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Des erreurs dans les contrats des avions d’EADS et Northrop ?

Une décision de la Cour des Comptes aux Etats-Unis

Une décision révocable ?

vendredi 20 juin 2008, par Picospin

Or la Cour des comptes américaine a indiqué mercredi qu’elle donnait raison à Boeing, qui contestait les conditions dans lesquelles l’Armée de l’air avait attribué ce contrat d’un montant de 35 milliards de dollars. « Notre étude nous a conduit à conclure que l’Air Force a commis beaucoup d’erreurs qui pourraient avoir affecté le résultat d’une compétition qui était serrée entre Boeing et Northrop Grumman », a estimé la Cour. Le Pentagone a récemment reconnu qu’il avait commis des erreurs dans l’évaluation des offres pour cet énorme contrat, mais EADS et Northrop avaient déclaré qu’ils n’avaient aucune inquiétude sur l’issue de l’étude de la Cour des Comptes, car ils estimaient que ces erreurs d’évaluation étaient mineures.

. Mercredi soir, le groupe européen d’aéronautique et de défense a fait état de sa déception après la remise en question de l’octroi de ce contrat, tout en restant persuadé que son appareil est le meilleur. « Nous soutenons notre partenaire Northrop Grumman et restons persuadés que le KC-45 est le meilleur appareil pour répondre aux spécifications exigeantes pour les missions de l’US Air Force comme cela a été démontré lors des quatre dernières compétitions gagnées par notre ravitailleur, a affirmé le président exécutif d’EADS Louis Gallois, dans une déclaration lue par un porte-parole du groupe. L’action de l’avionneur Boeing est montée de près de 2% à la Bourse de New York peu après l’annonce de la décision de la Cour des comptes américaine. En revanche, Northrop reculait de 1,69% à 69,89 dollars. Jeudi matin, sur le marché parisien, le titre EADS perdait 2,58%, à 13.20 euros. A la suite de cette volte-face, les opinions des commentateurs sur les blogs restent diverses. J’avais écrit une lette (d’indignation) à l’ambassadeur de Pologne en France lorsque ils ont publié l’annonce de leur commande. Ceci s’est fait -comble de l’arrogance et du cynisme - le lendemain de l’acceptation de principe de la Pologne dans l’Europe. Nos députés, s’ils avaient eu un minimum de courage, auraient refusé de ratifier ce traité ,véritablement scandaleux, si la Pologne n’annulait pas sa commande , financée de surcroît avec des subventions européennes.. Vive l’Europe !! Avez-vous jamais entendu parler d’un contrat de 35 milliards en faveur des millions d’enfants qui meurent de famine dans le monde. Quelle obscénité ! Pour la Pologne qui a acheté des avions US et participe au prochain avion de combat US, je rappelle que c’est avec l’argent de l’Europe.... et donc de notre argent. Devons-nous subventionner les USA ??? Dehors la Pologne ! Marché en péril mais pas perdu.Même si la plainte de Boeing apparait clairement abusive et peu recevable, elle parait logique. La France a fait la même chose lorsque la société canadienne Bombardier a gagné le marché des trains régionaux en Ile de France. C’est dommage pour EADS mais ce n’est pas perdu si un accord de sous-traitance peut être conclu avec les Américains. Dès l’annonce de ce contrat j’avais émis de fortes réserves sachant que Boeing, le GAO et les élus ne laisseraient pas un contrat majeur échapper à l’industrie américaine sans réagir. Même si dans la solution Airbus, l’industrie américaine était largement servie : chaîne d’assemblage en Alabama, réacteurs et équipements américains, fabrication de tronçons d’A330. Le fait que quelques miettes soit abandonnées de temps à autre (radios Thalès, hélicoptères...) ne doit pas masquer la réalité. Compte tenu de la bataille politique qui se profile derrière ce contrat, soutien d’Obama à Boeing, de McCain à EADS, il faudra attendre l’intronisation d’un nouveau président pour que ce contrat soit définitivement attribué. Sans trop d’illusions sur le résultat final car les Etats-Unis sont viscéralement impérialistes et n’entendent pas abandonner la moindre parcelle de leur pouvoir sur la direction des affaires du monde. C’est ainsi qu’ils mènent leurs programmes d’armement au financement desquels les pays européens participent (F35 par ex.), c’est ainsi qu’ils dirigent de fait l’OTAN (dans les rangs duquel on se précipite sans négocier quoi que ce soit), c’est ainsi qu’ils décident où, quand et comment il faut intervenir. Il est grand temps d’ouvrir les yeux sur les réalités du monde dans lequel nous vivons. Bizarrement, il faut se réjouir de cet échec. Eh oui, ne rêvez pas ! Airbus n’allait pas vendre aux Américains des avions construits en Europe. Bien au contraire Airbus avait l’intention d’investir des milliards de dollars dans la construction d’une usine d’assemblage aux Etats-Unis. Qu’aurait fait Airbus une fois les avions ravitailleurs livrés ? Démonter son usine ? Certainement pas ! Trop heureux de s’implanter en zone dollar, il était déjà prévu d’y assembler les A330. Gagner ce contrat, permettait à Airbus de délocaliser "en douceur" sa production. Réjouissons-nous de son futur échec ! Dans le même temps, l’Europe "molle" laisse les Polonais (qui sont Européens, si je ne m’abuse) acheter des chasseurs américains...Il ne faut pas oublier dans quelle conjoncture politique et économique nous sommes. En plein milieu de la présidentielle américaine ça fait mauvais effet de laisser tomber Boeing ! En plus, avec l’euro qui monte par rapport au dollar... les Américains n’ont pas tort de revoir leur copie. Quant à nous Français, on n’a pas de leçons a leur donner, nous sommes les champions du retournement de veste ! Ce que font les Américains est tout à fait normal. Surtout que le management d’EADS a une réputation épouvantable aux USA et que ses pratiques commerciales seraient particulièrement douteuses ! Nous n’avons certes pas de leçons à donner au gouvernement US en la matière. Souvenez vous de cet affligeant Chirac qui morigénait la Pologne parce qu’elle voulait acheter des avions de chasse US..
Après ces extraits résumant les diverses opinions de la presse française, il est intéressant de les comparer à celles recueillies par la presse américaine par l’intermédiaire du New York Times qui livre sa propre version de l’histoire. Voyons s’il y a des différences entre les deux. Dans une étrange revirement en faveur de Boeing, les auditeurs de la Cour des Comptes ont confirmé l’appel intenté par la décision concernant l’appel de l’Armée de l’Air afin d’établir un contrat de 35 milliards de $ en vue de la construction d’avions ravitailleurs par une partenariat entre Northrop et son partenaire européen Airbus. Quand l’Air Force a décidé de confier le contrat à un partenariat international, elle a lancé une bataille transatlantique concernant des emplois et la fierté nationale. Boeing a rapidement fait opposition à cette décision ce qui a incité des membres du Congrès à soutenir cette société sous le prétexte que les contrats militaires doivent rester entre des mains américaines. Il fut donc décidé d’inciter l’Armée de l’air à ouvrir de nouvelles négociations. Ce contrat concernant des ravitailleurs en plein vol est un des plus rentables qui ait été jamais commandé par le Pentagone. Le GAO (Government Accountability Office) ou Cour des Comptes que ce contrat comportait beaucoup trop d’erreurs pour devenir acceptable. L’Air Force a déclaré qu’elle ne prendrait aucune décision à ce sujet tant qu’elle n’a pas été en mesure de revoir soigneusement les attendus du rapport. Comme le document en question est très volumineux, il faudra pas mal de temps pour l’étudier à la loupe mais il faudra bien compter sur au moins un délai d’un mois pour tirer les moindres conclusions. La controverse a débordé le cadre politique au niveau de la Présidence, d’autant plus que l’un des acteurs cardinaux dans ce débat n’était autre que John Mc Cain fait échouer le premier accord entre l’Armée et Boeing en 2004 lorsqu’il était membre du Sénat. Le plan dans lequel était impliqué l’Armée qui devait louer les appareils chez Boeing s’est effondré dans un scandale qui a envoyé des directeurs de cette compagnie en prison et ensuit devait coûte le poste de directeur à une 3è personne. Cette manœuvre en revanche ouvrit largement les portes à la concurrence réalisée par le combinat Northrop et EADS qui étaient tous deux très désireux de travailler avec le Pentagone. Les Démocrates se saisirent de cette occasion pour incriminer le rôle néfaste joué par M. Mc Cain et l’accusèrent de vouloir faire perdre des emplois aux Américains. Barack Obama se contenta de déclarer qu’on ne pouvait pas laisser cette affaire en l’état et qu’il fallait au minimum rouvrir cette compétition pour en faire une procédure honnête et transparente. Cette position ne fut pas contredite par Mc Cain qui au contraire affirma qu’il fallait en effet rouvrir ce dossier dans l’espoir cette fois de le clarifier. Et d’ajouter qu’il tirait une grande fierté du fait que par son action il put empêcher les gens imposables de payer des impôts très lourds. La Cour des Comptes, dans le but de rendre ses rapports confidentiels, n’a publié qu’un court résumé de 3 pages. Dans cette publication, l’Air Force aurait commis des calculs entièrement faux qui, une fois corrigés s’avèreront nettement moins chers. L’Armée de l’Air aurait également conduit des discussions trompeuses. De la sorte les analystes ont déclaré que cette institution aurait une deuxième chance de soumettre son offre. A Paris, ce fut un mélange de déception et d’espoir. Louis Gallois n’a pas hésité à insister sur le fait qu’il restait très confiant dans les possibilités de cet avion qui, d’après lui était celui qui convenait le mieux à l’Air Force. En revanche à Washington, ce fut une jubilation et des félicitations renouvelées à la Cour des Comptes qui avait si bien soutenu les positions de Boeing dont les actions remontèrent au plafond. C’est à ce moment que cette compagnie se lança dans une campagne de publicité surtout auprès des membres du Congrès représentant des états dans lesquels le constructeur d’avions emploie un grand nombre d’ouvriers. Cette manifestation n’a pas empêché des porte-parole du Ministère de la Défense de déclarer que les procédures d’acquisition entamées avec Northrop et EADS et qui en avaient fait les vainqueurs constituaient un accord honnête et transparent.