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« Une éducation européenne »

jeudi 31 mai 2012, par Picospin

Je suis d’accord avec l’auteur de « la lettre aux nouvelles générations » lorsqu’il écrit que « jusqu’à ce jour, les bâtisseurs de l’Europe se sont toujours contentés d’un seul argument émotionnel : les guerres, le XXe siècle et l’extermination.

Un passé qui ne passe pas

C’est cet argument répété qui m’a fait écrire, à plusieurs reprises, que le passé est, encore aujourd’hui, la constitution non écrite de l’Europe. Nous vivons sous le régime d’un " pouvoir de mémoire ". » Dans ces conditions, il est difficile sinon impossible de dessiner un horizon de joie, d’espérance, de projets de construction pour des enfants désenchantés, vivant au jour le jour, minés par le constat d’un échec répété, et se réfugiant, - mais pas plus que les autres enfants du monde – dans l’oubli de soi, des autres, en un mot d’une éthique, seul squelette encore viable pour faire tenir debout un édifice prêt à s’écrouler au moindre coup de vent. Et des coups de vent, des trémulations politiques, économiques, il en existe depuis que l’on a décidé d’abandonner le nucléaire au profit des énergies renouvelables destinées à sauver le monde des pénuries énergétiques. Le long des vallons et des crêtes, des bords de mer, s’élèvent maintenant des éoliennes capables de s’agiter et de tourner au grès des mouvements d’air tournant autour d’un globe continuellement parcouru de mouvements de foules avant de l’être par des idées – d’inspiration platonicienne ? – dont les plus originales seraient sélectionnées pour être adoptées par les sages siégeant aux conseils des états, de l’Europe, sinon du monde.

Bâtisseurs

Jusqu’à ce jour, les bâtisseurs de l’Europe se sont contentés d’un seul argument émotionnel : les guerres, le XXe siècle et l’extermination. C’est cet argument répété qui m’a fait écrire, à plusieurs reprises, que le passé est, encore aujourd’hui, la constitution non écrite de l’Europe. Nous vivons sous le régime d’un " pouvoir de mémoire ". C’est par cette introduction brûlante que l’auteur auxquelles ces lignes son empruntées propose le bréviaire du 21è siècle aux enfants qui y verront le jour et l’investiront de leurs découvertes, de leurs inventions, y placeront leur magie et y créeront leur mode de vie. Ce faisant et cela imaginé, ils y investiront leurs rêves plus que leurs déceptions, leur force de travail plus que leurs passivité culpabilisante, la multiplicité de leurs rencontres et affinités plus que la méfiance venue d’un étranger vécu comme puissance hostile, dangereuse ou menaçante. Au lieu de fermer des frontières pour garder bien au chaud, à l’abri de toute influence, un passé qui se meurt, ils devront laisser les portes et fenêtres grandement ouvertes pour laisser entrer l’air du large, l’odeur des algues, le bruissement des feuilles et le murmure des vagues venant caresser le bord des côtes, l’éclat des voix du dehors appelant sans hurler avec leur propre langue les nations à chanter d’une même mélodie comme oiseaux perchés aux sommets des arbres et des cimes.

Un pionnier ?

Camille de Toledo, puisque tel est son nom, propose de créer, sinon de figer l’intentionnalité d’un vivre ensemble européen dans des sites institutionnels garants de la pérennité de nos projets, de nos désirs et de nos rêves. A cet effet, il veut inviter, sinon convoquer à la table des rencontres « des grandes figures des lettres, portant cette éthique du passage, qui seraient appelées à définir des corpus d’oeuvres à traduire vers les différentes langues européennes » quitte à sélectionner dans un premier temps celles qui auraient les plus grandes chances de survie pour transporter dans un 21è siècle à bâtir les œuvres les plus significatives de la volonté des peuples vivant, souffrant, aimant sur le sol européen si profondément labouré par les obus, les bombes et les armes et baigné par le sang des martyrs écharpés pour la seule raison d’être né sur le sol de l’Europe et d’y avoir été tué pour cette unique raison.

Des langues et des liens

Notre bâtisseur de la cause européenne souhaite que les langues servent de lien et de rassemblement des Européens autour de leur culture commune par la multiplication des traductions, la plus large diffusion des œuvres culte. Pour ma part, je n’en exclurais ni la culture américaine, ni la russe et encore moins la chinoise ou la japonaise malgré l’obstacle de l’écriture à décoder avant de la servir sur le plateau de l’humanisme, de la science, du savoir accumulés au long des siècles par les défenseurs des traditions littéraires, artistiques, des inventions scientifiques et des apports décisifs des uns et des autres, des unes et des autres à la civilisation, à l’éthique et à la pensée en faveur d’un vivre ensemble harmonieux, enfin vécu dans l’harmonie et la paix plus que dans le chaos et les meurtres.
On veut espérer que Caïn a été mis définitivement hors circuit.