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Une arche qui fait question : est-elle celle de l’alliance ou celle du subterfuge : les "orphelins du Tchad "

samedi 3 novembre 2007, par Picospin

On connaît l’histoire pour l’avoir entendue plusieurs fois, - si ce n’est en boucle - sur tous les médias disponibles. Maintenant, c’est l’heure des questions. Quelles sont les bonnes à poser ? Petit à petit les pensées se mobilisent, les témoins sortent de leur torpeur.

Une arche qui fait question : est-elle celle de l’alliance ou celle du subterfuge : les "orphelins du Tchad

On connaît l’histoire pour l’avoir entendue plusieurs fois, - si ce n’est en boucle - sur tous les médias disponibles. Maintenant, c’est l’heure des questions. Quelles sont les bonnes à poser ? Petit à petit les pensées se mobilisent, les témoins sortent de leur torpeur. C’est à un torrent d’interrogations que risquent d’être soumis les adhérents non seulement de la part des journalistes mais aussi de celle des autorités judiciaires tchadiennes. Comment l’Arche de Zoé a-t-elle réussi à dissimuler ses agissements aux autorités françaises ? C’est pour répondre à cette question que François Fillon a demandé, samedi 3 novembre, aux ministres des affaires étrangères et de la défense d’enquêter sur les circonstances qui ont conduit à l’arrestation, au Tchad, de dix-sept Européens. A ces questions, ne faut-il pas en ajouter d’autres pour commencer : quels étaient les véritables objectifs des membres de l’associations ? Comment se sont-ils connus ? Quels sont les liens qui les structuraient au sein de ce groupe ? Ce dernier était-il international comme on l’a laissé entendre à plusieurs reprises avec une antenne en Australie et des adhérents en Belgique, en Espagne et naturellement en France ? Comment expliquer la dérive intervenue au moment de la réalisation du plan d’action entre le sauvetage d’orphelins du Darfour et le projet de déplacement en France d’orphelins originaires du Tchad ?

Evolution du problème

Dans un courrier adressé à Bernard Kouchner et à Hervé Morin, le premier ministre précise qu’il souhaite disposer d’un rapport dans un délai de deux mois. Il veut notamment savoir dans quelles conditions l’association a continué la préparation de son opération visant à emmener en France 103 enfants africains alors qu’elle avait fait l’objet de diverses mises en garde. Les investigations seront menées conjointement par l’inspection générale du ministère des affaires étrangères et par l’armée dans le cadre d’une enquête de commandement.

HUIT EUROPEENS CONDUITS DEVANT UN JUGE À N’DJAMENA

L’affaire, outre qu’elle embarrasse Paris dans ses relations avec le Tchad, a pris un tour polémique en France à propos du rôle des autorités, qui étaient au courant des intentions de l’Arche de Zoé et l’avaient mise en garde mais ne sont pas intervenues pour interrompre l’opération. Mardi, à l’Assemblée, M. Fillon avait affirmé que le ministre des affaires étrangères "avait tout fait pour dissuader l’Arche de Zoé de poursuivre ce projet". Il avait aussi souligné que "les autorités françaises sur place et, semble-t-il, les autorités tchadiennes, ont été abusées" par cette association. Sur place, au Tchad, cette dernière a opéré sous le nom d’emprunt de Children Rescue et emprunté plusieurs vols de l’armée française.

Auditions

Samedi, la justice tchadienne a débuté les auditions des Européens inculpés pour enlèvement et escroquerie. Les trois journalistes français, quatre membres d’équipage espagnols de l’avion devant emmener les enfants en France, ainsi qu’Eric Breteau, président de l’ONG mis en cause, et trois Tchadiens ont été extraits de la maison d’arrêt de N’Djamena et conduits sous forte escorte militaire devant un juge d’instruction.

Questionnement éthique :

1. Qu : Quel a été le rôle des médias dans la diffusion de cette affaire ?

R : Comme dans tous les exemples pris en compte récemment dans des problèmes de ce genre, les medias participent à l’échange de signes au sein de l’espace public et suscitent, en raison des dérives actuelles, un questionnement éthique dans lequel le principe de responsabilité et le respect de la personne devraient intervenir. Comme toujours, le "tout-image" nous menace avec la rapidité et la sélection particulière des images brutes qui favorisent le sensationnalisme, l’émotionnel et l’absence de recul. Les évènements n’accèdent à l’existence que par la force des images ? Ces faits, cette présence insistante de l’actualité contribuent à donner à voir l’immédiateté du monde, perçu en gros plan, sans analyse vraie ni théorie. Il arrive même que la télévision, même dépourvue de tout support évènementiel réel, crée de manière factice l’évènement. Constitutive de notre anthropologie, l’image quotidienne fait partie de notre temps et apporte avec elle la désinformation. La détermination du contenu véhiculé par les médias ne saurait être abandonnée au simple jeu et à la logique du marché publicitaire. L’éthique des médias et l’orientation prospective des nouvelles technologies de la communication constituent avec l’écologie les axes de recomposition d’une pensée de progrès pour notre planète, écrit F. Guattari dans "Pour une éthique des médias" in Le Monde du6.11.1991.

2. Est-il vraiment étrange que des personnes de bien songent à s’organiser pour apporter aux pauvres, aux orphelins, aux miséreux le secours d’une sollicitude, d’une aide affective, concrète, pour leur bien-être ? C’est dans cette perspective que l’on a parlé et que l’on continue de parler des justes, terme qui a été repris par l’état d’Israël pour désigner ceux qui ont sauvé des Juifs de la mort. Ces justes, loin d’être des surhommes, ne sont que des êtres humains – et c’est déjà beaucoup – qui ont accompli ce qu’ils considéraient devoir faire, en dépit ou malgré le danger, et sans en attendre de récompense. Des témoignages sont là pour en parler et décrire leur comportement dans les situations les plus dramatiques. "L’homme devient cet animal capable de voler le pain d’un camarade et de la pousser vers la mort… mais aussi cet être invincible, capable de partager jusqu’à son dernier mégot, son dernier morceau de pain, son dernier souffle pour soutenir les camarades", écrit Jorge Semprun, déporté lui-même, dans "Le grand voyage". Pourquoi nier que ce type de comportement dual puisse se répéter dans chaque situation de fragilité et d’interrogation au cours de laquelle des hommes et des femmes peuvent légitimement se poser la question de l’opportunité de leur intervention directe, même au prix d’un risque, d’un inconfort, d’une séparation, d’un exil ? Pourquoi cette question ne se serait-elle pas posée pour les membres de "L’arche de Zoë" même si à première vue, leur mission semble entachée d’erreurs ?