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Faut-il construire plus haut et plus résistant ?

Une culture antisismique ?

La curieuse éthique de certaines autorités italiennes

lundi 13 avril 2009, par Picospin

Des églises se sont effondrées, sous les coups répétés des répliques dont on connait les effets néfastes et irrémédiables. La polémique, on le sait a enflé en Italie en raison de l’avertissement qu’avait émis un scientifique travaillant dans les parages et qui avait perçu une augmentation inhabituelle d’émanations de radon, signe prémonitoire dont la signification a été niée par le maire de la cité qui ne s’est pas privé de déposer une plainte auprès de la police pour « diffusion d’informations alarmistes »

Des recherches contestées

Ce qui avait obligé le scientifique de retirer de son site Internet les résultats de ses recherches. Les services de la protection civile avaient assuré la population locale, fin mars, que les secousses alors ressenties étaient « absolument normales » pour une zone sismique comme celle-ci. Le texte précisait également qu’il n’était « en aucune manière possible de prévoir un tremblement de terre » ce qui avait incité les habitants des lieux et les autorités à qualifier l’auteur des prévisions d’imbécile par le chef de la Protection civile. « Il y a maintenant des gens qui devraient me faire des excuses et auront sur la conscience ce qui s’est passé », fut la réponse donnée par l’auteur de ces alertes considérées comme non fondées. Des experts français donnent aussi de la voix sous une forme négationniste à laquelle le génial chef du gouvernement italien, sans doute plus expert dans le domaine du football que dans celui de la science, ajoute son opinion de grand savant formé, comme tout le monde le sait, au sein des plus grandes facultés et universités italiennes et internationales. Face aux absurdités et négations des gens qui ne veulent pas savoir et préfèrent enfouir leur visage et leur conscience dans les plumes blanches rassurantes de leur cou plutôt que de regarder la réalité en face même si elle éclaire de lueurs blafardes les spectacles prévus par les réalistes dotés de sciences, on ne peut que déchainer les forces capables de prévoir le danger, de prédire l’avenir pour prendre les mesures éventuellement capables de réduire les dégâts et les conséquences des catastrophes.

Fausses alertes

Reste dans ces cas à évaluer les risques des fausses alertes. Quels sont-ils ? Quel danger y a-t-il à évacuer des maisons, à vider des églises sans que les pessimistes gagnent à tout coup ? En réalité aucun comme c’est le cas lors des bombardements aériens qui pendant les guerres récentes ont jeté dans les caves des immeubles, les abris des cités, du métro, des milliers de gens qui, le plus souvent, grâce à ces manoeuvres peu couteuses ont eu la vie sauve. Ne vaut-il pas mieux descendre des marches mille fois pour rien que de manquer celles qui risquent de sauver les enfants, vieillards promis à une mort certaine si un engin de mort les atteint ? Alors que faire ? Tenir compte des armes qui sont maintenant à notre disposition ? Nous en avons au moins deux actuellement : 1. Le principe de précaution qui s’applique moins aux risques consécutifs aux désastres naturels qu’à ceux qui sont réalisés par la main de l’homme lui-même ; 2. le principe responsabilité qui croit dans des proportions gigantesques du fait du déchainement du Prométhée auquel la science confère des forces encore jamais connues et l’économie son impulsion effrénée. L’antidote de cette situation consiste à réclamer une éthique qui, par des entraves librement consenties empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. Il s’agissait auparavant de soumettre la nature au bonheur de l’homme.

Défi

Ce défi s’est inversé car ce que l’homme peut faire aujourd’hui dans l’exercice irrésistible de ce pouvoir n’a aucun équivalent dans l’histoire. La terre sur laquelle nous vivons avec la technologie de pointe reste vierge de toute théorie éthique. C’est dans les enjeux humains que peuvent être découverts les principes éthiques dont on pourra déduire les nouvelles obligations correspondant au nouveau pouvoir. L’éthique a maintenant affaire à des actes et à une technologie ayant une portée causale énorme vers l’avenir et qui est fondée sur un savoir prévisionnel déborde tout ce qui était connu autrefois. On pourra objecter que le prévisionnel s’applique davantage à la cité des hommes et à ses réalisations qu’à la nature. Cette objection n’a que peu d’incidence tant il est vrai que l’artificiel et le naturel ne présentent plus de différence, le second ayant été englouti par le premier. Là où M. Berlusconi intervient en tant que responsable d’avenir, c’est par la prise en compte de son indispensable souci prévoyant d’homme d’état pour le bien futur de la communauté et la création d’une configuration politique viable dont la preuve sera fournie par sa viabilité dans la durée. La prévoyance de l’homme politique réside dans la sagesse et dans la mesure qu’il consacre au présent. L’agir politique s’étend au-delà de la responsabilité plus vaste que celle de l’agir privé mais son éthique n’est guère différente de celle de sa présence appliquée à des formations de vie de plus longue durée. C’est en ce sens que les discours du Président du Conseil et les sarcasmes du Maire constituent vis-a-vis du Cassandre scientifique de L’Aquila un défi intolérable pour la population qui git maintenant sous ses ruines pour ne pas avoir bâti à temps une architecture antisismique et initié une restauration des bâtiments sacrés.