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Le mimétisme de l’amaigrissement à tout prix

Une affaire d’éthique, de médiatisation, de science ou de médecine ?

même à celui de la mort ?

vendredi 19 novembre 2010, par Picospin

Elle éclabousse les autorités officielles chargées d’assurer la sécurité des malades. Comment certains ont-ils pu prescrire un médicament anti-diabétique à des patients qui voulaient maigrir ? La question se pose avec acuité, maintenant que sa dangerosité est reconnue.

Un produit dangereux

L’Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé a admis qu’en trente ans, le Mediator aurait provoqué 500 décès et 3 500 hospitalisations pour problèmes cardiaques. Ce médicament, commercialisé par les laboratoires Servier, mis sur le marché en 1976, remboursé par la Sécurité sociale puis suspendu en 2009, présente un grave inconvénient : un risque d’atteinte des valves du coeur. Cette description est trop lapidaire et trop spécialisée pour être comprise sans difficulté par les profanes que sont les patients consommateurs et les innombrables demandeurs qui désiraient prendre ce produit pour perdre du poids, sortir enfin d’une obésité invalidante psychiquement socialement et physiquement dont le handicap devenait insupportable à mesure qu’il se répercutait sur les activités professionnelles, l’image de soi et l’atteinte de l’intégrité physique, sinon mentale.

Une énorme demande

En conséquence de quoi, la demande était devenue énorme à mesure que la tendance au surpoids et au diabète augmentait dans la population du fait d’habitudes alimentaires déviées par la suralimentation, la sédentarité et la « malbouffe » si popularisée en France par les grands chefs, les nutritionnistes et les gastronomes, parce que cette autre façon de s’alimenter est venue des Etats-Unis, pays à la fois honni et envié pour son efficacité, son ses pratique et son accueil aux étudiants étrangers. Tout se serait bien passé, sans aucune vague, sur une mer plate, calme si on ne s’était aperçu au bout de quelques années que chez les malades soumis à ce traitement ou à cette prévention contre la faim et la surcharge pondérale, on commençait à déceler des signes d’atteinte valvulaire du cœur.

Explications

Qu’est-ce que c’est que cette maladie dont on commençait à dire qu’elle était plus grave que celle provoquée par la suralimentation et ses conséquences : le diabète et l’obésité ? Le cœur est un organe pulsatile qui sert à propulser le sang dans tous les organes de l’organisme de la plupart des êtres vivants, parmi lesquels les mammifères dont l’homme fait partie. A chaque pulsation cardiaque, ce muscle se contracte pour chasser le sang qu’il contient vers le cerveau, les reins, le foie, les poumons et autres structures. Pour accomplir cette mission il dispose d’une pompe et de systèmes appelés valves qui s’ouvrent au moment de cette chasse et se referment pour éviter que le sang ainsi éjecté ne retourne au cœur. Ce dispositif permet au sang d’avancer au fur et à mesure que le muscle du cœur ou myocarde se contracte puis se relâche. Lorsque les valves du cœur sont endommagées comme c’est le cas après l’absorption du Mediator, elles perdent leur étanchéité, elles « fuient ».

Fuites

Cette fuite augmente le volume de sang reçu lors de chaque contraction puis détente et finit par surcharger la pompe qui ne peut plus faire face au volume excédentaire de liquide qu’il doit évacuer. Il se fatigue, grossit, se dilate jusqu’au moment où le muscle fatigué s’étire exagérément et s’arrête de pomper. C’est ce mécanisme qui a tué près de 500 malades en France, bilan provisoire qui mérité d’être contrôlé dans l’avenir. L’envers de ce décor est constitué par la constitution d’une élévation des pressions dans la circulation du poumon, symétrique de ce qu’on appelle l’hypertension artérielle pour la circulation systémique ou grande circulation qui distribue le sang venu du cœur par l’aorte aux organes déjà mentionnés. Cette maladie est gravissime, pratiquement incurable faute de disposer pour le moment des produits pharmacologiques efficaces, susceptibles de la stabiliser comme c’est le cas pour les médicaments antihypertenseurs, hypotenseurs ou normotenseurs bien plus actifs.

Hypotenseurs

La différence entre cette pathologie pratiquement incurable et l’atteinte valvulaire réparable par intervention chirurgicale est considérable puisque la deuxième technique consiste à remplacer les valves malades par des prothèses dont l’efficacité et la relative simplicité de la pose est connue et démontrée depuis longtemps. Cette efficacité est reconnue à condition de ne pas se décider trop tard pour l’opération chirurgicale, en tout cas avant que le cœur ne soit débordé et définitivement hors de fonctionnement du fait de la « surcharge » en volume sanguin imposée par le mauvais fonctionnement des valves à un cœur déjà fatigué et à moyen terme mis hors course. Le problème éthique posé par cette affaire est exemplaire de la rigueur nécessaire à la surveillance des patients, de l’évaluation sans complaisance des effets thérapeutiques et surtout délétères des produits de santé et l’obligation de recourir à une expérimentation honnête aussi bien sur les dispositifs mécaniques mimant le fonctionnement du cœur, organe pulsatile que les réactions mécaniques et biologiques de l’animal d’expérience et celles de l’homme.

Où expérimenter

Cette dernière est celle qui pose le plus de questions d’ordre éthique en raison de la sélection difficile des malades pour une expérimentation honnête, intégralement rapportée aux autorités de surveillance et de contrôle compétentes et habilitées à prendre les décisions justes et intègres. Le dernier point délicat dans ce débat concerne le retard de prise en compte des incidents et accidents provoqués par un produit pharmaceutique. Ce n’est qu’après une période prolongée, un recul de plusieurs mois sinon années que se révèlent des effets négatifs aléatoires avant de pouvoir être transformés en accidents significatifs. Ce bilan ne doit être réalisé ni trop tôt ni trop tard pour permettre de prendre les mesures de prévention, on dirait maintenant de prévoyance en fonction du principe de « précaution » suffisamment appropriées et efficaces pour éviter des atteintes irréversibles et au delà la mort.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les principes éthiques de la bioéthique à savoir : bienfaisance, justice, non malfaisance, consentement éclairé restent valides plusieurs années après la divulgation de leur contenu à l’usage des soignants et des soignés ?

2. Est-ce que les médecins prescripteurs du Mediator aux patients qui en faisaient la demande ont eu raison de satisfaire aux demandes risquées des candidats à l’amaigrissement sans information objective au sujet des éventuels effets contraires de ce type de produit ?

3. Dans quelle mesure le médecin prescripteur a-t-il raison d’obéir plus ou moins aveuglément aux désirs de son patient ?

4. Comment répercuter une information loyale et claire sur les effets d’un médicament aussi longtemps qu’on n’en connait pas complètement les conséquences positives et négatives ?