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Au Danemark, une expérimentation intéressante

Une excellente idée révolutionnaire ?

Pourquoi écarter l’usage de l’ordinateur ?

lundi 1er juin 2009, par Picospin

Des responsables de cette section importante pour l’information et l’enseignement, la formation des élèves et des étudiants ont pensé à juste titre qu’il pourrait être opportun d’autoriser, à titre expérimental, les lycéens à accéder au Net pendant leurs examens.

Une expérience valorisante ?

Si les testes sont concluants, cette mesure pourrait être généralisée en 2011.« Quand vous faites un devoir à la maison vous avez accès à Internet. Donc, pourquoi en priver les candidats au bac ? », s’interroge Le Café Pédagogique. Le constat dressé par les autorités danoises est simple, souligne pour sa part le Guardian : la collecte des informations étant désormais, en grande partie, confiée aux ordinateurs, pourquoi demander aux élèves de mémoriser par coeur des données que l’on peut ensuite facilement retrouver sur l’internet ? Le risque de plagiat est négligeable et sans conséquence pour la formation intellectuelle et l’acquisition des connaissances des élèves ou futurs candidats aux concours. Il existe des outils pour le repérer, précisent les promoteurs de la méthode. Et pour éviter les risques de tricherie, les élèves n’auront pas le droit d’utiliser de messagerie instantanée, pas plus que les traducteurs automatiques, et leurs écrans seront de toute façon contrôlés, de manière aléatoire, par des surveillants. Cette information vient d’être rapportée par « Rue 89 » dans son édition d’avant-hier. A l’appui de leur argumentation, les auteurs de cette proposition arguent du fait que Il existera de toute façon des moyens détournés de tricher, mais, et comme le souligne Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de l’Etudiant, l’accent sera mis sur la dissuasion, à la manière des contrôles antidopage : « L’autre condition est évidemment d’imaginer des sujets qui ne se prêtent pas au « copier-coller »…

Réfléchir, synthétiser plutôt qu’apprendre par coeur

Il s’agit donc d’épreuves qui font appel à la réflexion, aux capacités de synthèse (afin de) vérifier que les élèves n’ont pas seulement appris mais compris ce qui est l’objectif principal du contrôle non des connaissances mais de la méthodologie employée et des raisonnements logiques suivis pour parvenir à un résultat qui cesse de faire appel à l’accumulation de données. Ces dernières ne doivent pas rester à l’état brut, mais s’intégrer dans une démarche intellectuelle qui ne charrie pas des milliers de faits que l’on peut trouver dans n’importe quelle source mais qui doivent être travaillées, organisées, métabolisées pour créer un mode de pensée capable de servir de paradigme à n’importe quelle solution d’un problème posé par des enseignants à leurs enseignés. Et c’est le point le plus important : en autorisant les élèves à aller sur le Net pendant leurs examens, le Danemark parie sur leur capacité d’analyse, et de synthèse, et donc sur leur intelligence, plutôt que de continuer à reposer l’évaluation sur leurs capacités à régurgiter, ou « copier/coller » de mémoire, ce qu’ils ont appris par coeur. Certes, l’un n’empêche pas l’autre, et le pari est osé, mais il a le mérite de s’adapter à la réalité quotidienne des élèves, plutôt que de continuer à faire comme s’ils vivaient encore au temps où l’accès à l’information était une ressource rare. Pour François Jarraud, rédacteur en chef du Café Pédagogique : « L’initiative danoise a aussi l’intérêt d’accéder à un espace que l’Ecole a bien du mal à investir : celui des pratiques sociales des adolescents.

Comment intégrer Internet ?

Intégrer Internet c’est aussi faire un lien entre l’Ecole et la vie réelle des adolescents, tous “digital natives” ». Sur Politiken.dk, la présidente d’une association de lycéens s’en réjouit : « Les examens doivent être le miroir de la vie réelle et quand vous écrivez des rapports au travail, vous utilisez Internet. » C’était d’ailleurs tout l’intérêt de School 2.0, initiative du bureau des technologies éducatives du Département de l’éducation américain qui, plutôt que de se focaliser sur le matériel et les logiciels, tablait sur la mise en réseau de tout l’écosystème scolaire (élèves, enseignants, parents, personnels administratifs, politiques et techniques), au motif qu’« il n’y a pas un chemin unique pour aller vers l’école de demain », et que l’intégration des technologies à l’école est de la responsabilité de tous. Comparant l’expérimentation danoise à l’autorisation d’utiliser les calculatrices aux examens, certains remarquent également qu’il avait alors « fallu modifier les épreuves, déplacer les enjeux, se dire que la maîtrise de certains procédés purement techniques - comme le calcul mental par exemple - comptaient moins à ce niveau que la capacité à bâtir un raisonnement et à le démontrer ». Skolanet, une association de promotion et de développement du e-learning, note que si la calculatrice a « supplanté le calcul mental y compris pour des opérations basiques, et que l’utilisation d’un ordinateur relié à Internet pourrait aisément remplacer une partie de notre mémoire, les opérations basiques ont été mémorisées en amont et c’est grâce à cette assimilation de connaissances basiques que l’apprenant peut utiliser la calculatrice ».

Chercher, identifier, recueillir

A contrario, il faut aussi être capable d’identifier les informations les plus pertinentes : une chose est de savoir lire, une autre est de savoir chercher des informations sur le Net, et une troisième est de les vérifier, et de s’assurer de leur validité. Toutes choses qui, à ce jour, ne sont précisément pas enseignées à l’école, et dépendent en bonne partie des usages et de la pratique qu’ont les élèves des générations d’Internet, ce qui pose aussi le problème de la fracture numérique. Le Royaume Uni annonçait récemment sa propre révolution pédagogique : « Les nouveaux programmes de l’école primaire font des TIC un élément aussi central que les maths et l’anglais. En fait la "littératie", la "numératie", les TIC et le développement personnel sont les 4 points importants de ces nouveaux programmes. On attend des enfants un certain niveau de maitrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de Twitter, et on considère cette exigence comme aussi importante qu’apprendre à compter. « L’autre innovation c’est qu’avec ces cours, avec le retour des langues vivantes, avec l’enseignement obligatoire des arts, de l’histoire, de la géographie, ces programmes rompent sans le dire avec la domination du lire - écrire - compter imposée par le système de tests nationaux. Les programmes renouent avec la prise en compte de la totalité de la personnalité de l’enfant et visent un épanouissement qu’il sera plus difficile d’évaluer. N’assistons-nous pas à la création d’un espace européen qui fait délibérément le choix d’accorder à la culture numérique et à ses usages une place essentielle. Peut-être parce que la culture de ce siècle est numérique et que l’ignorer c’est prendre le risque de fabriquer des analphabètes en série ?