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A propos de la Chine lointaine et des hauteurs du Tibet

Une flamme dérobée par Prométhée et déposée au pied de la Tour Eiffel

Que faire d’une flamme que personne ne veut rallumer ?

mercredi 9 avril 2008, par Picospin

L’homme est ainsi l’œuvre de Prométhée et de son frère Epiméthée qui, lui, réfléchit trop tard. Avant de créer l’homme, ce dernier distribua aux animaux force, rapidité, plumes, poils, ailes, coquilles, si bien qu’il ne restait rien pour les hommes, ni enveloppe protectrice, ni qualités nécessaires pour lutter contre les animaux et dominer la nature. Pour corriger l’erreur d’Epiméthée, Prométhée donna aux hommes une forme plus noble que celle des animaux et, à l’instar des dieux, il les fit se tenir debout.

Des dieux et des hommes

Puis il se rendit dans les régions célestes, jusqu’au char du Soleil où se trouvaient les forges d’Héphaïstos, dieu du feu, auquel, au moyen d’une torche, il déroba le feu qu’il apporta ensuite sur la Terre : c’était pour les hommes la meilleure des protections et la source la plus diversifiée de leurs activités. Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé hier avec la flamme olympique qui aurait été éteinte pour des raisons techniques. On était loin à Paris et à Londres de la cérémonie solennelle qui se déroulait à Olympie où lors d’un rituel interprété selon la tradition, la Grande Prêtresse reçoit la Flamme s’embrasant aux rayons solaires reflétés par un miroir concave. Bénie et transmise au premier porteur, la flamme portée par la Torche Olympique, symbole primaire de l’idéal olympique, exhortant noble émulation, amitié et coexistence pacifique, commença son parcours, la Lambadidromie au cours de laquelle les athlètes acheminent une torche allumée en équipes de relais. Pour rester vive et pure, la flamme sacrée devait être transportée rapidement, en l’occurrence, par des porteurs de torche, du sanctuaire de
Prométhée au temple d’Athéna, sur l’Acropole.

De jeunes porteurs

Quarante adolescents venus de dix tribus athéniennes couvraient une distance de 2,5 km à la course. Avec le feu, la culture prenait son essor et permettait à l’homme de compenser les insuffisances de la nature. Après leur avoir appris à écrire, Prométhée se chargea de l’enseignement aux hommes de toutes les connaissances qui ont marqué le début de la civilisation : construction des maisons, domptage des animaux, travail des métaux. Le mythe de Prométhée témoigne de l’antagonisme qui oppose les dieux aux hommes. Les dieux sont responsables des maux qui accablent les hommes, et ceux-ci ne peuvent s’épanouir qu’en s’affranchissant des dieux, par une attitude de défi et de révolte. Dans sa colère contre Prométhée et les hommes, Zeus fit forger par Héphaïstos, une très jolie femme, dotée de tous les charmes, une boîte qui renfermait toutes les calamités destinées aux hommes. Malgré la mise en garde de Prométhée, Epiméthée accepta Pandore, ouvrit la boîte et tous les maux qui depuis lors affligent l’humanité se répandirent sur la Terre. Ainsi, comme dans la tradition biblique, le châtiment de l’homme est lié à l’apparition de la femme.

La femme démon

Puis Zeus fit attacher Prométhée par Héphaïstos sur la plus haute cime du Caucase, où un vautour lui dévorait le foie, sans cesse renaissant. Il persista dans une attitude de défi et refusa de se soumettre à la tyrannie de Zeus. Il fut délivré, trente ans plus tard, par Héraclès si bien que l’intelligence était sauvée par la force. Etait-ce hier une démonstration de culture ou d’anti-culture lorsque l’on pouvait voir des Chinois, habillés du plus bel uniforme bleu clair se précipiter sur des manifestants tibétains, aidés en cela par des forces de l’ordre dans un uniforme moins artistique mais plus sombre. Où était l’Acropole, où étaient les coureurs qui cette fois ne pouvaient suivre aucun itinéraire, bloqués qu’ils étaient par des mouvements de manifestants et de foules désireux d’en découdre pour montrer leur solidarité avec les nouveaux résistants débarqués au sens propre et figuré d’un autre continent, d’une autre montagne, d’un autre espace sacré. Cette fois, personne n’est monté au sommet de l’Acropole. Il a fallu se contenter de la tour Eiffel et des tours de Notre-Dame. Contre vents et marées, la torche est restée allumée. Fallait-il l’éteindre pour montrer qu’un monde était en train de disparaître et que pour ce faire il a fallu trouver le prétexte d’un incident « technique ». C’est un nouveau vent, venu de l’est qui s’est chargé de cette tâche. Aux peuples épris de liberté, d’amour et de joie de la rallumer.

Puisque cette affaire est loin d’être terminée et doit durer au moins jusqu’au début des Jeux Olympiques, le questionnement éthique sera posé dans la prochaine édition.