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Obama, Clinton ou plutôt McCain ?

Une campagne américaine

En jeu les armes et la religion ?

mardi 15 avril 2008, par Picospin

Il n’est pas étonnant que les gens s’accrochent à leurs flingues et à leur foi, qu’ils manifestent de l’antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux. Cette analyse sociologique sommaire n’est pas fondamentalement inexacte.

Un pays religieux ?

L’Amérique profonde est en effet très religieuse et attachée au droit de posséder des armes. Ce qui a choqué, ce sont les mots tels que « amers », « accrochés », et la notion implicite que la culture de la religion et des armes découle d’une « frustration ». Ce à quoi Hillary Clinton a répliqué que les gens n’ont pas besoin d’un président qui les regarde de haut, mais de quelqu’un qui se dresse pour eux, se batte pour eux, travaille dur pour leur avenir. Et John McCain de surenchérir en affirmant que cela démontre un élitisme et une condescendance à l’égard des travailleurs américains qui « laissent sans voix, » « Je suis connecté, je sais exactement ce qui se passe, a dit son adversaire politique. Les gens en ont marre, ils sont en colère, ils sont frustrés, amers et ils veulent un changement à Washington. C’est pour ça que je suis candidat à la présidence. » Mais il a fini par reconnaître que ses mots avaient été « mal choisis » puis il a fait amende honorable lors d’un forum sur la foi et la compassion en Pennsylvanie : « La religion est un rempart, une fondation quand le reste va mal. C’est vrai dans ma propre vie. Je n’ai pas voulu dénigrer une foi que j’embrasse moi-même. »

Importation de la religion

Sur la symbiose entre religion et politique Tocqueville avait écrit, dès son arrivée en Amérique le 11 juin 1831, que à côté de chaque religion se trouve une opinion politique qui lui est jointe. Il faut se rappeler au moment de traiter de tout problème concernant la perception de la religion aux Etats-Unis que l’Amérique anglaise a été peuplée par des hommes qui ne s’étaient soumis à aucune suprématie religieuse et qui ont apporté dans le nouveau monde un christianisme démocratique et républicain. Ce fut ensuite le tour des catholiques à verser au sein des Etats-Unis une population catholique qui est fidèle aux pratiques du culte, fait des prosélytes, est pleine d’ardeur et de zèle pour ses croyances. Le catholicisme serait pour Tocqueville un facteur favorable à l’égalité des conditions car il ne met en jeu que le peuple et le prêtre qui s’élève seul au-dessus des fidèles et laisse égaux tous ceux qui sont au-dessous de lui. Il place le même niveau sur toutes les intelligences et astreint tout le monde aux mêmes croyances, impose les mêmes pratiques et inflige les mêmes austérités.

Originalité du catholicisme

Le catholicisme dispose les fidèles à l’obéissance et à l’égalité, concept que cette religion a transposé dans le politique. Il a divisé le monde intellectuel d’une part en un dogme révélé auquel tout le monde se soumet sans discuter et de l’autre en une vérité politique que Dieu a laissé à la libre recherche des hommes. Cette autorité sur le peuple en Amérique n‘y empêche pas l’éclosion des sectes qui diffèrent au niveau du culte mais pas en ce qui concerne les devoirs des hommes les uns envers les autres ni même sur le contenu de la morale au nom de Dieu. Ce qui importe à l’Américain n’est pas de professer la vraie religion mais d’en professer une, une capable d’exercer un pouvoir sur les âmes, sur les mœurs et sur la famille par laquelle elle travaille à régler l’Etat.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la possession libre d’armes par les particuliers est un facteur favorisant de la criminalité aux Etats-Unis ?

2. Est-ce que cette liberté à laquelle les Américains tiennent tant au point de ne pas vouloir inscrire son abolition dans la constitution constitue un élément susceptible d’engendrer de nombreux passages à l’acte ?

3. Pourquoi les Européens sont-ils si étonnés par la religiosité ancestrale des Américains qui dessine un schéma comportemental très différent de la fameuse laïcité européenne et en particulier française ?

4. Peut-on dire que les valeurs en cours aux Etats-Unis sont très différentes, sinon opposées à celles qui ont cours de l’autre côté de l’Atlantique ?

5. Si oui, quelles en sont les conséquences politiques, économiques et relationnelles ?