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Une correspondance de notre envoyé spécial en Chine

Picospin en vadrouille

dimanche 17 août 2008, par Picospin

Chers Amis,

Promenade

Au moment où je me promène à pas lents dans la ville de Pékin parce que, à vitesse plus grande, je risque fort de m’épuiser dans ce climat délétère, chaud et humide qui me fait transpirer à grosses gouttes, j’ai pris connaissance des problèmes posés par la venue, sans invitation, de chars russes dans les lointains états de la Géorgie et de l’Ossétie. Je viens d’apprendre que cette intrusion un peu musclée avait été reçue comme évènement infiniment désirable par les autorités de Moscou. Vous savez que ces dernières avaient organisé il y a quelques mois une sorte de mouvement d’échecs entre la Tour et le Roi en faisant permuter les rôles des deux hommes importants du régime.

Un couple efficace

Je veux parler à ce propos du dernier venu, M. Medvedev et de son ancien supérieur hiérarchique, M. Poutine, très apprécié par le peuple russe qui en a vu d’autres après la longue succession des tsars, la venue des élites du bolchevisme et leur relais par des dignitaires de ce régime. Comme vous le savez, ces derniers se sont progressivement emparés de tous les leviers de commande de l’état pour quadriller le peuple médusé un instant mais qui a réussi à survivre grâce à son intelligence, sa débrouillardise et son expérience dans des conditions plus que dramatiques.

Pauvre grenier de l’Europe

Ces dernières étaient liées au manque criant de produits alimentaires dans un pays qui était autrefois le grenier de l’Europe mais qui n’a pu satisfaire les besoins d’une population sortant d’une guerre atroce infligée par les Nazis à leurs alliés d’un jour. L’organisation curieuse, et en tout cas inefficace, de la circulation des produits alimentaires sous les règlements imposés par un totalitarisme aveugle a fini par disloquer la délivrance de la chaîne alimentaire d’autant plus que les oligarques du régime ne restreignaient nullement leurs besoins au profit des plus mal lotis, des gens en difficulté et de ceux qui touchaient un salaire si maigre qu’il ne leur permettait plus ni de se nourrir ni surtout de nourrir correctement leur descendance. La situation n’est pas tellement meilleure dans le vieil empire chinois où un chef inspiré, auteur fameux d’un petit livre appelé « Rouge » a voulu apporter un marxisme inspiré de son grand frère pour donner à manger à des millions de gens affamés. Ils étaient de plus enfermés dans des traditions si anciennes qu’ils étaient à l’affût de toute réforme et de toute innovation susceptible de les faire sortir de la misère dans laquelle ils vivotaient depuis si longtemps. Le miracle finit par s’accomplir sous l’effet du génie de ce vieux peuple – comme aurait dit le Général de Gaulle se référant aux Français – qui avait plus d’un tour dans son sac avant de se lancer dans un néocapitalisme florissant.

Un bond en avant digne de des records des JO

Ce dernier permit à l’économie de faire un bond en avant si ample qu’il enjamba la plupart des nations les plus puissantes de la planète. C’est dans cette logique et cette perspective que, admiratif devant tant de réussite, les organisateurs des Jeux auxquels j’ai le privilège d’assister décidèrent de confier l’organisation des Olympiades à ce vieil empire de plus de un milliard d’habitants. Il se trouve simplement que si cette initiative était justifiée au regard d’une certaine justice, elle l’était beaucoup moins à celui des conditions climatiques et sociétales qui offraient aux pauvres athlètes engagés dans de dures compétitions des conditions physiologiques défavorables avec une pollution urbaine si dense qu’on ne voyait plus à 200 mètres de distance, un air irrespirable qui ne facilite pas les échanges en oxygène dans des alvéoles pulmonaires encrassées et rigidifiées par un surfactant lésé. On appelle ainsi un produit sécrété par chaque homme et femme, dès l’enfance pour donner plus de consistance à chaque unité respiratoire pour éviter qu’elle ne s’effondre – on dit « collabe » – sur elle-même cas auquel cette situation entrainerait l’impossibilité de procéder à tout échange gazeux.

Un attroupement étrange

En passant dans une des rues de Pékin où l’air était irrespirable à force de moiteur, je vis un attroupement qui m’intrigua d’autant plus que tout rassemblement est fortement déconseillé sinon interdit dans la capitale. Que signifiait cette concentration humaine ? La réponse revint vite à mes oreilles, non sous la forme de la langue parlée en ce pays dont je ne comprends pas un mot, mais sous celle de la langue anglaise que certains Chinois aguerris aux règles dures du négoce parlent avec un certain bonheur – en tout cas pour les étrangers qui sont obligés de s’exprimer en cette langue devenue universelle et qui sont ainsi sauvés de l’isolement intellectuel et affectif par des sonorités empruntées à Shakespeare lui-même. J’appris donc qu’un haut responsable de la qualité alimentaire et qui dirigeait ce département au sein de l’administration générale pour la supervision de la qualité, genre d’équivalent de la FDA américaine (Food and Drug Administration) venait de se jeter d’un des immeubles le plus élevés de la capitale pour avoir touché des pots de vin. Ces derniers avaient permis à l’Administration responsable de rassurer les divers acheteurs étrangers actuellement en Chine à l’occasion des Jeux et qui souhaitent veiller à la bonne qualité des nutriments et des ingrédients qu’ils fournissent à leurs clients du moment, les sportifs de haut vol amassés autour des stades, des piscines et des plans d’eau.

Une denrée manquante

A ce propos, je dois révéler à nos lecteurs que cette denrée commence à manquer sérieusement non seulement pour construire les bassins nécessaires au déroulement des compétitions olympiques mais aussi à assurer les besoins en apport d’eau à des athlètes assoiffés par le climat et la compétition. Pour revenir au début de cet article, je me dois de signaler que, comme chacun le sait, les mêmes ressortissants de la Sainte Russie, débarrassés du poids moralisateur des camarades Lénine, Trotski ou Staline ont repris leur liberté. Ils ne lésinent plus sur les sommes nécessaires à l’acquisition de biens matériels et humains tels que l’équipe anglaise de Chelsea appartenant à l’oligarque Abramovitch ou encore la villa somptueuse de Villefranche sur Mer sur la Côte d’Azur appelée « Léopolda », acquise au début du 20è siècle par le roi des Belges pour 1 franc symbolique et en cours de revente à un citoyen russe pour la coquette somme de 300 millions d’Euros. Une bonne affaire ? Et pour qui ?

Questionnement éthique

1. Est-il nécessaire et éthique d’investir des sommes aussi considérables dans des Jeux autrefois courus sur les stades de l’Olympie à des sportifs qu’on continue d’appeler amateurs ?
2. N’y a-t-il pas une regrettable confusion – surtout pour un Ministre de la Santé et des Sports, ancienne Pharmacien - d’envelopper dans le même sac du dopage, des amphétamines, l’EPO et des diurétiques qui augmentent la sécrétion d’urines ou même des beta-bloqueurs qui ralentissent le cœur ?
3. Peut-on parler sincèrement d’amateurisme ou au moins de sport propre quand des sommes fantastiques sont investies par les sponsors autour des compétitions et ces fonds servent surtout aux visées commerciales des entreprises multinationales ?
4. Que penser du suicide du fonctionnaire chinois qui a été sanctionné ou qui se trouvait sous la menace d’une sanction pour n’avoir pas exécuté honnêtement sa mission de contrôle de qualité des aliments à distribuer moins aux ressortissants chinois qu’aux visiteurs, touristes ou athlètes présents en Chine ?