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Une Russie redevenue agressive

Une escalade en Géorgie aussi rapide que celle des sherpas au Tibet

Géorgie et Ossétie sous la haute surveillance des chars

samedi 16 août 2008, par Picospin

Les Russes ont longtemps vécu l’existence de leur terre natale sacrée comme celle d’un empire. En cela, ils ne sont pas les seuls.

Des empires

Il y a quelques dizaines d’années déjà, on parlait encore, avec des trémolos dans la voix, de l’empire britannique ou de l’empire français, lorsque cette dénomination était inscrite au fronton de la communauté française aux heures sacrées mais machiavéliques du pétainisme glorieux allié à la puissante Allemagne nazie au sein d’une Europe à construire pour 1000 ans. L’empire des tsars devenu empire de l’URSS sous les dictatures de Lénine et de Staline gagnait 50 km2 par jour depuis les débuts de l’expansion de la Moscovie, c’est-à-dire plus de quatre siècles au prix de reculs mesurés parmi lesquels on compte ceux de la Première guerre mondiale lorsqu’il a dû quitter pour la première fois le centre de l’Europe – avant d’y revenir encore plus fort après 1945 - et celui de la fin de la Guerre froide.

Des reculs

Ce second recul a été plus douloureusement ressenti, ne serait-ce que lors de la perte des pays baltes, parties vitales de l’Empire des Tsars et de l’URSS qui évoluent actuellement au sein de l’UE et dans l’Otan. L’Ukraine – le berceau de la Russie historique - a des rêves d’alliance atlantique, tout comme la Géorgie. La perte de l’empire, le développement d’un capitalisme outrancier et la chute brutale du niveau de vie comme de l’espérance de vie sont les parties visibles d’un cataclysme dont la Russie a eu bien du mal à se relever sous le gant de fer de Vladimir Poutine. L’homme qui a un jour qualifié l’effondrement de l’Union soviétique de "plus grande catastrophe géopolitique du (XXe) siècle" et qui a restauré un régime quasi tsariste en Russie s’efforce aujourd’hui de redonner à son pays la position Il y a quelques dizaines d’années déjà, on parlait encore, avec des trémolos dans la voix, de l’empire britannique ou de l’empire français, lorsque cette dénomination était inscrite au fronton de la communauté française aux heures sacrées mais machiavéliques du pétainisme glorieux allié à la puissante Allemagne nazie au sein d’une Europe à construire pour 1000 ans. L’empire des tsars devenu empire de l’URSS sous les dictatures de Lénine et de Staline gagnait 50 km2 par jour depuis les débuts de l’expansion de la Moscovie, c’est-à-dire plus de quatre siècles au prix de reculs mesurés parmi lesquels on compte ceux de la Première guerre mondiale lorsqu’il a dû quitter pour la première fois le centre de l’Europe – avant d’y revenir encore plus fort après 1945 - et celui de la fin de la Guerre froide.

Des rêves

Ce second recul a été plus douloureusement ressenti, ne serait-ce que lors de la perte des pays baltes, parties vitales de l’Empire des Tsars et de l’URSS qui évoluent actuellement au sein de l’UE et dans l’Otan. L’Ukraine – le berceau de la Russie historique - a des rêves d’alliance atlantique, tout comme la Géorgie. La perte de l’empire, le développement d’un capitalisme outrancier et la chute brutale du niveau de vie comme de l’espérance de vie sont les parties visibles d’un cataclysme dont la Russie a eu bien du mal à se relever sous le gant de fer de Vladimir Poutine. L’homme qui a un jour qualifié l’effondrement de l’Union soviétique de "plus grande catastrophe géopolitique du (XXe) siècle" et qui a restauré un régime quasi tsariste en Russie s’efforce aujourd’hui de redonner à son pays la position dominante qui était autrefois la sienne en Eurasie ainsi que dans le reste du monde. Fort des ressources en pétrole et en gaz naturel dont il dispose, à la tête d’un quasi-monopole sur l’alimentation en énergie de l’Europe, s’appuyant sur 1 million de soldats, des milliers d’ogives nucléaires et le troisième plus gros budget militaire du monde, Vladimir Poutine considère que le temps est désormais venu pour lui d’abattre ses cartes. Si Moscou se sent plus forte, elle se sent aussi encerclée au moment où l’Otan n’en finit plus de s’étendre, où le bouclier antimissiles américain veut s’installer en Europe centrale contre l’avis du Kremlin et où les Occidentaux ignorent le Conseil de Sécurité pour reconnaître le Kosovo. Si le flanc occidental de la Russie est sous pression, son flanc méridional l’est aussi avec une Turquie qui reste un porte-avion américain, l’Irak contrôlé – même mal – par l’Amérique, comme l’est l’Afghanistan. Il reste à la Russie un Caucase compliqué qu’elle tente depuis des années de maîtriser car les choses ont commencé à se gâter dès l’implosion de l’URSS avec les menaces de sécession tchétchènes. Le malheur de la Géorgie aura été de se situer au point de fracture d’une nouvelle ligne de faille géopolitique, qui parcourt les frontières ouest et sud-ouest de la Russie. Des Etats baltes au nord, en passant par l’Europe centrale et les Balkans, jusqu’au Caucase et l’Asie centrale, une lutte de pouvoir géopolitique s’est fait jour entre une Russie revancharde connaissant un nouvel essor d’une part, et l’Union européenne et les Etats-Unis de l’autre.

Un effondrement prévisible

Or, un regard sur la région laisse tout de suite deviner ce qui se serait passé si cette région n’avait pas été brutalement mise en coupe réglée par Moscou. C’est toute la Fédération de Russie qui aurait pu s’effondrer comme château de cartes sous l’effet d’un tremblement de terre. Aujourd’hui, alors que le Nord du Caucase est sous contrôle, c’est au tour de la région sud de contester la prédominance russe. La région – tout en marquant le dernier espace de relative influence pour le Kremlin – est stratégique parce qu’elle contrôle la seule voie non-russe de sortie d’hydrocarbures vers l’Europe et les mers chaudes et que, compte tenu du manque d’investissements dans ses propres capacités de productions, Moscou doit parachever son empire énergétique par la maîtrise des gisements et du transit. L’agression de Vladimir Poutine contre la Géorgie ne saurait s’expliquer seulement par l’aspiration de cette dernière à rejoindre l’OTAN, ou par son sentiment de dépit face à l’indépendance du Kosovo. Ce que l’Occident a célébré comme une victoire de la démocratie a été ressenti par Vladimir Poutine comme un encerclement idéologique et géopolitique.

Une mission sacrée

Moscou se pare de l’un des symboles des grandes puissances puisque, sous couvert d’une mission internationale de maintien de la paix sous égide de l’OSCE, des « soldats de la paix » russes assurent le calme après les guerres des années 1990 entre Tbilissi et ses provinces rebelles. Ils gèlent une situation qui leur est favorable. Dans ces deux provinces, une grande partie des habitants détiennent des passeports russes issus de l’héritage soviétique ce qui permet à Moscou de se prévaloir de la défense de ses compatriotes. Comme le Kremlin demande le départ du président Saakashvili, il sera difficile de prévoir la réaction des Occidentaux, ce qui amène à considérer plusieurs hypothèse, parmi lesquelles celle d’accorder à Moscou ce qu’elle demande et de laisser le processus de renforcement de l’influence russe dans la région se poursuivre et être couronnée par l’organisation des Jeux olympiques de 2014 qui pourraient en ce cas se dérouler à moins de 30 kilomètres de l’Abkhazie, celle de retourner au statu quo, tout en admettant définitivement la mainmise de Moscou sur l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ou bien encore d’humilier la Russie et de l’obliger à retirer ses troupes.

Humiliations

Les Russes sont sortis humiliés par la façon dont s’est achevée la guerre froide, et Vladimir Poutine en a convaincu beaucoup que Boris Eltsine et les démocrates russes étaient les responsables de la capitulation face à l’Occident. Un tel climat n’est pas sans évoquer l’Allemagne d’après la première guerre mondiale, lorsque les Allemands déploraient le "honteux diktat de Versailles" et critiquaient les politiciens corrompus qui avaient poignardé la nation dans le dos.Quelle que soit la solution définitive choisie puis décidée, il faudra offrir à la Russie une solution pour lui permettre de sortir la tête haute car le temps où la Russie ne faisait qu’avaler une couleuvre après l’autre est largement dépassé ce qui encourt le risque de la contre-attaque. Les historiens en viendront à considérer le 8 août comme un tournant tout aussi capital que le 9 novembre 1989, date de l’effondrement du mur de Berlin. L’offensive de la Russie sur le territoire géorgien souverain a marqué le retour officiel de l’histoire, et même le retour à un style de rivalité entre grandes puissances inspiré du XIXe siècle, sur fond de nationalisme débridé, d’affrontement pour les ressources naturelles, de bataille pour la délimitation des sphères d’influence et les territoires, et même de recours à la force militaire à des fins géopolitiques.

Questionnement éthique :

1. Est-il éthique pour une état puissant de pénétrer dans un autre qui l’est nettement moins pour y imposer ses lois et son gouvernement ?

2. Quels sont les moyens de négociation d’un petit état face à un géant surtout quand les canons des chars du dernier menacent les habitants du premier ?

3. Est-ce que les procédures de négociation entamées par les pays européens et plus récemment l’Amérique ont une chance d’aboutir à une convention de paix quelconque susceptible d’être plus efficace que celle entamée par un face à face entre des états déjà en état de belligérance ?

4. Est-ce que l’homme de la rue est habilité à intervenir dans ce type de conflit, à en comprendre les racines et à en commenter les tenants et les aboutissants ?