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Des chiens de faïence... ou de chair et d’os ?

Une amitié ?

ou de chair et d’os ?

lundi 21 janvier 2013, par Picospin

Faut-il même obéir à une injonction pour en arriver là ? Pourquoi tant de haine se demande-t-on souvent à propos des constats sur toutes les antinomies qui précipitent invariablement des communautés de populations dans des conflits sans fin, des massacres atroces où l’inventivité des manières de tuer, des techniques de tueries le cèdent à des idéologies obsolètes plus qu’à la méconnaissance coupable de l’autre, quel que soit l’emplacement de son gite, de son site et du lieu de fabrication de sa mémoire collective.

Quel intérêt, ou quels intérêts ?

L’intérêt de la France pour l’autre s’arrête aux frontières naturelles de l’hexagone. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant qu’il n’ait jamais réussi à traverser la première frontière qui se présente à lui lorsqu’il se dirige vers l’est. On commence à se préoccuper de l’autre au moment où il montre ses crocs, menaçant de s’en servir pour mordre un adversaire présumé, cible désignée à la vindicte et à des capacités agressives suffisantes pour le repousser, l’éloigner du risque de contact physique, voire moral ou spirituel avec un rival, vite devenu, par métamorphoses incessantes déclenchées sous l’effet de litres de sécrétion d’adrénaline un ennemi juré, dangereux, voire mortel. Dans cette relation disproportionnée et sans bornes autres que celles de la politique, de la négociation ou de la soumission à l’autorité internationale, les coups les plus décisifs doivent être décochés au prix de pertes humaines considérables quoiqu’inhumaines dans leur forme et leurs résultats.

Énergie

L’énergie déployée dans ces assauts représente un gâchis énorme, inutile et néfaste pour les belligérants ainsi piégés par leurs passions, leurs émotions, la proximité de leur territoire et l’éloignement de leur culture. S’intéresser à l’autre n’équivaut pas obligatoirement à l’aimer. Les animaux s’observent, se sentent, se jaugent sans nécessairement entrer chaque fois dans le cycle infernal du combat singulier acharné, infini, dont la fin n’est sifflée par les survivants que devant le constat de l’impuissance, des ruines accumulées, des malheurs causés et des séquelles à réparer. Si vous n’êtes pas convaincu par le texte que je viens de rédiger ci-dessus, regardez des bandes d’actualités de la guerre de 14, suivez les destins d’une jeunesse envoyée au massacre, à la boucherie des mitrailleuses, des grosses Berta et autres jouets peu miniaturisés ou livrés sous forme de gaz qui dévorent les muqueuses, les poumons, les nez et les langues.

Sale gueule ou gueule cassée ?

Penchez-vous sur l’histoire des « gueules cassées » par les obus, les mortiers, des têtes tombées par les sections des cous, trempant dans la glaise des tranchées de Picardie, revoyez l’histoire de l’autre guerre mondiale, 2è du nom, fomentée par un idéologue malin, venu du pays voisin d’Autriche et cherchant désespérément d’acquérir la nationalité allemande pour la prendre au piège de ses lubies, intentions meurtrières et sadomasochistes jusqu’à s’enfermer dans son sous-sol et en gratter les ruines jusqu’à les faire disparaître de la surface de l’Europe et du monde. N’y avait-il pas mieux à faire que cette débauche de tueries et de destructions des cultures à l’existence si précaire que les langues n’étaient ni échangées, ni parlées ni lues pour être abandonnées à l’exclusivité d’une figure plus enfermée dans les borborygmes des accents de son pays natal que dans celui de sa nouvelle patrie d’adoption. Ces choses n’arrivent pas qu’une fois.

Que fait l’histoire ?

L’histoire les répète indéfiniment avec ses étrangers venus de lointains horizons pour se poser, tels corbeaux croassants sonnant l’alerte sur leur proie pour, l’enserrer de ses serres, devenus d’aigles, la torturer, en réduire les résidus jusqu’à l’extinction par la famine, les armes des autres et la torture plus morale que physique. L’autisme est moins souvent fécondant que productif lorsqu’il génère d’acrobatiques calculs, des prouesses mnémoniques ou des transferts sensuels. Il l’est assurément encore moins quand il méconnait l’autre, dans une incapacité à le sentir, l’écouter, le renifler, entendre sa voix, sa musique, ses poèmes et son esprit.

Les bonobos chantent-ils Wagner ?

De ce côté, les bonobos ont mille choses à nous apprendre sur la solution des problématiques par la caresse, l’échange, le regard et le ressenti. Oublier cela, c’est délibérément négliger l’empathie, la communion des esprits et des cœurs et la réciprocité des messages, de la communication et des sens. Faute de quoi, quand les voix de Goethe, de Heine, de Thomas Mann, de Kant ou de Schrödinger, de Wagner ou de Heidegger, de Pascal, de Camus, de Ravel ou Debussy ne sont plus entendues, quand elles ne trouvent ni oreilles pour se nicher, ni circonvolutions pour s’étendre, elles ne peuvent plus faire autre chose que d’exploser aux frontières.

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