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Ken Loach, un grand Monsieur du cinéma

Une difficile insertion sociale

Une administration sous forme d’un animal appelé Léviathan

mercredi 2 novembre 2016, par Picospin

L’un des principaux me paraît être le mépris des gens qui savent envers ceux qui ne savent pas, ceux qui n’ont eu ni la possibilité, ni l’occasion, ni les moyens financiers d’entrer dans les rouages des groupes instruits par les technologies avancées ni les cénacles, communautés impliquées dans l’administration des gens ayant vieilli sous le sceau de leurs anciennes occupation, préoccupations ou métiers.

Le temps du mépris

D’où le mépris des premiers envers les seconds. Ce sentiment s’exerce sous la forme d’une supériorité qui désormais ne s’exerce pas sous les formes diverses de la création artistique, intellectuelle, musical ou littéraire mais sous celle d’une administration toute puissante. Celle-ci s’incarne sous la forme d’employés médiocres mais non dépourvus parfois d’une certaine empathie pour les pauvres qui ne le sont pas seulement financièrement et socialement mais surtout sont dépourvus de tous les attributs, connaissances et introductions indispensables à participer de plain pied à la nouvelle vie communautaire des instrumentalistes administratifs sachant manier l’ordinateur.

Ignorance et savoir

Au nom de leur nouveau savoir, ils se permettent d’instruire les dossiers, de les juger conformes ou irréguliers et par conséquent dignes d’être rejetés jusqu’à l’obtention de documents appropriés. Pour les obtenir, le requérant perdu dans les méandres d’obscures technologies et de termes inadaptés à la formation reçue il y a si longtemps au début de sa pauvre vie.

Course à la survie par l’emploi

Dans cette course à la survie par l’emploi, seule clé qui permette d’intégrer ou réintégrer une profession, il peut recevoir au mieux l’aide de ceux qui comprennent le désarroi dû au chômage, la perte de l’estime de soi, risque majeur susceptible de conduire à la suspension du vouloir vivre et de là à une mort programmée. Ce trajet est observé sur toute sa durée et ses évènements par les nouveaux juges sur l’adaptation à la vie moderne. Ils se permettent derrière le paravent de leur sécurisation provisoire d’observer la chute dans le vide des individus touchés par l’inadaptation aux exigences d’une société persuadée qu’elle détient les fils du savoir, de la vie bonne et d’un avenir radieux.

Le Léviathan

Une sorte de Léviathan, traité de la matière, de la forme et du pouvoir d’une république ecclésiastique et civile, œuvre de Thomas Hobbes, publiée en 1651, qui constitue un des livres de philosophie politique les plus célèbres qui tire son titre du monstre biblique. Classique de la théorie du contrat social, aux côtés des œuvres de Grotius, Locke ou Rousseau, cet ouvrage traite de la formation de l’État et de la souveraineté, comme le montre l’allégorie sur le frontispice représentant l’État composé des individus, tout comme le titre complet. Hobbes, après St Augustin, popularisa deux figures de monstres de l’eschatologie juive d’origine babylonienne.

Léviathan ou Béhémoth

Léviathan, qui désigna l’État coercitif, Béhémoth, qui désigna le non-État, le chaos, le désordre mortel de l’absence de Loi. Aujourd’hui Léviathan est le nom générique et allégorique des formes totalitaires du politique. Béhémoth peut être opportunément employé pour désigner génériquement les forces exacerbées de la destruction de l’humanité en l’homme. La pensée du politique s’est beaucoup intéressée aux figures du Léviathan, bien moins à celles du Béhémoth. Il est même plus que probable qu’elle a confondu en plusieurs occasions, et sûrement dans le cas du nazisme, Béhémoth avec Léviathan. L’effondrement des régimes tyranniques, dictatoriaux, dans la sphère d’influence occidentale et du totalitarisme dans les pays du socialisme réel, ces dernières années, lève l’obstacle qu’a constitué la fascination, le rivage, au Léviathan. On commence seulement à remarquer que c’est peut-être Béhémoth qui a pris ses quartiers dans le monde démocratique.

De la menuiserie au numérique

C’est exactement le cas dépeint et animé dans le film britannique par Ken Loach qui a pris parti pour la misère et le désespoir d’un ébéniste, artisan heureux de pouvoir créer, construire à l’attention des plus pauvres que lui. Puis il a dévissé en raison des tâches insurmontables dressées devant lui par une organisation sociale et éducative brûlant les étapes de la connaissance purement technique mais dépourvue de tout humanisme, créativité, ni penchant vers la nature humaine. Celle-ci souffre de faim et de soif, de repli sur soi, à peine allégé par les rares semblables encore capables de se pencher sur sa misère, sa souffrance, sa solitude et son incapacité à franchir les obstacles dressés en permanence par une administration aveugle mais imbue de ses prérogatives, celles du « décisionnaire ». Raison de plus pour inciter les pouvoirs publics à débarrasser du Léviathan une société humaine à l’agonie sous les effets conjugués de la froideur, de l’indifférence des rapports et de la quête d’amour.