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Quand la banque s’amuse

Une drôle d’affaire

Confondre recherche et pratique ?

lundi 28 janvier 2008, par Picospin

Cette dernière a été à l’origine de nombreuses initiatives dans le cadre de la finance internationale ce qui s’est soldé par des bénéfices importants sinon supérieurs à ceux de ses rivales américaines ou anglaises. Ce fut un coup de massue porté à l’orgueil national quand les dirigeants de cette banque se sont retrouvés au 7è étage de l’immeuble de cette société en train d’interroger un de leurs employés de 31 ans et ont découvert en même temps le résultat de leurs innovations.

Un employé modèle ?

Cet employé du nom de Jérôme Kerviel a reconnu avoir placé plus de 70 milliards de $ laissant la balance de la banque avec un déficit de près de 7 milliards de $ un des plus importants réalisés par un courtier. Maintenant, la banque en particulier et la finance française sont envahies par la honte dans un domaine d’où auparavant elles tiraient leur fierté d’être en tête des rivales anglo-saxonnes. Pire, ce Monsieur profita de l’avantage que lui donnait l’extrême sophistication de la technologie des banques françaises pour effacer les traces de sa stratégie. Un des concurrents de la banque a déclaré à ce propos que son concurrent de la Société Générale est en train de vivre un des plus grands cauchemars qui puisse arriver à une banque. Cette réflexion est justifiée dans la mesure où les dirigeants de l’entreprise pourraient bien ne pas survivre à ce désastre.

Cauchemardesque

A ce propos, il n’est pas inutile de citer les déclarations récentes du Gouverneur de la Banque de France qui a affirmé tout récemment encore que l’expertise de la France dans la domaine de la finance atteint l’excellence car elle est fondée sur un remarquable enseignement en mathématiques et en finances. Maintenant que les langues se délient, on peut entendre des opinions controversées sur la vétusté du système français qui s’est aligné sur les règles de la Société Générale fondée par Napoléon III en 1864. Ce qui est pire, c’est que ce scandale est en train de confirmer la phrase fameuse d’Honoré de Balzac selon laquelle derrière chaque grande fortune il y a un crime. Aux question posées sur ce dysfonctionnement, il fut répondu que M. Kerviel a été interrogé à plusieurs reprises sur les opérations qu’il a réalisées mais que ses réponses avaient été de nature à calmer les doutes et interrogations des investigateurs. "Comme cette banque joue un rôle de pionnier, il n’est guère surprenant que la fraude la plus originale soit liée à l’exceptionnelle inventivité de fonctionnement de cette entreprise", s’est contenté de déclarer un économiste de renom en France qui travaille au sein du Centre national de la Recherche Scientifique.

Tradition et innovation

On ne trouve guère de fraudes de cette importance dans des établissements qui travaillent tranquillement sur un mode traditionnel. Ce type d’évènement ne peut arriver que dans des affaires très spéciales. L’humiliation de la Société Générale atteint son comble quand on songe à la longue durée qui a prévalu avant de découvrir le pot aux roses alors que tout le monde vantait l’exceptionnelle qualité du système de surveillance et de détection qui avait été mis en place. D’un autre côté, la porte-parole de la banque a argué de la rapidité de réaction de sa société qui d’après elle, a été en mesure d’arrêter net les affaires frauduleuses engagées dès qu’elles eurent été détectées et trouvèrent une solution appropriée en moins de trois jours. Nous avons pris des mesures immédiatement pour renforcer les mesures de surveillance et pour rééquilibrer la situation des comptes, a-t-elle déclaré avec sérénité.

Questionnement éthique :

1. A quel raisonnement éthique peut correspondre une fraude aussi importante commise par un établissement bancaire de renom qui se veut leader dans le domaine de la finance ?

2. Est-il licite de jongler sinon de jouer avec des dépôts d’argent confiés par des clients parfois pauvres à un établissement bancaire qui a pour charge, sinon pour devoir d’en conserver la valeur et mieux de le faire fructifier ?

3. Est-ce que l’on peut ou l’on doit confondre recherche et pratique dans les activités de routine de la société qu’il s’agisse des soins aux malades, des biens prêtés aux établissements de confiance ou aux médicaments qui ont pour mission de guérir ?

4. Plus précisément, dans quelle mesure les établissements financiers sont-ils autorisés à spéculer sur le dos des biens qui leur sont confiés ?

5. Est-ce que dans le cas ci-dessus décrit, on n’a pas confondu expérimentation, recherche et pratique ?

Sources :

Schwartz ND, Mouwad J A French Style of Capitalism Is Now Stained
New York Times 28 janvier 2008