paraître partisan, d’autant plus que les théories nazies trouvent un certain écho en Amérique si bien que ces signes de sympathie se manifestent et on trouve même des oriflammes nazis à New York, surtout sous l’influence de l’antisémitisme de groupes nazis et au sein du département d’état qui verrouille les portes de l’Amérique comme c’est le cas des nombreux Juifs qui cherchent à rejoindre les US mais ne parviennent pas à y être acceptés même quand sont disponibles les fameuses garanties des familles résidant déjà sur le sol américain et prêtes à garantir le séjour des familles apparentées sur cette terre autrefois d’accueil, dorénavant devenue protectionniste. C’est le cas aussi de 709 Juifs qui parviennent à s’enfuir de Turquie qui refuse d’accueillir des réfugiés juifs. Eden s’oppose à toute immigration juive en Palestine et inspire des réflexions comme celles d’un plénipotentiaire qui dit de lui qu’il aime les Arabes et déteste les Juifs. Le mieux informé des massacres est Staline mais Churchill est le mieux renseigné, grâce à ses services secrets pendant que Roosevelt est occupé à se battre contre le Japon. A ce stade de la guerre, le bilan des Juifs tués s’établit déjà à 1 million 200.000 personnes. 1942 est une année cruciale, en Pologne, où le Bund rédige un premier rapport qui montre que les Allemands ont déjà gazé des juifs, rapport envoyé à Londres après transmission par le chef de ce mouvement politique juif de gauche.

Un seul journal

Le Daily Telegraph rapporte 700.000 tués Juifs, information qui n’est pas répercutée par les autorités anglaises. « Je n’ai rien d’autre à offrir que de la sueur, des larmes et du sang » dit Churchill qui a fait de la Grande Bretagne le symbole de la résistance au nazisme. Nombre de documents concernant les affaires juives sont restés « secret défense » jusqu’à la fin de la guerre. Le fait que les Juifs soient exécutés en masse n’incite guère le gouvernement britannique à intervenir activement dans le conflit. « Il faut gagner la guerre au plus vite qui est le meilleur moyen d’arrêter les tueries » dit-on dans les états major. Un statut discriminatoire est mis au point en France sous l’influence de Pétain qui a décidé de s’allier à Hitler. De Gaulle parle d’organiser la résistance et de lutter avec ses alliés pour écraser la « malveillance du germanisme ». Mais le discours évite toute allusion à ce qui se passe en France, et le « vent mauvais » qui y souffle oblige de Gaulle à la plus extrême prudence. Des renseignements de plus en plus précis vont parvenir aux alliés dès 1942, tels que le gazage des Juifs à Chemno en Pologne, dont la nouvelle a été transmise par un homme d’affaires pour être remis au représentant du Bund à Londres.

La solution : les gaz

Ce fut la première allusion à l’utilisation des gaz contre les Juifs : « comment vaincre l’Allemagne, la voie naturelle serait qu’un million d’anges descendent sur la Pologne pour libérer les Juifs, la surnaturelle c’est que les Anglais puissent intervenir directement pour les libérer ? » raconte une histoire qui court dans les rumeurs. Hitler juge la solution finale des Juifs trop lente, annonce que les gouvernements empêchent de diffuser. On dévoile l’emploi de l’acide prussique pour la solution finale, dans le rapport Riegner, envoyé au représentant du Congrès Juifs Mondial. Sumner Wells, ministre des affaires étrangères américain en est informé qui ne croit pas à l’extermination, ce qui freine encore plus la rapidité, l’instantanéité et la pertinence des information et augmente les hésitations et les retards dans la diffusion des informations qui continuent de s’accumuler y compris pour Morgenthau, ami de Roosevelt et des Juifs. L’argument avancé par la plupart des hommes politiques responsables est que comme les déportés travaillent pour les Nazis, on ne les touchera pas. Donc, le mutisme reste de rigueur pendant que la résistance polonaise lutte.

Karski

Karski, à Londres en 1942 remet aux Anglais, son fameux rapport, « le rapport Karski » après qu’il se fut introduit dans le ghetto de Varsovie pour y apprendre que les Juifs seront promis à la mort, ce qui produit le suicide du représentant aux Etats-Unis du Président du Congrès Juif Mondial alors que Eden décide de garder pour lui les informations transmises par Karski. Seul Staline serait conscient du sort réservé aux Juifs ce pour quoi il charge Ehrenbourg et Vassili Grossman de travailler au rapport diffusant ces informations, alors que des fonds juifs sont versés pour la cause de l’URSS ce qui aide plus les Soviétiques que les Juifs. De Gaulle a pris connaissance des rafles et des exactions commises en France comme la destruction des identités des enfants, et a pris connaissance des drames noués à cette occasion comme ceux de familles se suicidant après avoir été forcés de tuer leurs enfants. André Labarthe s’exclame qu’en France on déporte, et ces déclarations s’arrêtent brutalement pendant que Cassin a préparé pour de Gaulle son plan de sauvetage des Juifs alors que l’urgence s’est déplacée au Maroc où de Gaulle doit s’imposer face à son rival Giraud qui a la préférence des Alliés et ce qui absorbe toute son attention. En Novembre 42, conférence de presse diffusée avec grande prudence qui montre que les Alliés ne peuvent plus garder le silence. 17 décembre 42, plus large condamnation concernant l’assassinat de 2.600.000 Juifs.

Premières informations

En 43, les Alliés sont au courant de ces exactions d’où provient une réclamation par les peuples de réagir, comme le fait le Ministre polonais des Affaires étrangères annonçant que plus d’un tiers des Juifs ont été exterminés, abattus de sang froid, allocution dont la diffusion sera interdite. Une minute de silence anglaise, assortit la question de savoir s’il faut-il refuser l’abri en terre sainte, à laquelle Eden répond qu’il est impossible de faire sortir les Juifs et que les 30.000 places réservées en Palestine pour les Juifs ne seront pas occupées. Une occasion s’offre en Roumanie de laisser sortir des Juifs du pays, pour 50$ par pièce car ce pays se dit fatigué d’en tuer et les administrations ne veulent pas se laisser entrainer dans ce chantage, ce qui fait que les Juifs roumains n’ont pas trouvé preneur. Stephen Wise, président du Congrès Juif Mondial, monte une pièce attirant 40.000 spectateurs, pendant qu’ Eleanor Roosevelt, épouse du Président des Etats-Unis, note que cette histoire ne sera jamais oubliée et que la résistance polonaise annonce que 30.000 personnes par jour sont incinérées.

Le beau temps des Bermudes

Les Anglo-Saxons vont-ils trouver enfin une solution lors de la réunion des Bermudes où les termes de l’accord signé restent secrets et qu’aucune solution n’a été proposée. On envoie aux US Karski pour rencontrer Roosevelt qui répond en demandant de transmettre aux Juifs la « bonne nouvelle « que nous allons gagner la guerre. 400 Rabbins orthodoxes se réunissent pour transmettre un message à Roosevelt qui ne répond pas, puis un kaddish est organisé, suivi en 43 par l’élimination de 4.400.000 Juifs. Les chiffres des Juifs accueillis aux US y ont été faussés, pour empêcher le sauvetage de candidats à l’immigration ce qui entraine Morgenthau à voir Roosevelt qui, sentant l’imminence de vives critiques à son égard, créé « l’Agence pour les réfugiés de guerre ». En 1944, c’est l’invasion de la Hongrie sous la conduite d’Eichmann qui organise des rafles avec les Hongrois de son côté sans que la corruption ambiante empêche d’épargner les Juifs hongrois sous condition de livrer aux Nazis des camions, ce qui montre que les Nazis sont corruptibles. Après le refus de ce compromis, 14.000 personnes partent chaque jour pour les camps.

Une autre bataille du rail

On demande le bombardement des voies de chemin de fer entre Budapest et Auschwitz pour ralentir le transport des déportés ce qui est refusé par les US. Les Alliés disposent de photos aériennes du camp pendant qu’on pilonne un complexe pétrolier allemand à faible distance des usines de la mort alors que jamais on n’a entamé le bombardement du camp ce qui, aux dires des états-majors, ne suffirait pas à bloquer le processus d’extermination. Comme les crématoriums ne suffisent plus à tuer le nombre imposé de Juifs à détruire, on recourt aux fusillades. On évacue et fait disparaître toute trace d’extermination. En 1945, les camps sont libérés après un dernier bilan qui recense 5.800.000 Juifs exterminés. Eisenhower dit qu’il a subi le plus grand choc de sa vie à la vue du spectacle offert lors de la libération des camps. Ce que cette histoire tragique révèle est l’impuissance du monde et de juifs sans défense de faire face à leurs bourreaux.