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Mémoires des camps de la mort

Une déportation parmi tant d’autres

Comment s’en souvenir ?

mardi 28 juin 2011, par Picospin

Cette même année 2007, Simone Veil fit paraître aux Editions Stock un livre intitulé « Une Vie ». « Maupassant que j’aime » écrit-elle « ne m’en voudra pas d’avoir emprunté le titre d’un de ses plus jolis romans pour décrire un parcours qui ne doit rien à la fiction. » En effet, dans son livre « Une vie », comme l’expliquent les Editions Stock, « Simone Veil accepte de se raconter à la première personne. Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l’étranger ; son autobiographie est attendue depuis longtemps. Elle s’y montre telle qu’elle est : libre, véhémente, sereine. »

Dans le souci de ne pas faire intervenir directement Madame Veil dans l’évocation des pages les plus douloureuses de ce livre et donc de sa vie, plusieurs lectures retraçant ces évènements seront proposées au cours de ce 2ème volet intitulé « SHOAH ».

Une famille heureuse et puis soudain...

C’est ainsi que nous apprenons par « les photos conservées de mon enfance que nous formions une famille heureuse. Nous voici, quatre frères et sœurs, serrés autour de Maman avec une grande tendresse entre nous. Sur d’autres photos, nous jouons sur la plage de Nice… On devine que les fées s’étaient penchées sur nos berceaux. Elles avaient nom harmonie et complicité. Nous avons reçu les meilleures armes pour affronter la vie…Plus tard, mais très vite, le destin s’est ingénié à brouiller des pistes qui semblaient si bien tracées, au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. Chez nous comme dans tant de familles juives françaises, la mort a frappé tôt et fort… » André Jacob, le père de Simone Veil, architecte de son métier, a été « durement secoué par quatre années de captivité durant la première guerre mondiale, peu de temps après qu’il eut reçu le grand prix de Rome. » D’Yvonne Steinmetz, la mère de Simone Veil « irradie une beauté rayonnante qui évoque pour beaucoup celle de la star de l’époque, Greta Garbo. » Quatre enfants naîtront de cette union : Madeleine, surnommée Milou, puis Denise, ensuite Jean, et la jeune Simone en 1927. « Comme tous les membres de ces familles juives assimilées » confie Simone Veil, « celle de mon père était profondément patriote et laïque… Je dispose de moins de précisions sur les membres de ma famille maternelle.

Des républicains

"Tout ce petit monde était foncièrement républicain et laïque, du côté de ma mère, comme de celui de mon père. Très simplement, nous étions juifs et laïques et n’en faisions pas mystère. J’ignorais tout de la religion. » La laïcité était notre référence et elle l’est demeurée. Ma mère, athée comme je le suis moi-même, continue d’incarner à mes yeux le paroxysme de la bonté. Pour autant, je ne méconnais pas l’aide que peuvent apporter les religions aux croyants et je conserve, avec admiration, le souvenir de jeunes Polonaises que la vie du camp avait déjà réduites à un état quasi squelettique et qui s’obstinaient pourtant à jeûner le jour de Kippour. A leurs yeux, le respect des rites avait plus d’importance que leur survie ce dont je demeure impressionnée. »« Deux ans après leur mariage, en 1924, mes parents avaient quitté la capitale pour s’installer à Nice. » Au début de l’année 1944 la Gestapo redoublait les contrôles et la traque. La jeune Simone passe avec réussite les épreuves du bac à 16 ans. « J’avais rendez-vous avec des amies pour fêter la fin des examens. Je m’y rendais avec un camarade lorsque soudain, deux Allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d’identité.

Début de l’horreur

C’est à ce moment précis que l’horreur commence, puisque Simone, sa mère, sa sœur Milou et son frère Jean sont arrêtés ; son père le sera aussi quelques jours plus tard, sa sœur Denise qui avait rejoint la résistance sera arrêtée elle aussi et déportée à Ravensbrück. Simone apprendra plus tard que son père et son frère ont été embarqués ensemble pour Kaunas, en Lituanie. Depuis lors, nul ne sait le sort qui leur fut réservé, la famille Jacob est démantelée à jamais. Pour Simone, sa mère et sa sœur Milou l’enfer prit les noms d’Hôtel Excelsior, à Nice, de Drancy, Auschwitz-Birkenau, Bobrek, Gleiwitz, Dora, Bergen-Belsen. La lutte pour la survie, fut un quotidien effroyable, qui ne peut pas se traduire en mots. Rien ne s’efface... Simone Veil nous rappelle que dans le livre « Histoire d’une vie », Aharon Appelfeld analyse la Shoah en expliquant que : « ceux qui en ont été les victimes ne s’en sortent jamais. Il énonce les raisons pour lesquelles on ne peut plus se détacher de ces raisons qui marquent la différence de nature avec la situation des résistants. Eux sont dans la position des héros, leur combat les couvre d’une gloire qu’accroît encore l’emprisonnement dont ils l’ont payée. Ils avaient choisi leur destin mais nous, nous n’avions rien choisi. Nous n’étions que des victimes honteuses, des animaux tatoués. Il nous fallait donc vivre avec ça, et s’assurer que les autres acceptent. Tout ce qu’on peut dire, écrire, filmer sur l’Holocauste n’exorcise rien. La Shoah est omniprésente car rien ne s’efface ni les convois, ni le travail, l’enfermement, les baraques, la maladie, le froid, la faim, les humiliations, l’avilissement, les coups, les cris, rien ne peut ni ne doit être oublié.

Quelques survivants

Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille Juifs français avaient été déporté représentent le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler et que la mémoire des vivants habitera toujours. » Harmonie et complicité offrent un brouillage de pistes avec la mort qui a frappé très fort notre père André Jacob architecte, mes sœurs et frère Madeleine, Denise, Jean, Simone, famille patriote, républicaine et laïque. Retour en arrière : notre référence, ma mère, paroxysme de la bonté s’obstinait à jeuner le jour de Kippour, pendant que sa fille Simone voyage à Nice où elle s’installe, passe la bac, puis fut conduite à l’hôtel Excelsior où on s’aperçoit que la signature de sa carte d’identité était identique aux fausses vues sur le bureau de l’hôtel. Ce fut un coup de filet rapide par une carte d’identité qui ne protégeait de rien toute la famille. Ils tentaient de se rassurer tout en se consolant d’être encore ensemble. L’horreur commence y compris pour son père quelques jours plus tard, lorsque la famille Jacob a été démantelée à jamais. Elle n’a jamais entendu parler de Drancy car on parlait de pitci poil entre des juifs qui étaient mal informés de ce qui les attendait, y compris leur lutte pour la survie, lorsque « nous attendions un départ pour l’Allemagne, alors que personne n’avait entendu parler d’Auschwitz, où nous attendait une vision d’horreur des femmes portant leurs jeunes enfants marchant vers les blocs ». Sa sœur avait été libérée tout en craignant l’arrivée d’une contaminations dans le pays. "C’est la gastro," est-il dit, par une femme qui devait occuper le 13è fauteuil de l’Académie Française, terme d’un parcours qui ne doit rien à la fiction, et que Simone Veil accepte de raconter à la première personne, qui reste libre, véhémente et sereine. Elle n’intervient pas directement dans ce dialogue pour lui épargner le désagrément de répéter des épisodes douloureux, lourds et terribles.

Une femme bardée de récompenses et d’honneurs

Elle fut la 1ère femme membre du Conseil constitutionnel, du Parlement européen avant d’avoir écrit « Une vie », où elle accepte de se raconter à la première personne. Les photos conservées de son enfance illustrent la tendresse entre nous, la famille, harmonie et complicité qui sont des armes adaptées, c’est ce que nous avons cru, André Jacob a reçu le grand Prix de Rome, la famille maternelle est moins connue. Elle ignorait tout de la religion avec une mère athée comme Simone. Au Camp de Drancy, que savaient les responsables juifs de ce qui allait nous arriver ? Sinon camp aurait été intenable, vers quelle destination imaginaire, les familles espéraient rester unies, les étrangers savaient mieux que les Français ce qui les attendait. Nous attendions un départ pour l’Allemagne alors que personne ne savait le sort qui allait nous être réservé. Nous avons été entassés pendant trois jours, sans nourriture, pendant que de notre père et frère on ne savait rien de leur déportation à Kaunas. Nous étions occupés à des travaux de terrassement 12 heures par jour. On a prolongé les voies de chemin de fer le plus près possible des chambres à gaz, où des parents avaient encore la force de pleurer à la vue des enfants jetés dans les fours crématoires alors qu’elles pensèrent n’avoir plus de larmes. Sa mère était morte de typhus et d’absence de soins. Simone a tiré sa force et son énergie de sa mère qui était très proche d’elle et qui voulait rester avec elle. Ce n’était pas une femme de caractère mais de bonté, de courage, qui se consolait avec sa sœur. Maman très affaiblie, finit par attraper le typhus, mais conservait sa lucidité malgré une dégradation de l’état général dont nous voyions arriver la fin.

Typhus et fin

Même 60 ans après, elle n’a pu accepter sa disparition, elle n’avait pas la même douceur, une sagesse dont elle n’était pas toujours capable. Les Alliés ont eu raison de faire de l’achèvement de la guerre une priorité, car ils étaient informés de nouvelles armes nazies prêtes à l’emploi. La communauté juive américaine avait eu peur de l’arrivée de nombreux immigrants. Hannah Arendt aurait eu tort de parler de responsabilité et de la banalité du mal au moment où elle cherchait à sauver son pays. Comment un bourreau peut devenir victime et vice versa. Les SS recrutés n’étaient pas convaincus de ce qu’il fallait faire à l’exemple de la discipline molle qu’a connue ma mère dans une petite annexe du camp. L’homme est-il un loup pour l’homme, se demande-t-elle elle assez souvent pour qu’elle eut voulu qu’on se réconcilie avec l’Allemagne. Ses parents se disputaient à ce sujet, le père disait qu’il n’y a rien à y faire pour que les Allemands aient un régime démocratique. Son mari qui avait les mêmes idées, a décidé que le couple devait vivre en Allemagne où ses enfants allèrent à l’école. Elle se réjouit du traité de Lisbonne pour que l’Europe donne un modèle pour un régime démocratique.

Les valeurs auxquelles elle croit

Elle croit en la valeur de l’authenticité, elle s’inscrit parmi les rebelles, se demande comment les choses vont se passer, mais veut être libre. Sa position est très précise, elle est allée à Birkenau, où il y avait les chambres à gaz, a été impressionnée par la façon dont existent toujours le camps où l’on voit des visiteurs de toutes origines. Il faut se souvenir ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il faille accomplir le devoir de mémoire, car la Shoah n’est pas une religion. On peut tout enlever à un être humain mais pas sa pensée. Au moment de la morts elle évoquera ce qui existe, elle pensera à la déportation, moins pour retrouver les êtres perdus que pour parler de la shoah, ce que souhaite un écrivains comme Aaron Applefefeld, qui a subi 3 ans de cache dans la forêt, puis qui énonce les raisons pour lesquelles on ne peut plus e détacher du souvenir. Les résistants, avaient choisi leur destin plus que les déportés. La Shoah est omniprésente, rien ne peut ni ne doit être oublié, ni les chambres à gaz, ni la mort lente, ni l’atmosphère de puanteur de Birkenau. En France, 76.000 Juifs ont été déportés mais davantage encore ont été sauvés par les Justes qui ont été capables du meilleur. C’est pour toutes ces raisons qu’une résolution contre la négation de l’holocauste a été votée récemment pour mettre un terme plus optimiste et plus encourageant aux mauvaises conduites humaines.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le bien est toujours synonyme de bonheur ?

2. Est-ce que la notion de bien doit toujours être considérée comme comme le concepts clé de la philosophie morale ?

3. Est-il toujours possible de substituer à la notion de bien celle d’ordre, de transcendance, d’ordre, ou de perfection ?

4 ; Est-ce que le bien peut se réduire au seul objet de préférences ?