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Crime à Fontainebleau

Une course dans la forêt

Comment prévenir la criminalité des déviants sexuels ?

vendredi 2 octobre 2009, par Picospin

Propositions et réactions ne se sont pas fait attendre au sujet d’un meurtre qui touche de plein fouet les autorités chargées d’assurer et de garantir la sécurité des personnes en toutes circonstances.

Un crime dans les bois

Dans cette perspective, le crime de Fontainebleau est d’autant plus spectaculaire que le jogging est devenu un sport sinon un exercice national auquel participent avec ardeur aussi bien les hommes que les femmes. Le dernier exemple qui vient de nous être fourni a déclenché une certaine terreur tant sont nombreux les adeptes de cet exercice indispensable à l’équilibre psychophysiologique des individus, à son aptitude au travail, à l’heure même où les conditions de ce dernier se dégradent à toute allure du fait de la montée du chômage et des difficultés psychologiques rencontrées par un certain nombre de salariés face aux exigences de compétitivité, de bon fonctionnement et de rentabilité des directions managériales, parfois sourdes et aveugles aux plaintes de leurs subordonnés au sujet des conditions difficiles qu’ils ou elles rencontrent dans l’exercice de leur profession. Il est normal dans cette situation que le crime récent ait poussé certains responsables à proposer à chaud des solutions ou des mesures de prévention aptes à décourager et à dissuader les candidats au meurtre par tous les moyens à la disposition des collectivités.

Une proposition ?

C’est ainsi que le premier, un membre important, influent et prolixe du parti majoritaire a proposé d’appliquer la castration chimique aux personnes reconnues coupables de crimes sexuels. Cette technique, réversible, alimente souvent de nombreux fantasmes. Elle consiste à administrer à échéance régulière des substances médicamenteuses qui ont pour effet de réduire la production de testostérone. On postule que la réduction de la production de cette hormone masculine permettra de prévenir les pulsions qui peuvent être à l’origine de crimes sexuels. Pour les spécialistes, il s’agit plus précisément d’une technique qui, dans certains cas seulement, peut aider à la prise en charge thérapeutique d’un délinquant sexuel. Ce qui frappe dans les réactions des personnalités, c’est leur empressement à proposer immédiatement des solutions à une situation qui est loin d’être nouvelle mais qui, dans les circonstances présentes est chargée d’un risque majoré en raison de la fréquence des adeptes du jogging solitaire, de sa pratique par des femmes isolées dans un environnement peu fréquenté par la grande foule. Le porte-parole de l’UMP s’exprimait dans les heures qui suivaient la découverte du cadavre d’une femme près de Milly-la-Forêt ; un meurtre dont un homme déjà condamné pour viol venait de dire qu’il en était l’auteur.

Un projet fort

« Ne doit-on pas enfin décider la mise en œuvre de la castration chimique pour ce type d’individu ? », a demandé Lefebvre en jugeant nécessaire de « tirer les conséquences immédiates en termes de responsabilité et de modification de la loi ». Peu de temps après Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice proposait de renforcer la castration chimique afin qu’elle puisse « s’appliquer pendant l’incarcération, mais aussi après ». La ministre a rappelé que le dispositif de castration chimique existe déjà en France, mais uniquement sur la base du volontariat des détenus et uniquement durant leur période d’incarcération. Si les personnes concernées refusent cette forme de thérapeutique (lorsqu’elle est médicalement recommandée), ils ne peuvent bénéficier de remise de peine. A l’appui de sa proposition, les premiers défenseurs de cette mesure ont reçu le renfort de nombreuses personnalités de qualité, désireuses d’ajouter leur voix concordante à ce mouvement dont l’ampleur peut s’étendre, tant on peut craindre de la part d’une population paisible mais encore sous le coup de la terreur des réactions fortes sinon irréfléchies.

L’indispensable consentement

Parmi celles-ci, il convient de noter la règle intangible du consentement libre et éclairé qui est en vigueur en France depuis de nombreuses années et surtout depuis le code de Nuremberg, la déclaration d’Helsinki de 1964, remaniée en 1975 à Tokyo puis à Manille en 1981. Le cadre de ces lois se situe au niveau de l’expérimentation médicale chez l’homme. Ici nous sommes dans une tout autre catégorie puisqu’il s’agit de recueillir auprès du délinquant sexuel son propre consentement afin que des produits médicaux lui soient administrés pour aplanir la vigueur de ses pulsions sexuelles. Ce qui n’empêche pas de s’inscrire dans la mouvance du consentement même si les conditions de son recueil diffèrent de celles habituellement exigées pour l’expérimentation humaine. Celse rapporte dans son Medicina qu’Hérophile, fondateur de l’école d’Alexandrie et créateur de l’anatomie a pratiqué des vivisections sur des criminels vivants fournis par Ptolémée. L’expérimentation chez l’homme a été considérée comme moralement nécessaire et nécessairement morale si l’on fait de l’individu une partie du tout.

Nécessité d’une "biopolitique"

C’est pour profiter de l’expérimentation le jour où l’on sera malade que l’on doit s’y prêter alors que l’on est encore en bonne santé. C’est parce que justement les problèmes bioéthiques s’inscrivent dans le contexte d’une « biopolitique » qui a décidé par avance, au nom de la solidarité sociale, de la recherche ou de l’intérêt de l’état que le consentement doit être imposé à l’individu et qu’il sera d’autant plus difficile d’en exonérer les candidats à une éventuelle stérilisation chimique. Peut-être n’est-il pas trop tard pour dissuader les nombreux candidats à la réclamation d’une opération de ce type à quitter les queues qu’ils forment pour obtenir des autorités légitimes de la justice et de la santé publique le droit de calmer les échauffements liées aux pulsions sexuelles ? Problème d’Etat et de gouvernement ? Question de réflexion plus que de passion fulgurante ? Paix à Michèle Alliot-Marie et à Frédéric Lefèbvre !

Questionnement :

1. Comment organiser la société en fonction du respect de la personne considérée comme un tout unique dont les droits sont imprescriptibles et confrontée à un autre tout qu’est la communauté de nature politique en tenant compte du devoir de construire un système qui permette d’établir un pont entre les exigences de la solidarité nationale et celles de la personnalité individuelle ?

2. Peut-on transiger en toutes circonstances avec les normes juridiques qui font du consentement une obligation légale ?

3. Comment concilier entre Droit et Science le statut de la personne qui peut être n’importe qui avec le sujet de l’expérience qui est unique ?

4. Peut-on craindre que l’expérimentateur considère le consentement comme une formalité initiale et terminale - et dans le cas de celui recueilli auprès d’un criminel récidiviste - comme une formalité accomplie dans un acte juridique qui se résorberait la personnalité du patient avec les devoirs qui lui sont dûs ?

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