Ethique Info

Accueil > Editorial : les riches moissons > Une Sainte dans l’obscurité

Mère Thérésa

Une Sainte dans l’obscurité

vendredi 7 septembre 2007, par Picospin

Dans la mesure où les gens ont essayé de se projeter dans l’esprit de Mère Térésa, ils ont pu se représenter une voûte gothique trempant dans des rayons aveuglants d’une sainteté convaincante. N’est-il pas étonnant de découvrir que ce site n’était qu’un lieu de découragement jonché de doutes.

Perte de foi

Le nouveau livre qui lui est consacré « Mère Teresa : venez, soyez la lumière » illustre sa lutte depuis des années contre son incrédulité. « Si jamais je deviens une sainte, écrit-elle dans une de ces lettres, ce sera sûrement une sainte de l’obscurité » Et d’ajouter ailleurs « S’il n’y a pas de Dieu, il ne peut y avoir d’âme. Et s’il n’y a pas d’âme, alors Jésus vous-même n’avez aucune vérité. Le Ciel s’écrie-t-elle, quel vide ».

Le ciel est vide

Si ces déclarations peuvent choquer des croyants, elles n’en constituent pas moins un rappel qui insiste sur le fait que les saints ne sont aussi que des hommes et que les histoires racontant la vie d’une piété sans faille ont aussi tendance à être fausses. Ces lettres que Mère Teresa voulait détruire peuvent aider à écarter un mythe qui n’a cessé de coller à son personnage depuis bien longtemps et en tout cas longtemps avant sa mort en 1977. Elles révèlent aussi une sœur volontaire qui a éprouvé les limites de son vœu de stricte obéissance dans sa mission d’obtenir l’autorisation de quitter son ordre pour fonder les Missionnaires de la Charité avec l’objectif radical de sortir du couvent pour vivre parmi les pauvres des bidonvilles de Calcutta.

Avec les pauvres

« Je vous en supplie, » laissez moi partir a-t-elle écrit à plusieurs reprises dans des lettres itératives adressées à son archevêque. « Si mon travail n’est qu’humain, il mourra avec moi, si c’est la volonté de Dieu, il survivra jusqu’à la fin des temps ». Pendant ce temps des âmes risquent de se perdre. Quand l’Archevêque finit par céder, le reste ne devin qu’une histoire jusqu’à ce que fut révélée sa souffrance qui l’a accablée pendant des dizaines d’années. « Je pense qu’il n’y a pas de plus grande souffrance que celle qui est causée par les doutes de ceux qui veulent croire » écrit Flannery O’Connor, l’auteur catholique dont les histoires traversent le paysage de l’incroyance du 20è siècle.

Combien coûte une foi ?

Ce dont les gens ne se rendent pas compte, c’est le coût énorme de la religion. Ils pensent que la foi n’est qu’une grande couverture chauffante alors qu’en réalité c’est une croix. « Il est bien plus difficile de ne pas croire que de croire ». O’Connor a souffert cruellement d’un sentiment d’isolement et d’une santé chancelante, alors que Mère Teresa a été dans le même cas de souffrance à cause d’un grand vide spirituel. Mais – et c’est ici que se situe la part exemplaire de leur vie – ils ont gardé cette partie secrète d’eux-mêmes.

Action

Plutôt que de s’appesantir sur cette circonstance, ils ont continué à s’engager plus avant dans leur action. Mère Teresa, malade de ne pouvoir découvrir un sens à sa vie par le divin, a gardé la foi avec les malades de Calcutta. Et maintenant qu’elle est morte depuis 10 ans, elle est sur le point d’atteindre ceux qui peuvent au moins reconnaître en elle une partie de leur propres doutes et de leurs conflits internes.


Ethique :

1. Est-ce que les doutes de Sœur Teresa peuvent s’appliquer pareillement aux croyants et aux athées ?

2. Ces doutes sont-ils de nature à rassurer tous ceux qui sont porteurs des mêmes interrogations ?

3. Peut-on appliquer l’éthique à la foi ou au contraire à l’athéisme ?

4. Est-ce une surprise que d’apprendre les problèmes de foi d’une figure majeure de l’action religieuse du 20è siècle ?

Messages