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Echec de l’Europe ?

Une épidémie ?

Quelles raisons ?

mardi 17 juin 2008, par Picospin

En 2001, un premier référendum y avait déjà vu le rejet du traité de Nice. Quelques dérogations et un second vote, favorable, avaient permis d’adopter le texte. Cette fois, 53,1% des électeurs se sont déplacés et les autorités irlandaises ont promis, avant le premier scrutin, qu’il n’y aurait pas de seconde consultation. Mais c’est peut-être pour Nicolas Sarkozy, qui a été l’initiateur du "mini-traité" soumis au vote irlandais, que ce "non" tombe le plus mal.

Une difficile Présidence

A partir du 1er juillet, pour six mois, la France présidera l’Union Européenne. Cela signifie que ce sera à Paris à organiser les réunions du Conseil, à faire avancer les dossiers, ou à chercher les compromis entre les Etats membres. Chaque pays joue son honneur dans ces présidence entre celles qui sont réussies et celles qui échouent, celles qui embourbent l’Europe et celles qui la font avancer. Autant dire que le non irlandais ne fait pas l’affaire de Nicolas Sarkozy et du gouvernement Fillon. Il replonge l’Europe dans une crise institutionnelle qui dure déjà depuis des années. Le traité de Lisbonne, qui fixait un nouveau cadre à l’Union, risque de terminer dans l’ornière. Jeudi, François Fillon déclarait "Si le peuple irlandais décide de rejeter le traité de Lisbonne, naturellement il n’y a plus de traité de Lisbonne, sauf à reprendre le dialogue avec le peuple irlandais." De son côté, Hubert Védrine, l’ancien ministres des Affaires étrangères de Lionel Jospin, se dit déçu mais appelle les gouvernements et commentateurs à la modération : "On ne doit pas transformer cette situation en une crise aiguë par des réactions catastrophistes : un traité ne peut être modifié qu’à l’unanimité des Etats membres ». Ancien proche de François Mitterrand, cet ancien Ministre des Affaires Etrangères qui connaît son métier, l’histoire, la politique et la diplomatie, vrai professionnel dans sa spécialité estime que la présidence française de l’Union ne souffrira pas de la décision irlandaise et que les projets de Nicolas Sarkozy en matière d’énergie, de défense, d’environnement et d’immigration ne sont pas remis en cause, le fonctionnement des organes de l’Union européenne - les conseils, le Parlement, la Commission - étant régis par le traité de Nice.

Une opinion de Sage

Il regrette toutefois cette non-ratification du traité de Lisbonne, car il comportait une "série d’améliorations qui permettaient des votes plus faciles, des expressions d’opinions, de réflexions plus rapides" mais considère que le terme "crise" n’est pas adapté : "Il ne faut pas que les gouvernements par leur réactions désordonnées, paniquées ou trop affectives créent une crise là où il n’y a qu’une simple déception. Je souhaite qu’ils réagissent par une volonté confirmée d’avancer sur des politiques et des projets communs." Très optimiste, Hubert Védrine croit en l’Europe en dépit de cette "déception" irlandaise : "On a exagéré le rôle des traités, des institutions et de la pseudo Constitution. Ce n’est pas le traité qui est déterminant. Ce qui compte c’est la volonté." Gaëtane Ricard-Nihoul, secrétaire générale du Think tank Notre Europe, crée par Jacques Delors, estime que la présidence française ne s’engage pas dans les meilleures conditions. Selon elle, les pays de l’Union doivent maintenant dire de manière "très ferme" que, tout en respectant le vote des Irlandais, ils poursuivront la ratification du Traité. En 2005, après les "non" français et néerlandais, plusieurs pays avaient renoncé à faire ratifier le traité constitutionnel par leur Parlement. « Cette "erreur" ne devrait pas se reproduire », dit-elle. La leçon qui doit être tirée, ce n’est pas qu’il faut moins parler d’Europe, mais qu’au contraire il faut "crever tous les abcès". Les 19 et 20 juin prochains, un sommet doit rassembler à Bruxelles (encore sous présidence slovène) les dirigeants européens, qui devraient réfléchir aux moyens de sortir de cette impasse institutionnelle.

Comment sortir de l’impasse ?

Les électeurs irlandais, qui ont eu la possibilité de s’exprimer par référendum sur le traité de Lisbonne, ont infligé un non à cette réforme institutionnelle de l’Europe, et ont plongé les 27 dans une nouvelle crise morale. Les autres pays de l’Union européenne ont choisi la ratification par la voie parlementaire. L’Irlande était obligée par sa Constitution de faire approuver ce traité par référendum, ce qui donnait aux voix des Irlandais un poids plus lourd que celui des autres pays de l’Union. La participation qui n’était pas très élevée, faisait le jeu du non, selon les analystes locaux. Le rejet du traité de Lisbonne rend le texte caduque, car la ratification de tous est nécessaire pour son entrée en vigueur. Le traité de Lisbonne avait lui-même pris la place du Traité constitutionnel rejeté en 2005 par les électeurs français et néerlandais. Il avait fallu deux ans pour relancer la machine diplomatique pour aboutir au traité de Lisbonne. Jean-Pierre Jouyet a estimé qu’en cas de rejet du traité, les membres de l’UE devront examiner quel arrangement juridique pourra être trouvé pour éviter la mort du traité. Ce résultat négatif est un échec personnel pour Nicolas Sarkozy, qui a été l’initiateur du texte soumis au vote, ce qui risque de transformer totalement la tonalité de sa présidence tournante de l’Union européenne. Celle-ci se transformera en opération de sauvetage d’une Union qui ne parvient pas à obtenir l’adhésion populaire à chaque fois que les électeurs sont sollicités : un examen de conscience s’impose aux dirigeants européens pour trouver les causes de cette succession de réponses négatives à un engagement qui n’a peut-être pas encore porté tous ses fruits mais n’a pas entraîné que des effets négatifs sur les nations et populations de l’Europe déjà entrés dans l’Union et de tous ceux qui aspirent encore à s’y faire une place.

Questionnement éthique :

1. Comment éviter que des mécontentements aussi prononcés surviennent en Europe au moment où des efforts sont faits pour rapprocher les point de vue et favoriser la cohabitation de ses habitants ?

2. Peut-on mettre sur le compte d’une répartition inappropriée des richesses les mouvement de grogne, de protestation, d’hostilité qui éclatent dans une Europe en construction et qui a du mal à vivre dans une harmonie durable ?

3. Pour une nation qui a payé un lourd tribut à l’émigration au cours de la famine du siècle dernier, n’était-il pas opportun de saisir l’occasion de se soumettre à la protection d’un grand ensemble comme celui de l’UE qui s’efforce de redistribuer des richesses ? Est-ce que cet effort est injustement réparti, sinon maladroitement exécuté ?

4. Devant les échecs enregistrés lors des précédentes consultations électorales doit-on repenser l’organisation économique, financière sinon politique de l’Europe pour tenter de mieux en souder les structures éparses et harmoniser son fonctionnement ?


Source :

Rue 89